10 choses que vous devez savoir sur la persécution des musulmans en Birmanie

En 1990, 15 ans avant que je sois mis en prison, les généraux étaient au pouvoir en Birmanie depuis près de 30 ans. À l’époque, j’étais un membre élu du Parlement birman. Puis en 2005, ma famille et moi avons été arrêtés par la police. Ma femme, mon fils, mes deux filles et moi avons passé les sept années suivantes en prison. Ils ont prétendu que notre « crime » était d’avoir revendiqué nos droits en tant que Rohingyas. Mes geôliers m’ont dit que parler au nom des Rohingyas donnait une « mauvaise image » de la Birmanie à l’étranger.

En 2010, lorsque les dirigeants militaires ont levé l’assignation à résidence d’Aung San Suu Kyi, j’ai pensé que la Birmanie commençait à changer positivement. Ils ont aussitôt annoncé des réformes politiques et économiques et ont assoupli certaines restrictions sur la presse. Une commission des droits de l’homme a été créée, sous contrôle gouvernemental.

Certains observateurs étrangers ont pensé que ces petites étapes signifiaient que les militaires relâchaient leur emprise sur la Birmanie. Les États-Unis ont agi rapidement pour récompenser les généraux. C’était un signal lancé aux investisseurs internationaux de commencer à chercher de nouveaux marchés dans mon pays. En 2011, alors que ma famille et moi étions toujours en prison, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a visité la Birmanie. Vint après une visite importante du président Obama en 2012. Ce fut ensuite la décision des États-Unis de réduire les sanctions commerciales et les restrictions de voyage contre les dirigeants birmans. Au début de cette même année 2012, ma famille et moi avons finalement été libérés de prison.

Mais des années après toutes ces discussions sur la « transition vers la démocratie » de la Birmanie, mon peuple rohingya est toujours persécuté. Aujourd’hui, les Rohingyas en sont là où ils étaient en 2005 lorsque la police est venue à notre maison et nous a emmenés : nous sommes des apatrides, dont les maisons peuvent être brûlées par des foules alors que la police assiste à cela tels des témoins passifs.

10 choses que vous devez savoir sur les Rohingyas

  1. La Birmanie a une majorité bouddhiste. Moins de 9% de la population est musulmane, mais nous sommes au total plus d’un million de personnes.
  2. Nous sommes un groupe ethnique qui pratiquons l’islam et parlons la langue rohingya. La plupart d’entre nous vit dans l’Etat de Rakhine [appelé aussi Arakane, NdT], où sont nés mes grands-parents et leurs arrière-grands-parents.
  3. Au cours des 18 derniers mois, les foules bouddhistes ont terrorisé les musulmans dans toute la Birmanie. Des centaines de musulman-es ont été tué-es et des mosquées, des maisons et des entreprises ont été brûlées, tandis que les autorités ont fermé les yeux. Près de 150 000 Rohingyas sont piégé-es dans des camps de réfugié-es sales, vivant sous de mauvaises tentes, avec peu de nourriture et pas assez de médicaments. La police les empêche d’aller et venir en tant que personnes libres. Certain-es réfugié-es sont tué-es dans des circonstances troubles ou disparaissent tout simplement pour toujours. Parfois, les corps sont jetés dans des tombes sans noms. C’est comme une grande prison à ciel ouvert. De nombreux Rohingyas ont essayé de s’échapper vers d’autres pays. Le mois dernier, par exemple, 70 hommes, femmes et enfants se sont noyé-es dans un bateau surchargé qui n’aurait jamais dû aller en pleine mer. Amnesty International et Human Rights Watch et d’autres organismes ont condamné les « violations des droits de l’homme » contre les Rohingyas.
  4. Lorsque l’armée a pris le pouvoir en 1962, elle a introduit des lois discriminatoires et des lois de type « Jim Crow ». La majorité bouddhiste a déclaré que les Rohingyas étaient des intrus indésirables. Aujourd’hui, ils nous appellent des « Bengalis » en l’absence de toute preuve pour nous faire passer pour des immigrants clandestins du Bangladesh. Cela nous fait nous sentir comme des « extraterrestres » dans notre propre pays.
  5. Les Rohingyas étaient pleinement des ressortissants de Birmanie jusqu’en 1982. A cette date, une nouvelle loi du gouvernement militaire a retiré la citoyenneté aux Rohingyas sous le faux prétexte qu’ils ne sont venus dans ce pays qu’après l’occupation britannique de l’État de Rakhine en 1823.
  6. Aujourd’hui en Birmanie, nous ne sommes pas autorisés à nous marier ou à avoir plus de deux enfants sans l’autorisation du gouvernement.
  7. Des lauréats du prix Nobel de la paix tels que Nelson Mandala et Desmond Tutu et Sa Sainteté le Dalaï Lama ont par le passé pris position pour les Rohingyas. Malheureusement, Aung San Su Kyi, notre lauréate birmane du prix Nobel de la paix, n’a pas défendu ces personnes persécutées.
  8. Le recensement général, qui commence dans quelques mois [l’auteur fait référence au recensement de 2014, NdT], devrait aggraver les choses. Le gouvernement a déclaré qu’il donnerait aux 135 « groupes ethniques » un identifiant pour que chacun puisse être compté lors du recensement. Mais le gouvernement refuse de nous donner d’identifiant. Au lieu de cela, les Rohingyas seront enregistrés en tant qu’ « étrangers », ce qui peut un jour nous amener à être expulsés de notre propre pays.
  9. Nous avons besoin de protection contre les attaques de la foule et les dépossessions, les arrestations surprise et un système judiciaire érigé contre nous : tout cela pour le « crime » d’être des Rohingyas. Les Nations unies reconnaissent notre sort. Le 19 novembre 2013, la Troisième Commission de l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté une résolution disant à la Birmanie de nous rendre notre citoyenneté. Mais le gouvernement birman a rejeté la résolution et accusé l’ONU de violer sa souveraineté.
  10. C’est triste, mais les États-Unis envisagent aujourd’hui de fournir une aide militaire et financière à leur nouvel et plus récent ami : la Birmanie. Avant cela, les Américains devraient exiger que les Rohingyas, les personnes les plus vulnérables de Birmanie, reçoivent une citoyenneté complète et une protection égale en vertu de la loi.

Notes

Source : HuffPost.
Traduit de l’anglais par IM, pour Etat d’Exception.