En tant que bibliothécaire qui travaille au Centre Schomburg pour la recherche sur la culture noire – une bibliothèque de recherche vieille de 91 ans, reconnue comme une référence mondiale et qui met l’accent sur les matières liées à l’expérience noire à travers le monde – je propose cette liste de lecture en réponse aux événements récents et pour aider à favoriser la compréhension de l’expérience noire américaine.

La prochaine fois le feu, de James Baldwin (1963)

la-prochaine-fois-le-feu« Le Noir américain a le grand avantage de n’avoir jamais ajouté foi en la collection de mythes auxquels se cramponnent les Américains blancs : que leurs ancêtres étaient tous des héros et des martyrs de la liberté, qu’ils sont nés dans le plus grand pays du monde, que les Américains sont invincibles en temps de guerre et infaillibles en temps de paix, qu’ils ont traité honorablement les Mexicains, les Indiens et tous leurs autres voisins ou inférieurs, que les hommes américains sont les plus virils et les plus droits du monde, que les femmes américaines sont pures. Les Noirs en savent bien plus que cela sur les Blancs américains ; on peut presque dire, en fait, qu’ils savent au sujet des Blancs américains ce que les parents – ou tout au moins, les mères – savent au sujet de leurs enfants, et qu’ils considèrent souvent les Blancs américains de cette façon. Et peut-être que cette attitude, maintenue en dépit de ce qu’ils savent et de ce qu’ils ont enduré, permet d’expliquer pourquoi les Noirs, dans leur ensemble, et jusqu’à très récemment, ne se sont que très peu laissés aller à la haine. La tendance a vraiment été de considérer les Blancs, dans toute la mesure du possible, comme les victimes un peu dérangées de leur propre lavage de cerveau. »

La couleur de la justice – Incarcération de masse et nouvelle ségrégation de masse aux Etats-Unis, de Michelle Alexander (Syllepse, 2017)

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« Le sort de millions de personnes – en fait, l’avenir de la communauté noire elle-même – peut dépendre de la volonté de celles et ceux qui se soucient de la justice raciale de réexaminer leurs hypothèses de base sur le rôle du système judiciaire pénal dans notre société ».

Just Mercy: A Story of Justice and Redemption, de Bryan Stevenson (2014)

just-mercy« C’est à propos de la facilité avec laquelle nous condamnons des gens dans ce pays et l’injustice que nous créons lorsque nous permettons à la peur, à la colère, et à la distance de façonner la manière dont nous traitons les plus vulnérables d’entre nous ».

The Condemnation of Blackness: Race, Crime, and the Making of Modern Urban America, de Khalil Gibran Muhammad (2010)

the-condemnation-of-blackness-race-crime-and-the-making-of-modern-urban-america« Pour les Américains blancs de toute obédience politique – des racistes radicaux du sud aux progressistes du nord – la criminalité des Afro-Américains est devenue l’une des bases les plus largement acceptées pour justifier une pensée attentatoire aux droits, un traitement discriminatoire, et/ou l’acceptation de la violence raciale comme un instrument de sécurité publique ».

Une colère noire, de Ta-Nehisi Coates (2015)

une-colere-noire« Les Noirs aiment leurs enfants de façon un peu obsessionnelle. Vous êtes tout ce que nous possédons, et vous venez à nous en étant déjà vulnérables. »

« Tu n’as pas besoin de croire que le policier qui a étranglé Eric Garner est sorti ce matin-là dans le but de détruire un corps. Tout ce que tu dois comprendre, c’est que ce policier porte en lui le pouvoir et la puissance d’un État américain et le poids de l’héritage national, deux choses qui font que parmi l’ensemble des corps détruits chaque année, le nombre de corps noirs est bien supérieur, et ceci dans des proportions hallucinantes ».

 Black Lives Matter, de Keeanga-Yamahtta Taylor (Agone, 2017)

Black Lives Matter Agone
« Keeanga-Yahmatta Taylor n’a pas écrit le type de livre formaté produit dans la précipitation et le sillage d’un mouvement social. Taylor, professeure d’études afro-américaines à Princeton, est l’une des rares écrivaines universitaires dont le sens de l’humour est aussi aiguisé que son bagage universitaire. Elle a écrit une histoire complète mais concise, pas seulement du mouvement Black Lives Matter, mais de ces sept dernières années sous administration du premier président noir [américain] et la façon dont le 20ème siècle a conduit à notre état actuel de soulèvement conscient ». The Guardian, 9 février 2016.

Policing the Planet: Why the Policing Crisis Led to Black Lives Matter, de Jordan T. Camp, Christina Heatherton (2016)

policing-the-planet-why-the-policing-crisis-led-to-black-lives-matterDans Policing the Planet, écrivain-e-s, activistes, artistes, universitaires, la cofondatrice de #BlackLivesMatter, Patrisse Cullors, et l’activiste et professeur de droit à Ferguson, Justin Hansford, discutent de la montée en puissance de la stratégie policière de la « vitre brisée ». D’abord mise en place à New York par les services du commissaire de police William Bratton, cette doctrine a considérablement élargi le pouvoir de la police et a contribué à la crise contemporaine de brutalités et de meurtres policiers. Combinant récits de première main des organisatrices et organisateurs avec des contributions de grands spécialistes, Policing the Planet présente une collection pertinente d’essais et d’entretiens questionnant la brutalité policière et l’injustice raciale.

Notes

Source : New York Public Library.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.