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Black Panther : une représentation sans précédent dans un film grand public

Joelle Monique 15 février 2018
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Black Panther de Ryan Coogler est l’un des films les plus attendus de l’année, et pour cause. L’excitation semble provenir à la fois de la situation politique actuelle ou d’une réaction instinctive face à une représentation sans précédent dans le cinéma grand public. Mais le film est tellement plus que l’un ou l’autre.

Black Panther est une conversation continue qui porte à la fois sur la colonisation et la dissociation des Noirs américains de l’Afrique, et c’est aussi une joyeuse célébration de la culture africaine.

Marvel Studios/Walt Disney Studios


Black Panther
débute avec un père, N’Jobu, racontant à son fils l’histoire de la nation de Wakanda. L’un des métaux les plus rares sur terre, le vibranium, est utilisé pour construire les personnes et les bâtiments du passé de Wakanda dans un rappel magique des origines du pays. N’Jobu informe le public que le premier Black Panther a uni les tribus wakandiennes en guerre, et que le vibranium est devenu leur ressource la plus précieuse.

D’après les archives de Wakanda, le film traverse les années 1990 à Oakland. Un panier de basket de fortune sur un terrain délabré sur lequel jouent des enfants à la nuit tombée. Un bateau wakandien plane au-dessus, masqué par les nuages.

Cette séquence nous permet de contempler les similitudes et les différences entre ces deux univers. Lorsque le monde extérieur a commencé à envahir les zones entourant la terre non conquise de Wakanda et à asservir leurs peuples, les dirigeants de la nation auraient pu aider les habitants ou bien rester cachés et protéger leurs précieuses ressources. Chaque choix aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Les Wakandiens ont plutôt choisi d’investir en eux-mêmes, cachant au reste du monde le vibranium, et les avantages technologiques que le matériau fournit.

En montrant l’héritage de Wakanda, rempli de richesses et de savoir, et en les juxtaposant avec les difficultés que les jeunes noirs ont rencontrées à Oakland, Coogler établit une conversation autour de la dichotomie Afro-Américain/Africain.

Tout au long de l’histoire de l’Amérique noire, il y a eu un désir de rentrer au foyer africain. Nous pouvions le lire dans La couleur pourpre d’Alice Walker, quand Nettie Harris découvre la beauté et la liberté que l’Afrique a à offrir. Spike Lee a exploré l’idée de retourner sur le continent mère dans Malcolm X. Dans les deux cas, Nettie et Malcolm décrivent un sentiment d’appartenance définitive. Le foyer est une chose puissante.

Matt Kennedy/Marvel Studios


Black Panther
tente de trouver un terrain d’entente entre ces deux mondes : un monde où les Noirs américains ne sont pas exclus de la célébration culturelle de leurs racines ouest-africaines, et où les gens cupides n’ont pas la possibilité de consumer Wakanda. En se concentrant sur les citoyens de Wakanda et leurs désaccords sur la façon de gérer l’avenir du pays, Coogler crée un sentiment d’anarchie harmonique. Tout le monde veut atteindre le même objectif – protéger et préserver Wakanda – mais elles et ils ont tou-tes des idées différentes sur la façon d’y arriver.

« Wakanda pour toujours » est une expression populaire parmi la population de la nation. La Dora Milaje, la garde personnelle du Black Panther, croit que cela signifie servir leur pays, peu importe qui est sur le trône. Pour N’Jobu, l’oncle de T’Challa, et W’Kabi, son meilleur ami, cela signifie protéger Wakanda contre toute menace, à tout prix. T’Challa croit en la fibre morale de Wakanda. Il suit les traditions de près, mais cherche également à rectifier les erreurs des dirigeants qui étaient là avant lui. Cet état d’esprit controversé apparait avec Shuri, la petite soeur de T’Challa, qui ne respecte pas la tradition.

Incarnée par Letitia Wright, Shuri est une révélation. Wright vole chaque scène avec son sourire éclatant et son timing comique parfait. D’un doigt d’honneur effronté jusqu’à un goût pour la mode et sa confiance face à un danger imminent, Shuri est une source d’inspiration pour tou-tes. Je ne peux pas exprimer pleinement la joie de voir sur grand écran une jeune femme noire intelligente, insouciante et non-sexualisée.

Mais Wright n’est que la première d’une longue liste de performances exceptionnelles.

Les femmes qui composent le système de soutien de T’Challa complètent la distribution de façon superbe. Angela Bassett joue la mère du roi, Ramonda. Têtue et majestueuse, sa présence apporte une calme assurance à l’équipe. Le rôle de Nakia incarné par Lupita Nyong’o est incroyable. D’abord espionne wakandienne, elle ne veut pas compromettre son désir d’aider les gens avec son amour pour son roi. Il n’y a pas de sex-symbol ici façon Veuve noire, ou une Pepper Potts attendant en coulisses. Les femmes de Black Panther sont essentielles au succès de Wakanda.

Personne n’est aussi impressionnante que Danai Gurira. En tant que femme déchirée entre le pays et la famille, le rôle d’Okoye incarné par Gurira est merveilleusement complexe. Ses scènes de combat sont incroyables à regarder. Dans une rue coréenne animée, Okoye se tient sur le toit d’une voiture en mouvement. Alors que Nakia se faufile dans la circulation, essayant de rattraper son retard sur Klaw, Okoye lance des lances à travers des véhicules blindés. Sa robe écarlate s’envole derrière elle comme une cape. Combien de temps faudra-t-il attendre avant qu’Okoye n’obtienne son propre film solo?

Les rôles forts ne s’arrêtent pas là. En seulement deux scènes, l’acteur primé Sterling K. Brown donne l’une des performances les plus fascinantes et les plus étoffées du film. Son personnage, N’Jobu, est un prince protégé qui a expérimenté pour la première fois la manière dont le monde peut se montrer cruel envers des gens qui lui ressemblent.

Au milieu de tout ce battage médiatique, peu d’attention a été accordée à Chadwick Boseman. Comme Batman, T’Challa est un personnage complexe qui porte beaucoup de responsabilités sur ses épaules. Et comme Batman, il est le plus intéressant quand la famille qu’il a rassemblée l’entoure.

Pour T’Challa, c’est sa famille de sang – sa mère et sa sœur – ainsi que la Dora Milaje et d’autres dirigeants locaux. Parce que son peuple est sa principale priorité, le conflit doit venir de l’intérieur de la communauté. Black Panther inaugure un nouveau style de films Marvel. Comme Ant-Man, Black Panther est un monde en soi. Bien qu’il soit connecté à l’univers plus large de l’éditeur par l’intermédiaire de l’agent Everett K. Ross de la CIA, il n’y a pas d’Avengers dans le film. T’Challa choisira toujours Wakanda en premier.

Pour son deuxième essai en tant que Black Panther, il est aussi impeccable que jamais. Le roi Boseman qu’il a fabriqué est le contraire du martyr Tony Stark ou du prêcheur de rue Steve Rogers. T’Challa est exactement le genre de leader que tout le monde espère servir – un cœur tendre, capable de prendre des décisions difficiles et de toujours mettre son peuple au premier plan.

Après la mort de son père dans Captain America: Civil War, il est temps pour T’Challa de prendre le trône de Wakanda. Tous les gens du pays se présentent pour célébrer ou défier l’ascension du nouveau roi. Avec tout le monde aligné, il est facile de voir que Ruth E. Carter mérite un Oscar pour sa conception des costumes. Son utilisation des couleurs est magistrale ; la palette est nettement africaine, et si frappante qu’elle me fait regretter le temps du Technicolor.

Wakanda est le rêve africain. Non souillée par la colonisation, c’est la civilisation la plus avancée techniquement au monde. Elle ressemble aussi à l’endroit le plus techniquement avancé au monde.

Tout Wakanda est construit en harmonie avec les propriétés naturelles de la terre. La conceptrice de la production Hannah Beachler a créé certains des espaces de science-fiction les plus mémorables de ces dernières années. Un métro entier traverse un réseau souterrain de grottes. La salle du trône est construite dans une montagne. Chaque fenêtre est placée sur une courbe afin de ne pas obstruer les lignes de vue naturelles.

Il y a tellement de choses à apprécier dans Black Panther qu’il est difficile de savoir où s’arrêter. En plus de l’incroyable bande-son de Kendrick Lamar, la partition du compositeur suédois Ludwig Göransson est phénoménale. Il utilise la batterie pour créer un battement de cœur qui ne cesse de se développer au cours du film, et mon cœur battait au rythme de la musique. Cela fonctionne mieux durant les scènes de combat. Déplacer l’énergie directement à la scène suivante permet d’éviter les accalmies qui sont devenues monnaie courante dans les films de Marvel.

Black Panther est le meilleur film Marvel réalisé jusqu’à présent. Mis à part la représentation incroyable et les visuels magnifiques, l’histoire est formidable. Je ne me suis jamais autant préoccupée pour le sort d’un méchant que je ne l’ai fait pour Erik Killmonger (incarné par Michael B. Jordan). Debout, les pieds écartés à la largeur des épaules, il a toujours les mains jointes devant lui, et il ne regarde jamais personne directement à moins d’avoir l’intention d’en finir avec elle. Killmonger est aussi séduisant qu’intimidant. Mais Jordan n’a pas été embauché simplement pour son sex-appeal. Cet œil vif et ce cœur blessé brillent à travers un extérieur dur pour illuminer un être humain réel. Il est le joyau de la couronne d’un projet incroyablement riche.

Il est difficile de décrire ce que procure le premier visionnage de Black Panther. Il y a de la fierté à voir autant d’excellence noire dans un seul film. Parfois, il peut y en avoir trop. T’Challa est un personnage infaillible ; chaque décision repose sur une stricte boussole morale. Mais les éléments de conception du film, les performances incroyables et une bande sonore qui tue compensent largement les petits défauts.

N’attendez pas pour aller voir Black Panther. Apportez des mouchoirs. Apportez des bras qui peuvent tenir et des oreilles pour écouter. Il y aura beaucoup de choses à raconter après.

Source : Polygon.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.

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Joelle Monique

Contributrice pour Black Girl Nerds, Broadly, The Mary Sue, réalisatrice et amatrice de jeux vidéos.

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