Espagne : l’extrême droite arrive par la porte andalouse
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  • Espagne : l’extrême droite arrive par la porte andalouse

  • 3 décembre 2018
  • Dimanche 02 décembre 2018, le parti d’extrême-droite Vox, créé en 2014, remporte une première victoire aux élections régionales andalouses. Alors que le PSOE (socialiste) recule fortement, passant de 47 à 33 sièges au parlement andalou, Vox obtient 11% des suffrages et une représentation dans toutes les circonscriptions. Cette poussée lui confère 12 députés.

    Le chef du parti, Santiago Abascal, un essayiste et homme politique de 42 ans, n’avait pas hésité à se mettre en scène dans un spot publicitaire, à cheval accompagné d’autres cavaliers, en déclarant que la « Reconquête (Reconquista) commencerait sur les terres andalouses[1] ».

    Abascal est un professionnel de la politique qui a débuté sa carrière à l’âge de 23 ans au Parti populaire (PP) qu’il quitte en 2012 en raison de différends avec la direction du parti. En 2014, il décide de fonder sa propre formation politique qu’il entoure de drapeaux espagnols et de noms de grandes figures de la droite patriotique. Vox a un discours résolument anti-immigration, islamophobe et il se prononce contre l’indépendantisme catalan.

    Le parti bénéficie d’un contexte politique favorable lié à l’essor d’un courant identitaire aux relents franquistes : crise en Catalogne, essor du nationalisme espagnol ainsi qu’une crise institutionnelle et de légitimité des partis traditionnels que sont le PSOE et le PP. Le programme du parti vise à capter une audience très marquée à droite, celle précisément qui a cohabité dans les dernières décennies au sein du Parti populaire avec les tendances libérale, démocrate-chrétienne et conservatrice.

    Ainsi au cours d’une émission diffusée sur une radio catholique, Abascal s’est dit inquiet que « les spécistes et les islamistes veuillent interdire le jambon[2] » et il a affirmé que si son parti se présentait aux élections, c’était pour faire éclater le modèle de l’intérieur. Concernant l’immigration, il a notamment déclaré :

    Un compatriote hispano-américain ne s’adapte pas de la même manière que ceux qui proviennent des pays islamiques. Certains diront que cela est discriminatoire, mais tout le monde discrimine lorsqu’il ouvre sa porte[3].

    Malgré toutes les réserves et critiques que l’on peut avoir vis-à-vis des scrutins électoraux, le score réalisé par Vox est instructif à double titre. C’est d’une part la première fois que l’extrême droite obtient des élus en Espagne depuis la fin du franquisme en 1975. Il est ensuite significatif que ce score soit réalisé en Andalousie, région historiquement marquée par la présence musulmane durant plusieurs siècles et considérée comme une terre de pluralisme.

    Cette percée de Vox se fait dans un contexte de poussées électorales de partis identitaires et nationalistes partout en Europe, au Brésil (avec la victoire de Bolsonaro), au Canada, etc. A l’instar de nombreux dirigeants d’extrême-droite, la présidente du FN n’a pas manqué de saluer cette « victoire » et d’adresser ses félicitations à ses « amis » de Vox.

    Notes

    [1] « El vídeo de Santiago Abascal a lomos de un caballo para « reconquistar » Andalucía », Antena 3, 13 novembre 2018.
    [2] « La derecha extrema de Abascal ya cabalga en solitario: 395.000 andaluces han preferido el original a las copias », eldiario.es, 02 décembre 2018.
    [3] Ibid.

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