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Opinion & analyses

Je suis Arabe et beaucoup d’entre nous sommes heureux de la victoire de Trump

Omar Kamel 15 novembre 2016
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Ce n’est pas que nous prenons Trump pour autre chose que ce qu’il est. Trump est un raciste et misogyne égocentrique qui, dans un monde rationnel, ne devrait occuper aucune position de pouvoir. Mais Hillary Clinton non plus.

Nous avons suivi le lancement de la campagne présidentielle de 2016 de loin (aussi « loin » que cela est possible dans un monde où il y a internet) et, au départ, nous voulions que Bernie Sanders gagne, et étions vraiment contents de voir tous les soutiens qu’il a réussi à obtenir. Mais hélas, Bernie a fait deux très mauvais choix. Il a dit être d’accord avec la liste noire d’Obama et son usage des frappes par drones, et il a aussi dit qu’il soutiendrait Clinton si elle gagnait la primaire. Certaines personnes ont continué à soutenir Bernie, mais pour beaucoup d’entre nous, pour moi, c’en était trop. Bernie a eu beau dire qu’il était « mieux », il ne pouvait certainement pas dire qu’il était « bien ».

Nous avons également observé l’élite politique ignorer Bernie et mettre en avant Clinton face à celui qui se décrivait lui-même comme « socialiste ». Nous avons vu des gens comme John Oliver et toute l’équipe du Saturday Night Live attaquer sévèrement Trump et essayer de préparer la voie à une victoire de Clinton. Oliver en est même arrivé à attaquer et à ridiculiser des candidats mineurs comme Stein et Johnson, mais pas Clinton. Nous avons vu comment de soi-disant libéraux et soi-disant démocrates ont fait de Clinton un héros. Nous avons vu comment toutes ces personnes s’aplatissaient et prétendaient que Clinton était quelqu’un de bien, parce qu’ils se sentaient obligés de choisir entre le « moins pire ».

C’était pathétique.

Il y a certes un peu de fatalité dans ces lignes, et un profond degré de cynisme. Nous sommes beaucoup à penser que si l’Amérique n’a pas su choisir la meilleure option, alors elle méritait la pire. De plus, il y a une forte envie qu’éclate la vérité brute, plutôt que de continuer avec la façade hypocrite. En un sens, de nombreux Américains sont comme Trump, mais la plupart d’entre eux aiment se considérer comme plus proches de Clinton qui prétend être libérale, démocratique, de gauche, humaine, charitable, gentille. Certains ont fait face aux faits avec honnêteté et ont admis que Clinton était une criminelle et une manipulatrice qui s’amuse avec les pires délinquants de la planète (Arabie saoudite et Israël, par exemple), et s’appuie sur leur soutien financier et politique. Ils ont compris qu’en promettant de poursuivre l’héritage d’Obama, Clinton promettait en fait de tuer 4 000 innocents pakistanais par des attaques de drones dans une tentative illégale d’assassiner des « terroristes » supposés. Ils comprennent que c’est une femme pour qui Madeline Albright est un modèle et Kissinger une icône, une femme qui a commencé sa carrière chez les Républicains avant de changer de bord et d’agir comme si elle était une Démocrate, probablement parce qu’elle a réalisé qu’en tant que femme, elle pourrait aller plus loin en étant Démocrate. C’est une menteuse qui prétend avoir échappé au feu d’un tireur embusqué dans une terre étrangère, alors qu’en réalité elle a été accueillie avec des fleurs.

Tout au long de la campagne, les partisans de Clinton ont fermé les yeux sur ses échecs. D’une certaine façon, ils étaient plus horrifiés par ce que Trump pourrait faire que par ce que Clinton a déjà fait.

Donc non, nous n’étions pas très enthousiasmés par une victoire de Clinton. Rien ne changerait. L’Amérique continuerait à se prendre pour une démocratie progressiste qui a d’abord voté pour un homme noir, puis pour une femme. Le démon continuerait à porter un visage acceptable, à se montrer… présentable.

Nous ne pensons pas que Trump vaille mieux, mais nous pensons qu’une victoire de Trump peut forcer les Etats-Unis d’admettre ce que le pays est devenu, et permettrait à d’autres pays du monde de réagir correctement une fois l’image de façade disparue.

JFK aussi se cachait derrière un masque, mais en dessous, il était un adultère menteur qui a levé l’embargo sur les armes à Israël, permettant aux Etats-Unis de lui fournir les armes utilisées contre les Palestiniens. La « relation spéciale » entre les USA et Israël a commencé avec JFK. Son sourire et son charme, cependant, font que les gens, même dans le monde arabe, se sont tournés vers lui avec tendresse. Avec Bill Clinton c’était pareil, le charme et le sourire, alors qu’il a signé en faveur de l’utilisation de la force militaire contre des Américains sur le sol américain (à Waco), et a poussé les Palestiniens à Oslo, puis plus tard, dans ses audiences de mise en accusation, a menti sur ce qui relevait pourtant de choses évidentes. Le Bill Clinton dont je me souviens était un menteur arrogant et un meurtrier, pas un homme charmant du tout. Le dernier de cette série de supposés bons gars est Obama, fièrement noir, mais plus proche de ce que Malcolm X a appelé un « n**** de maison ». Obama n’a pas arrêté la machine de guerre, et n’a pas fermé Guantanamo. L’usage des drones pendant le mandat d’Obama a augmenté de façon exponentielle, mais … il est un admirable comédien. Il pleure quand les fusillades scolaires ont lieu, il rit de lui-même, il danse et rape pour votre plaisir, il semble cool et décontracté, un grand papa, un gars amusant.

Pour des dizaines de milliers de Pakistanais cependant, Obama n’est rien d’autre qu’un assassin au sang froid. Pour les Égyptiens, il est juste un de plus dans une longue lignée de présidents américains qui ont soutenu une dictature militaire, lui fournissant argent et armes. Au Yémen (pays arabe le plus pauvre), il est l’homme qui a contribué à fournir à l’Arabie saoudite (ostensiblement le pays le plus fasciste sur Terre) plus de 100 milliards de dollars d’armes avec lesquelles ils ont détruit le Yémen. Pour des millions de personnes à travers le monde, il est une bombe qui arrive à avoir un sourire peint sur elle.

Et maintenant, enfin, plutôt que de subir l’argument du supposé progrès qu’aurait conforté la présence d’une femme à la présidence, l’Amérique a voté pour Trump.

Bien.

Dévoilez le racisme, mettez à nu l’arrogance, mettez à nu les mensonges et les brutalités.

Faites face à vous-mêmes, voyez-vous, et alors peut-être, peut-être, les choses vont-elles changer…

Notes

Source : Medium.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par JG, pour Etat d’Exception.

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Omar Kamel

Je ne suis pas totalement un enfoiré. Sous mon apparence, il y a un type sympa, mais oui, en dessous de lui il y a un autre enfoiré. Disons seulement que je suis à 2/3 enfoiré.

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6 Commentaires

  1. LeCassandre 15 novembre 2016

    Trump qui déteste l’Iran et qui vient de déclarer qu’il était le meilleur amis d’Israël, c’est sur le moyen orient va allez mieux.
    Enfin, wait and see.

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  2. Olivier Roux 15 novembre 2016

    La politique du pire ? Le coup de pied dans la fourmilière ? Pourquoi pas…Cela ne serait pas un problème si les gouvernements de nos « démocraties » occidentales n’avaient laissé à disposition de ces « monstres », comme les appelaient Gramsci, des outils de surveillance généralisée et arsenal législatif répressif qui ferait hurler de joie un Hitler ou un Staline.

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  3. milù 15 novembre 2016

    j’aurais pas forcément traduit « glad » par « heureux », je ne pense pas que ça rende justice au sentiment de l’auteur… plutôt « content » ou « se réjouir » disons. bon je coupe les cheveux mais juste ça fait un titre qui annonce qqch que l’auteur semble nuancer beaucoup par la suite, alors qu’en anglais pas tant.

    si je comprends bien, Kamel préfère simplement Trump parce qu’au moins avec lui les USA jouent cartes sur table. il semble même faire preuve de quasi-optimisme quand il déclare
    « nous pensons qu’une victoire de Trump (…) permettrait à d’autres pays du monde de réagir correctement une fois l’image de façade disparue. »

    ça me parle, même si j’ai vraiment du mal à me réjouir de l’élection de Trump pour des questions relevant plutôt de la politique sociétale intérieure des USA. mais il est vrai qu’on est en droit de juger que la politique interne d’un pays qui contrôle militairement et économiquement le monde entier est le cadet de nos soucis.

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  4. milù 15 novembre 2016

    et au fait, un grand merci pour ce travail de traduction. ce texte mérite vraiment d’être diffusé!

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  5. René 16 novembre 2016

    C’est très bien de vouloir que l’on voie la réalité en face, en tombant les masques. Mais la présidence de Trump va avoir un impact très concret, et terrible, dans la vie de beaucoup de gens, que n’aurait pas eu une présidence Clinton. Alors bien sûr, peut-être l’auteur de cet article peut-il se permettre de vouloir la fin de l’hypocrisie. Peut-être n’a-t-il pas des proches à protéger de la « déportation » ou de l’incarcération de masse, des femmes dans son entourage qui risquent de ne plus pouvoir faire librement usage de leur corps… Alors dans ce cas, oui, cette présidence aura un effet intellectuel positif, en nous permettant de regarder la barbarie en face, plutôt que de nous rassurer sur le semblant de démocratie. Mais pour beaucoup, les conséquences immédiates seront difficiles à ignorer.

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  6. lilie 16 novembre 2016

    ‘jfk, un adultère menteur’. Morale judéo-chrétienne quand tu nous tiens

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