Je suis fatiguée du hijab
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  • Je suis fatiguée du hijab

  • 9 juin 2015
  • A 19 ans, je suis montée sur scène et j’ai parlé des avances que m’avait faites un professeur d’université. J’ai dit que c’était un vieil homme sale, et j’ai répété certaines de ses phrases, que les femmes entendent tous les jours dans les rues d’Egypte.

    Quand plus tard j’ai quitté le théâtre ce soir-là, j’ai entendu deux hommes dire :

    « Elle a pas honte de dire des mots aussi sales alors qu’elle est voilée ?! »

    Cinq ans plus tard. Lors d’un débat j’étais assise à côté du président de la Catalogne, parlant à plus de 800 personnes venant de plus de 40 pays. Et pourtant, plus tard ce jour-là, un homme leva la main après ma présentation et dit :

    « Vous savez, nous vous faisons une faveur.
    Nous vous aidons à ôter ce symbole d’oppression de votre tête ».

    Je suis fatiguée d’être le jeton « Oh-mon-Dieu-regarde-une-telle-super-fille-en-hijab-non-stéréotypée ! »

    Je suis fatiguée que le hijab prenne tant de place dans ma vie.
    Je suis fatiguée d’en parler.
    Je suis fatiguée de l’expliquer.
    Je suis fatiguée de le défendre.
    Je suis fatiguée d’être traitée différemment.
    Je suis fatiguée d’avoir à prouver que je suis normale.
    Je suis fatiguée d’être prise pour stupide et arriérée.
    Je suis fatiguée des jugements.
    Je suis fatiguée des opportunités manquées.
    Je suis fatiguée des attentes.
    Je suis fatiguée du hijab.

    Ca a été un long et pénible boulot. Je suis voilée depuis 15 ans. J’ai passé des années à écrire à ce sujet, le justifiant, le haïssant, l’aimant, l’ignorant, le défendant.

    J’ai fait du théâtre. Déclamé des mots. Représenté. J’ai signé des chroniques énervées sur la représentation des femmes musulmanes dans les médias. Je n’ai pas laissé d’autres personnes parler pour ce type de femme musulmane. J’ai parlé pour moi. J’ai écrit des éditoriaux primés comme celui-ci. Whoo Whoo.

    Mais après, j’en ai eu marre.
    Marre d’avoir constamment à justifier mes choix.
    Marre de prêcher des convaincu-e-s.
    Marre d’avoir à prouver quelque chose.

    J’ai réalisé qu’être considérée comme « étonnante » était en fait insultant.
    Parce que l’hypothèse de départ était qu’être voilée signifiait que j’étais stupide et très non-étonnante.

    Le hijab est si personnel.

    Et pourtant, il est si public.

    On m’a dit que je devais l’enlever si je voulais présenter une émission.
    On m’a dit « J’aimerais pouvoir te tirer dessus ».
    On m’a refusé l’entrée dans plusieurs lieux.
    On m’a traitée de « sale Arabe », de «musulmane ignorante », de « p*** stupide ».
    On m’a demandé de m’asseoir à l’arrière d’une salle de conférence.
    J’ai eu une altercation à Paris le mois dernier.

    Vous voyez le tableau.

    Porter un hijab est difficile. Vraiment. Il y a des jours où je ne veux rien de plus que l’enlever. Des jours où je veux juste être comme tout le monde. Je ne veux pas jurer dans le décor. Je ne veux pas être différente.

    Il couvre juste les cheveux. C’est tout. Pas plus, pas moins.

    La fascination à son propos est dingue.

    Derrière le voile.
    Sous le voile.
    Dévoiler la femme musulmane.

    * Ooooooooh insérer une musique d’Aladdin ici. *

    Laissez tomber. Vous n’avez pas à comprendre pourquoi je le porte.

    Il y aurait tellement de choses à écrire.

    Mais j’en ai déjà assez de cet article.

    Notes

    Source : Medium.com.
    Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.

    Cet article a 11 commentaires

    1. Un message tres fort, merci pour le partage.

    2. Allah yahmiki

    3. Je pense que plusieurs jeunes filles et femmes se reconnaitront dans ce que vous racontez …. Mais elles n’oseront pas toutes dénoncer ces harcèlements continus. Parmi elles : il y aura des courageuses comme vous, mais il y aura aussi celles qui cèderont à la fin pour se fondre dans la masse et ne pas être montrées du doigt. Ces gens stériotypés par contre ne sont jamais inquiétés et leurs propos dénotant une totale ignorance des libertés ne sont jamais dénoncés… Je voudrais que ces gens rentrent un jour dans la peau d’une voilée sans subir sa contrainte vestimentaire. Mais plutôt toutes les remarques désobligeantes, tous les regards de travers, tous les préjugés…. j’imagine qu’il suffit d’un mois pour que ça finisse dans un cabinet de psy où il criera oh persécution… car il faut appeler les choses par leurs nom des fois cela devient de la persécution. Certes c’est fatiguant de se préparer à un combat tous les jours, à descendre dans la rue toute vêtue en attendant le pire, mais au bout du compte ces efforts paient. Vous apprendrez à trouver vos repères les bons interlocuteurs ceux qui ne vous jugeront pas par vos habits mais par votre travail, vous avez réussi à integrer un club de théatre avec votre Hijab. Il y en a ceux qui vous refuseront ce  » privilège ». Commencer à apprécier les petites choses que l’on fait nous détournera l’attention des idioties de ces préjugés. Sur le pourquoi on le porte ? Il s agit d’un porte bonheur, un tissus qui fait l’effet d’un magnifique lissage brésilien, quelque chose de magique qui une fois mis sur la tête illumine notre coeur de l’intérieur et nous comble de paix, un décodeur de méchanceté gratuite, un détecteur d’hypocrésie et de disours à géométrie variable…. sérieux voulez vous savoir pourquoi des femmes le portent encore ?? à ce que je saches nous n’avons des comptes à rendre à personne. …. à bon entendeur.

    4. J’aurais pu écrire ce texte. « Fatiguée du hijeb » mais en même temps incapable de vivre sans, le paradoxe d’une française musulmane parmi des milliers je suppose…

    5. Tiens bon. Dieu est avec les patients.

    6. Deux points qu’il me semble nécessaire de soulever :
      1°) Peut-être se heurte-t-on à un fait sociologique (au-delà du rapport conflictuel de la société française à l’Islam, sur lequel on ne s’étalera pas tellement il est évident) : je veux parler des décennies de lutte en Europe pour que les femmes aient le droit de ne pas sortir avec un fichu sur la tête, a s’habiller sans dissimuler leur corps; et la lutte pour ne pas être sifflée parce qu’on s’habille en robe d’été n’est pas finie, ni loin d’être gagnée. Pour beaucoup, le port d’un voile est perçu comme rétrograde par rapport à ces luttes. La lutte pour avoir le droit de porter un voile passe, à mon sens, par la victoire du droit des femmes à ne pas être jugée pour leurs tenues non-strictes. La victoire de la lutte contre le sexisme aura un corolaire : un débat beaucoup plus serein sur le rapport au corps des femmes. La virulence du débat sur le voile est vraiment intrinsèquement liée aux luttes pour la liberté de vivre sa féminité, et le « droit au voile » passera encore longtemps au second plan tant que les luttes antérieures ne seront pas gagnées.
      2°) Tout attribut religieux crée une revendication de distinction, qui n’est pas sans violence. Un « moi, je suis différent de par ma croyance », qu’il faut interroger. Turban sikh, voile de nonne, soutane de prêtre, kippa, hijab : afficher sa croyance est, aux yeux d’un grand nombre de personnes, afficher du mépris. Afficher sa croyance, quelle qu’elle soit, n’est pas anodin, et beaucoup de personnes considèrent que la foi est une chose intime, qu’il est plus qu’impudique de présenter en public. C’est une acceptation (parmi d’autres) de la laïcité, qui exclut non seulement le prosélytisme, mais aussi le fait de faire étalage de ses convictions religieuses devant ceux qui considèrent que ces convictions n’ayant rien d’universel (la prétention à l’universel de ces convictions étant une dangereuse absurdité), elles n’ont pas à être mise en débat/partage sans consentement. C’est le « chacun fait absolument ce qu’il veut chez soi tant que ça ne fait souffrir personne, et chacun croit absolument en ce qu’il veut, tant que ça reste chez soi » qui est sincèrement cher à énormément de personnes. Ces mêmes personnes sont AUTANT dépitées par les défilés catholiques de l’Ascension dans les rues de Paris. La question est voisine de celle de l’étalage de convictions politiques dans l’espace public, à ceci près que la démocratie intègre précisément le débat politique à la vie publique. La confrontation des revendications religieuses est beaucoup, beaucoup moins intégrée en France. Attention, je ne dis pas qu’elle ne DEVRAIT PAS l’être, ni qu’elle ne PEUT PAS l’être (dans de nombreux pays, la cohabitation des revendications religieuses n’est même pas mise en débat); je constate juste qu’historiquement, culturellement, sociologiquement, C’EST l’état de la société.
      Revendiquer à tout pris sa religiosité par des signes extérieurs, ou vivre sa religiosité avec des attributs extérieurs, c’est prendre le parti d’imposer une façon de voir le monde et de vivre son intimité qui n’a rien d’évident, ni de forcément légitime d’un point de vue sociétal. D’autant plus que la non-revendication publique « a priori » (je « revendique a priori » en portant le voile) n’exclut absolument pas l’échange autour de la culture et de la religion entre individus soucieux d’aborder entre elles ces questions d’ordre intime.

    7. As salam alikom

      Le texte définitif, donc en quelque sorte « original  » du Qr’an qui ne date que du IX° siècle est, en ce qui concerne le hijab et bien d’autres prescriptions musulmanes, « victime » de l’absence de signes diacritiques dans le proto-arabe qui a été utilisé pour transcrire du nazaréo-araméen

      Suggestion fraternelle : tapez Olaf sur votre moteur de recherches préféré

      Bonne continuation, si posssible avec curiosité et sens critique, sur votre chemin de vie

    8. On en devient schizophrène …….. C’est vrai, c’est épuisant !!!

    9. Un porte bonheur le hidjab?
      Non il faut etre du cote de l’Algérie pour savoir que chez nous celles qui ne le portent pas sont celles qui sont le plus stigmatisees et que celles qui le portent pour leurs majorite le portent comme une defense dans une societe ou la femme n’a pas le droit dans la rue ,alors de l’a a adorer ce truc ridicul qui par lequelle la femme ce riduculise a force de chercher quelle partie de son visage a cacher , ses oreille, ou son , ses pieds ou peut ces mains et comment ?
      C’est l’objet supreme de deshumanisation de la femme sortie des tennebres du moyen age par la volonte des islamistes des annees vingt et la bénédiction des non musulmans qui ont trouve le moyen d’enterer a jamais la femme mususlmane ….mais lueure d’espoir la Resistance est La

    10. C’est expression profonde que je comprend parfaitement. Le bon côté des choses est que le port du Hijab reste un acte de foi et tout acte de foi mérite une récompense divine……

    11. bonjour, je ressens exactement la même chose !!!

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