Apparemment, pour « sensibiliser » les gens au sort des femmes africaines et à celui de leurs « cultures isolées », une journaliste hongroise à intégré sur Photoshop son propre visage sur des portraits de femmes noires.

Mais son projet, mis en ligne début décembre 2015, a suscité de nombreuses critiques. Face à l’indignation suscitée par ce montage, Boglarka Balogh a retiré les images et s’en est excusée, disant que son « intention était 100% pure à propos de cet art tribal ».

Vous pouvez considérer cela comme un cas recherché de « blackface », un incident dans lequel une autre personne blanche pense qu’il est amusant de se déguiser en Noire, quand beaucoup de personnes noires n’ont pas ce luxe.

Mais Balogh ne cherchait pas à se moquer des Noir-e-s ou à les parodier comme aiment à le faire chaque année les participant-e-s aux soirées d’Halloween. Elle essayait en fait d’aider.

Face à ce genre de racisme malheureux niché au cœur même du projet de Balogh, face aux nombreuses personnes affirmant qu’elles « ne voient pas ce qu’il y a d’offensant » et que Balogh « essayait d’aider », j’utilise souvent une expérience de pensée. La voici :

Imaginez qu’une créature extraterrestre débarque sur terre. Elle n’a aucune connaissance du contexte social ou historique. Elle ne sait rien de la race et du racisme. Son hôte humain lui montre les photos de Balogh. La créature n’est pas offensée.

En fait, elle ne voit pas ce qui cloche avec les photos. Ces photos ne veulent rien dire pour elle. Lorsque son hôte dit que les photos ont causé une offense, la créature extraterrestre dit : « S’il vous plaît, dites-moi quelle est la signification de ces images ».

La personne explique que sur cette planète il y a des gens à la peau claire et d’autres qui ont la peau foncée. Ils sont tous égaux.

Mais au fil du temps, le groupe à la peau claire a créé un système économique qui a exploité la main-d’œuvre, les ressources et les terres des personnes à peau foncée, en échange de peu de compensation. Cela a duré des centaines d’années et a eu des effets terribles sur les personnes plus foncées et leurs environnements.

La personne explique que des éléments essentiels de ce système demeurent en place aujourd’hui. Elle dit à la créature que les personnes sur les photos de Balogh et les autres dans d’autres endroits occupés principalement par des personnes à peau claire, vont particulièrement mal et leurs cultures sont menacées de disparition.

La personne raconte à la créature qu’en prétendant qu’elle a la peau africaine, Balogh puise dans cette histoire. Balogh utilise ses images pour dire : « En dépit de notre passé terrible, nous sommes toutes les mêmes, seule notre peau est différente ».

La personne dit à la créature que beaucoup de personnes à la peau foncée en veulent à Balogh. La créature se gratte la tête et lui demande pourquoi.

La personne soupire et dit que pendant les périodes où le système économique était à son plus haut niveau de cruauté, les populations à la peau claire ont inventé une forme de divertissement dans laquelle elles ont peint leurs visages clairs en noir pour ressembler à une version caricaturée des personnes plus foncées.

Cette forme de divertissement n’a eu lieu que dans certaines parties du monde, mais les images ont été suffisamment diffusées pour influencer les mentalités de beaucoup de personnes à la peau claire.

Cela a été appelé « blackface », et a rendu les personnes à la peau plus sombre tristes et en colère, même si les personnes à peau claire disaient que c’était seulement pour s’amuser.

Les personnes à la peau sombre savaient que le rire se faisait à leurs dépens. En fait, les personnes à la peau claire ont mis en place une règle qui veut que les personnes à la peau sombre ne pouvaient divertir les personnes à la peau claire que si elles se peignaient le visage en noir ou si elles agissaient de manière stupide.

Maintenant la créature extraterrestre comprend pourquoi les personnes à la peau plus sombre sont en colère après les photos. Elle demande pourquoi certaines personnes à la peau claire continuent à se comporter de cette façon, ne connaissent-elles pas leur histoire ?

Notes

Source : The Guardian.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.

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Extrait de son film Bamboozled sorti en 2000, qui traite tout particulièrement de la question
du racisme et du blackface aux Etats-Unis, ce montage réalisé par Spike Lee permet de
mesurer l’importance du phénomène dans l’iconographie US