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Opinion & analyses

Comprendre ce qu’a été la colonisation française en Indochine

indigène x 13 mai 2014
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Le 7 mai 1954, date de l’assaut final de la bataille de Dien Bien Phu, marque la fin de la guerre de décolonisation entre la France et l’ancienne Indochine, et l’indépendance du Vietnam. Si beaucoup de choses ont été dites et écrites au sujet de la bataille en elle-même, la réalité de ce que fut la colonisation française en Indochine reste largement méconnue.

En effet, l’essentiel des productions littéraires et documentaires françaises, et même cinématographiques, relatives à ce conflit, ne rend pas compte de façon globale et intelligible de ce que fut la colonisation française dans l’ex-Indochine, ni de ce que furent les enjeux et la signification de cette guerre de décolonisation pour le Tiers Monde anciennement colonisé et pour les minorités non-blanches dans le monde occidental[1]. C’est une réalité que reconnaissent d’ailleurs les historiens français eux-mêmes[2].

De plus, si des organisations comme le Parti des Indigènes de la République en revendiquent l’héritage symbolique, peu d’espaces permettent d’esquisser une compréhension propre et vulgarisée de cette histoire, pour un public asiatique, noir et arabe en France. Il m’a semblé important de m’y essayer dans le court article qui suit.

Soldats français Indochine
Fondée sur le credo de la « mission civilisatrice », la colonisation française en Indochine (de même d’ailleurs que l’ensemble des colonisations européennes), s’est caractérisée par des invasions militaires, une domination politique et culturelle, l’exploitation économique massive, et un état de droit marqué par le racisme, l’apartheid et la violence généralisés. Ces éléments sont aujourd’hui largement établis, tant politiquement par les nations anciennement colonisées, que « scientifiquement » par la majeure partie des recherches universitaires à l’échelle mondiale[3].

Les invasions militaires de l’ex-Indochine

L’Union Indochinoise française regroupait ce qui constitue actuellement les territoires nationaux de 4 Etats : le Vietnam, le Laos, le Cambodge et une partie du nord-est de la Chine, à savoir le Guang-Zou-Whan. Avant la colonisation française, il s’agissait d’une mosaïque de systèmes monarchiques et impériaux relativement complexes, prospères et exerçant des « suzerainetés » souples sur de vastes zones agricoles et rurales.

Lancé en 1858, le processus d’invasion militaire française fut long et s’acheva officiellement en 1885. Il se prolongera en réalité jusqu’au début du XXe siècle, via les opérations militaires officieuses de « pacification » qui visaient à éliminer les derniers et nombreux îlots de résistances rurales et populaires.

Lithographie coloniale

Lithographie coloniale

L’appellation d’ « Indochine » traduisait la vision occidentale de l’Asie du Sud-Est. Celle-ci est perçue comme un espace prétendument « barbare », vierge de toute civilisation, avec comme seul attrait de servir de route commerciale intermédiaire entre l’Inde, alors sous domination britannique, et la Chine placée sous le joug d’une alliance entre les puissances coloniales européennes.

L’exploitation économique massive

L’économie indochinoise visait, pour l’essentiel, à la satisfaction des besoins de consommation des populations françaises hexagonales, voire plus largement ouest-européennes et nord-américaines.

Les choix de production se faisaient exclusivement en fonction de ces besoins. Etaient notamment privilégiés : la riziculture, les cultures tropicales « innovantes » censées témoigner des « apports » de la civilisation française et sources de plus-values commerciales dans les échanges avec la métropole et intra-européens (telle que, pour exemple, la culture de l’hévéa[4]), le caoutchouc, l’opium…

L’opium, produit narcotique, fut un des éléments spécifiques et essentiels des colonisations européennes en Asie. Au cours du XIXe siècle, les britanniques transformèrent le pavot cultivé en Inde, pour aboutir à une production industrielle massive de l’opium. Ils obligèrent la Chine à accepter des traités commerciaux visant à sa distribution sur son territoire (ce processus est connu sous l’appellation de « guerres de l’opium »). La France en développera également la production et la distribution en Indochine, et mettra en place un monopole officiel en la matière, lequel lui permettra de financer massivement ses interventions militaires coloniales[5].

Les systèmes bancaires et monétaires, ainsi que la propriété des industries et zones d’activités, relevaient exclusivement des monopôles français, pour une part étatique, et pour l’autre part privée aux mains de « grandes » familles de colons.

Dans ce cadre, les populations anciennement indochinoises, en majorité rurales, se virent juridiquement dépossédées de la propriété de leurs terres, assignées à résidence pour travailler à la culture de celles-ci au profit des monopoles français, et astreintes à de lourdes taxations fiscales perçues sur les surplus résultant de leur production autonome mineure et destinée en principe à leur autosubsistance.

Un système de « corvée » obligatoire, juridiquement équivalent à l’esclavage, permettait en outre leur réquisition gratuite et sans limite de temps pour la construction des grandes infrastructures (routes, ponts,…), destinées à permettre la circulation des produits et marchandises coloniaux.

Travail forcé
Pauvreté et sous-alimentation chroniques constituaient ainsi l’ordinaire de la majeure partie des populations anciennement indochinoises.

Une partie mineure de celles-ci se vit néanmoins associée, en tant qu’intermédiaire et de façon limitée, aux bénéfices économiques. Ces « intermédiaires » étaient pour l’essentiel des populations urbaines, choisies parmi les populations chinoises, c’est-à-dire selon la logique coloniale, en fonction de critères ethniques de façon à créer et entretenir des tensions et divisions raciales au sein des populations.

Enfin, cette époque marque également les prémisses des immigrations asiatiques en France, qu’elles soient forcées[6] ou motivées par une volonté de sortir de la pauvreté[7].

La domination politique et culturelle

Techniquement, le pouvoir politique relevait des gouverneurs coloniaux. Certaines structures monarchiques furent néanmoins maintenues, notamment au Cambodge et au Laos, pour servir de relais au pouvoir colonial.

Dans le même esprit, la création en très faible proportion d’établissements scolaires primaires et secondaires, pour l’essentiel concentrés dans quatre centres urbains (correspondant aux capitales actuelles des Etats devenus indépendants, à savoir Hanoï, Saïgon, Phnom Penh, et Vientiane), visait à la formation des cadres intermédiaires de l’administration coloniale, ou à minima à la formation d’une future main d’œuvre ouvrière.

L’Indochine, dans sa totalité, comprenait au niveau de l’enseignement secondaire, moins de 10 lycées et collèges, et aucune université. Ce système scolaire n’avait ainsi accueilli qu’une infime proportion des populations indochinoises. Le « savoir » enseigné était délivré en langue française, et visait exclusivement, dans sa dimension idéologique, à célébrer l’œuvre de la « mission civilisatrice » française.

Ecole Vinh Long

Sortie d’école à Vinh Long (1920)

Les systèmes scolaires propres aux peuples anciennement indochinois, en place au début de la colonisation et potentiellement concurrents, furent pour leur part systématiquement détruits ou fortement contrôlés et vidés de leur contenu pour prévenir tout risque de rupture idéologique. Il s’agit ici, pour l’essentiel, des structures religieuses bouddhistes, et des anciennes structures monarchiques formant leurs cadres administratifs selon des normes chinoises confucéennes.

Un alphabet latin fut ainsi imposé pour l’écriture des langues indochinoises. Le pouvoir colonial français imposera en 1918 le « Quoc Ngu », transcription latine de la langue vietnamienne introduite par les portugais au XVIe siècle, à la fois pour se doter d’interprètes locaux et afin d’éradiquer culturellement les mouvements indépendantistes utilisant jusqu’alors le « Chu Han », alphabet issu du chinois classique.

Tandis que la majeure partie des populations était maintenue dans l’analphabétisme, une infime partie d’entre elles était formée dans le mépris de soi.

Enfin, toute opposition politique directe au système colonial était évidemment réprimée, au travers d’opérations militaires de « pacification », tortures, assassinats et emprisonnements politiques[8].

Racisme, apartheid et violences généralisés

Les populations anciennement indochinoises avaient le statut juridique d’ « indigènes ». Le droit colonial en vigueur reposait sur l’inégalité juridique entre colon européen, citoyen, et « indigène[9] », sujet de l’Empire.

Pour l’essentiel, ce statut confinait concrètement les populations indochinoises dans une situation d’apartheid spatial. Les mouvements de population, que ce soit sur le territoire indochinois ou entre l’Indochine et la France, étaient strictement encadrés.

L’apartheid était aussi juridique et consacrait littéralement l’insécurité personnelle des populations indochinoises dans leurs relations avec les colons. Les innombrables cas de massacres collectifs, meurtres, viols, tortures, et de vols, ou autres crimes et délits commis par des colons, ou des gouverneurs, gendarmes, ou tout autre agent du pouvoir colonial sur la personne des indochinois, ne purent quasiment jamais donner lieu en pratique à la moindre poursuite. Le témoignage des « indigènes » étant dénué de toute valeur juridique.

Pour le reste, s’agissant des relations entre « indigènes », le système juridique colonial réactivait et renvoyait aux normes indochinoises les plus liberticides et arbitraires, conçues par ses agents de relais.

La vision française dominante voyait évidemment dans les populations indochinoises des êtres inférieurs, à la fois industrieux (l’image animalière de « fourmis » était récurrente), sournois (du fait de leur prétendu caractère impassible), et androgynes (les hommes anciennement indochinois se voyaient dénier toute virilité et étaient assimilés à des « boys » féminisés, potentiellement soumis aux viols des colons, lesquels niaient toute homosexualité).


Les appellations racistes les plus récurrentes, dans le vocabulaire colonial, à l’endroit des « indigènes » étaient celles de jaunes, « nha que » (littéralement paysan), et plus particulièrement s’agissant des femmes de « con-dhi » (putain) ou de « bouzou » (guenon).

Plus généralement, la majeure partie des colons européens se targuaient individuellement d’une prétendue « expertise » (en réalité raciste et paternaliste dans son essence même) dans la compréhension de la psychologie et des aspirations de la totalité des populations anciennement indochinoises.

Un racisme plus subtil et à prétention « philosophique » avait cependant court au sein de l’intelligentsia française de l’Hexagone[10], et dans l’inconscient de l’opinion publique hexagonale française.

Conclusion

Il apparaît aujourd’hui établi que le bilan de la colonisation française a constitué une régression manifeste pour l’épanouissement et le développement de la majorité des populations anciennement indochinoises, comparé à leur situation objective, en termes de niveau de vie, de protection juridique, d’épanouissement spirituel et artistique au moment des invasions coloniales françaises. Surtout, l’empire colonial français n’offrait, dans sa conception même, aucune perspective d’avenir pour ces populations.

Une égalité politique stricte et la mise en place d’une union parlementaire politique réellement démocratique entre la France et son empire colonial, auraient nécessairement aboutis à placer politiquement en minorité les populations françaises européennes, compte tenu de leur faible proportion. Cela aurait ainsi bouleversé radicalement et de manière révolutionnaire la structure des échanges économiques internationaux au sein de l’empire.

Dans un tel cadre, les populations anciennement colonisées auraient en effet constitué l’opinion et le peuple politiques majoritaires[11]. Une réalité nouvelle, qui aurait marqué la fin de l’hégémonie française européenne, et que les gouvernements politiques et l’opinion publique françaises s’avéraient incapables d’appréhender, voire d’imaginer[12].

 

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indigène x

Avocat de profession, l'auteur qui choisit d'écrire sous le nom d'"indigène x" s'intéresse de près aux questions raciales et coloniales, avec une attention toute particulière pour l'histoire politique de l'Asie du sud-est, et les luttes de Noir-e-s aux USA, notamment la pensée politique de Malcolm X.

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13 Comments

  1. LêHồ Chí Minh 22 mai 2015

    Bonjour,

    Je travaille sur un article avec une perspective voisine. Comment puis-je contacter l’auteur ? Pourriez-vous lui transmettre mon contact ?

    Merci d’avance,

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  2. Binh 8 septembre 2015

    Bonjour,
    Je réagis sur un point seulement de votre article, pour être court.
    Vous évoquez un alphabet latin imposé par les Français pour l’écriture des langues indochinoises.
    a) C’est un erreur. Le Khmer et le Lao s’écrivent encore aujourd’hui avec leurs écritures ancestrales fondées sur le sanskrit.
    b) Pour le Vietnam, c’est en effet le cas, mais vous simplifiez la réalité. Cette romanisation de l’écriture vietnamienne, d’abord utile pour les Occidentaux eux mêmes (plus facile à apprendre que les idéogrammes), a ensuite été imposée au Vietnamiens qui n’ont pas été majoritairement hostiles à cette écriture, puisque peu de Vietnamiens maîtrisaient le Han ou le Nôm. Sauf les élites ou autres Mandarins et candidats aux concours du Mandarinat… !
    Il ne faut pas oublier aussi que, pour beaucoup d’intellectuels et de révolutionnaires du début du 20ème siècle, l’utilisation de la romanisation avait un potentiel anticolonialiste intéressant: éducation des masses plus faciles + propagation des idées révolutionnaires plus aisées + libération d’une écriture et d’une culture imposées par les colonialistes chinois.

    Être anticolonialiste, c’est bien. Encore faut-il l’être de manière complète: la colonisation chinoise n’a pas été meilleure que la colonisation française…
    Et certains peuples actuels rivérains de la Chine, d’ailleurs, en savent quelque chose.
    Cordialement,
    Binh

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  3. Felicis 28 février 2017

    Je veux juste noter que cette phrase contient une erreur: « L’Union Indochinoise française regroupait ce qui constitue actuellement les territoires nationaux de 4 Etats : le Vietnam, le Laos, le Cambodge et une partie du nord-est de la Chine, à savoir le Guang-Zou-Whan. »

    Le Guangzhou Wan ne peut pas être au nord-est de la Chine, puisque le Vietnam est au sud de cette dernière.

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  4. Jules 1 mars 2017

    « ce statut confinait concrètement les populations indochinoises dans une situation d’apartheid spatial »
    Pas de problème quand à ce que vous avancez, l’usage du terme apartheid me semble néanmoins problématique. Il est malheureusement utilisé à tord et à travers de nos jours pour qualifier une situation de ségrégation, de discrimination, ou de séparation spatiale.
    L’apartheid fait lui référence à une situation particulière pendant la deuxième moitié du 20e siècle en Afrique du Sud.
    Ca fait peut être un peu tatillon mais je pense que le terme de ségrégation permettrait de refléter plus précisément les faits et éviterait de tomber dans la surenchère.
    Je me permet un petit point godwin mais c’est la même chose que qualifier de shoah le génocide rwandais…

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    1. Binh 4 mars 2017

      Juste remarque sur l’emploi des termes: mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs des victimes. De manière générale, utiliser les mots Génocide, Shoah, Apartheid, Racisme, Esclavagisme, etc…, pour des situations sociales qui n’ont rien à voir avec ça, c’est toujours blessant pour les personnes qui savent (par leur propre chair, ou celle de leurs proches) ce que ces mots désignent. C’est aussi une démarche qui dévalorise les tragédies vécues et désignées par ces mots: elle prouve aussi que ceux qui emploient ces termes graves n’importe comment n’ont que peu d’empathie pour les drames qui sont nommés par ces mots. Ceci rappelé, l’article en question ici rend très mal compte de ce qu’a été la colonisation en Indochine. C’est un article militant, animé forcément de bonnes intentions. Mais à partir de faits réels dramatiques précis et ciblés, on ne peut pas déduire autant de généralités abusives.

  5. indigène X 5 mars 2017

    Bonjour,

    Je réagis aux messages de Jules et de Binh.

    Concernant le terme apartheid, je l’ai utilisé pour faire une analogie, c’est-à-dire une comparaison entre le système juridique colonial français et celui de l’apartheid en Afrique du Sud.
    Cela car ces deux systèmes, au-delà de leur appellation formelle, reposent évidemment sur une même logique raciale, et créent une réalité juridique similaire (statut juridique inférieur pour l’indochinois et le noir, inégalité socio-économique et juridique au profit des colons blancs, myriades d’interdictions au détriment des populations noires et indochinoises, en matière d’activité professionnelle, de liberté de déplacement,…).
    Analogie au demeurant faite par les premiers adversaires politiques de l’apartheid, en l’occurrence les militants de l’ANC, dont Nelson MANDELA avec son ouvrage « L’apartheid », disponible en français. Lesquels se sont définis toujours eux-mêmes comme des anti-colonialistes.

    Concernant les généralisations, il s’agit d’un article de synthèse qui s’appuie sur une analyse politique et universitaire dominante à l’échelle mondiale (cf. en sortant les limites de l’hexagone français
    donc), et pour plus de détails, je vous invite à vous reporter aux ouvrages cités en notes de bas de page.

    Enfin, vos remarques sur la colonisation chinoise relève d’un lieu commun classique pour euphémiser la réalité de la colonisation européenne.
    L’histoire entre la Chine et le Vietnam ne légitime déjà et évidemment en rien la colonisation française. Pour faire simple, le fait qu’une personne ait déjà été victime de viol n’autorise personne à la violer de nouveau…
    Surtout, la France a toujours usé d’un tel ressort pour tenter de justifier son Empire colonial (cf. poncifs coloniaux des gentils berbères victimes de la colonisation des méchants arabes au Maghreb, des gentils arawaks génocidés par les caraïbes dans les Antilles, des gentils esclaves créoles nés en Amérique et élevés dans le foi chrétienne contre les méchants esclaves « Bossales » nés en Afrique,…).

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    1. Binh 6 mars 2017

      Bonjour, réponse au message d ‘Indigène X, daté du 5 mars 2017. Ce message est totalement moral, il est militant sinon fanatique, et il suppose que les intervenants critiques des textes d’Indigène X seraient des ennemis, en plus des colonialistes ! La méthode est connue: elle est à ce point désagréable qu’elle donne peu envie de continuer le dialogue. En ce qui me concerne, je me contente de donner des faits historiques têtus: le colonisation chinoise ne fut pas meilleure que celle des Français (en terme de développement culturel social ou économique), ce qui ne justifie en rien la colonisation française. Mais les faits sont là: la Chine n’a pas englouti le Vietnam parce que les Français y étaient, puis ensuite les Américains. Par contre, elle a englouti le Tibet. Ce ne sont que des faits: si on n’en tient pas compte, on ne comprend pas alors pourquoi certains nationalistes vietnamiens n’ont pas cherché à combattre les Français dans un premier temps. En plus, pour info, la colonisation chinoise continue, dans les îles du Pacifique: on en tient compte, ou pas ? Ceci dit, réfléchir aux contradictions et aux paradoxes des viols colonialistes ne les justifient nullement: a t-on le droit de vouloir faire autre chose que de simplifier la réalité ? Diaboliser un phénomène aussi compliqué que celui de la colonisation (chinoise française anglaise arabe, etc, ou entre communautés africaines précolombiennes indiennes, etc) ne sert nullement le jugement des citoyens. Si les historiens n’avaient retenu que l’aspect diabolique de la colonisation romaine, on ne serait guère avancé pour comprendre notre monde moderne. Petite réflexion méthodologique, pour finir : revendiquer des lectures nombreuses pour asseoir son jugement, c’est un peu enfantin, et ça suppose que ceux qui osent critiquer n’ont pas de références documentaires (ni d’expérience existentielle, d’ailleurs) sur la colonisation, pour s’exprimer. Cette façon de faire me rappelle que chez beaucoup de militants, on préfère les textes théoriques simplistes aux réalités humaines et sociales compliquées. Cordialement, Binh.

  6. indigène X 6 mars 2017

    Bonjour,

    Pour répondre une dernière fois à Binh, il me semble qu’il y ait une incompréhension.

    Je me suis permis de vous répondre en ce sens que votre critique, sur les « généralisations abusives » et la « posture morale » dont j’aurais fait preuve, me semble en l’état bien gratuite. J’admets évidemment la critique, quel que soit le point de vue défendu, c’est-à-dire celle assortie d’ un minimum de sérieux et de travail d’analyse et de fond, éventuellement étayée par vos propres sources pour entamer un dialogue utile. J’accepte plus difficilement le jugement de valeur gratuit, et non étayé.

    Quant à vos propos sur la Chine, il ne s’agit tout simplement pas du sujet de l’article, et la critique me paraît à ce titre d’autant moins sérieuse : je me suis simplement permis d’attendre des critiques en lien avec le sujet traité. A suivre votre raisonnement, aucune analyse ne peut évidemment rendre compte de la totalité de la réalité, dans sa totalité et sa complexité, et se verrait donc de facto invalidée. Pour faire simple, personne ne pourrait faire d’analyse sérieuse sur les élections présidentielles de 2017, sans remonter à l’origine de la 5° République, voir même à la genèse de l’idée de République et de Président toute époque confondue, dès l’origine de l’humanité…Dans ces conditions, il deviendrait impossible de s’exprimer sur n’importe quel sujet pris isolément, sans parler de l’histoire mondiale prise dans sa totalité. Le raisonnement ne mène ainsi à rien, si ce n’est à éluder toute critique. Sur la Chine, à suivre votre raisonnement, il serait tout aussi possible de vous accuser de posture militante « anti-chinoise », dès lors que la Chine a elle-même été victime du colonialisme des nations européennes, et de celle du Japon, et que vous n’en parlez pas…

    Enfin, si vous persistez dans vos jugements, je vous prierai de les réserver dans ce cas à ma seule personne. Je ne suis en effet en rien un militant, mais simplement un anonyme qu’ Etat d’Exception a permis de s’exprimer.

    Cordialement,

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    1. Binh 7 mars 2017

      Bonjour, une petite réponse à IndigèneX. Comme vous vous y êtes engagé de votre côté, je fais moi aussi une dernière intervention sur votre sujet, qui était: la colonisation. Et parler ici de la Chine (surtout pour évoquer la colonisation de l’Indochine) est complètement adéquate, contrairement à ce que vous affirmez: il y a vraiment des limites militantes à votre anti-colonialisme (que pourtant je partage…). Je ne suis pas anti-chinois en disant que la Chine n’est pas un Etat que vous pouvez réduire à son seul statut de victime des convoitises européennes. Demandez un peu aux Tibétains, aux Ouïgours ou aux Mongols, voire aux Philippins ou aux Indonésiens. De même je n’hésite pas à rappeler que les Etats Viet, ou Khmer, etc, eux aussi, ont été de grands colonisateurs. Il n’y pas que les Occidentaux qui ont colonisé. C’est cette complexité des choses que je tiens à rappeler, tout comme la complexité internes à toutes colonisations, qu’on ne peut pas réduire à de seuls systèmes d’oppression totalitaire, voire à de seuls massacres. Il faut aussi comparer les colonisations aux autres types relations internationales (pas franchement meilleurs….). Si la complexité des choses vous tétanisent, c’est un peu votre problème. Pour finir, votre dernier message illustre bien ma critique sur votre méthodologie: vous croyez clairement que vous êtes le seul à avoir des propos fondés parce que vous nous sortez une longue bibliographie (technique un peu manipulatrice), que vous imaginez (en plus !) être le seul à avoir lu… Ce n’est pas très malin de votre part. On est ici sur un forum web qui nécessite de la concision et de la rapidité (on n’est pas à la Fac pour présenter une thèse): j’essaie donc d’être court. Et comme j’ai déjà été trop long, je vais m’arrêter définitivement sur ce sujet. Cordialement, Binh (je devrais me nommer IndigèneY…)

  7. Gandhar 7 mars 2017

    Attention aux imprécisions pour une bonne compréhension historique. Vous indiquez : « correspondant aux capitales actuelles des Etats devenus indépendants, à savoir Hanoï, Saïgon, Phnom Penh, et Vientiane ». Saigon n’est pas une capitale « actuelle » du Vietnam de maintenant. Formulez plutôt de cette manière : « correspondant aux capitales d’alors des Etats devenus indépendants, à savoir Hanoï, Saïgon, Phnom Penh, et Vientiane ». Mais vous me rétorquerez que le sud Vietnam n’est pas un État indépendant, il faut alors ne citer que 3 capitales. La confusion vient souvent d’une méconnaissance du statut special de la Cochinchine en tant que colonie et non protectorat, à l’image des 4 autres territoires (Laos, Tonkin, Annam, cambodge), j’exclus le Ganzhou qui a un statut à part (territoire sous bail).

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  8. Lili 7 mars 2017

    Tout n’est pas aussi simple.
    Je travaille avec des Vietnamiens, ayant fuit le Vietnam au moment de la réunification communiste alors qu’ils avaient tout au plus 20 ans.
    Ceux-ci ne lisent pas en romain. Pour les plus anciens, bien que vivant en France depuis plus de 40 ans, leur français n’est pas toujours compréhensible et beaucoup continuent d’avoir une aversion envers les Chinois (notamment envers les nouveaux immigrés commerçants) qu’ils rendent responsables de leur exil. Quand au racisme, ils n’en sont pas nom plus exempt aussi envers leurs collègues d’origine africaine.

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  9. Basile 19 mars 2017

    Peut-on entièrement réduire la présence coloniale Indochine à une entreprise coercitive? Il y a eu certes guerre, conquete, sujétion, mais la hausse inédite et importante de la démographie au cours des décennies suivantes montre qu’il n’y a pas eu que de la violence dans ce « choc des mondes » : de fait, il y a eu transferts de techniques et de savoirs scientifiques à une échelle inédite qui ont permis une expansion numérique des populations dans cette région du globe. La figure d’Alexandre Yersin fait aussi partie de l’histoire de cette période (d’ailleurs sa mémoire est encore célébrée officiellement au Vietnam), il n’y a pas eu que des soudards affublant leurs subordonnés de termes racistes. Votre vision est partiale et manque d’ampleur historique (un point d’ailleurs relevé par d’autres intervenants).

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  10. Binh 11 janvier 2018

    Factuel : l’Empereur Gia Long aimait la France, 15 millions d’Annamites face à quelques colons, Ho Chi Minh voulait en 1946 un court maintien des Français pour rejeter les Chinois, les Français ont stoppé la colonisation vietnamienne du Cambodge, des réalisations coloniales sont aujourd’hui honorées au Vietnam, des millions d’Indochinois ont souhaité la protection française après 1954.

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