« C’est mon cadeau d’anniversaire » a déclaré ému Ousmane William Mbaye, suite aux longs applaudissements qui ont suivi la première internationale de son film Kémtiyu – Séex Anta. Entre deux projections africaines, le réalisateur s’est rendu au Théâtre Outrement de Montréal pour présenter Kemtiyu dans la catégorie « Documentaire du Monde » du Festival des Films du Monde, mercredi 31 aout 2016.

Le président Dia Affiche« Kemtiyu est un projet que je mûris depuis longtemps », a confié pensif Ousmane William MBaye, lors de notre rencontre impromptue dans un café de la rue Bernard à Montréal. En effet, avant de s’attaquer à Cheikh Anta Diop, le documentariste avait déjà réalisé pas moins de neuf films. Parmi eux, Le Président Dia, qui rendait hommage à une autre figure majeure de la politique sénégalaise.

Comme l’a rappelé Aziz Fall, politologue et professeur à l’Université Mc Gill, c’est avec très peu d’archives vidéographiques que le réalisateur s’est attelé à produire cette pièce. Trente ans après la disparition d’Anta Diop, Kémtiyu est le premier film à s’y consacrer. L’attente aura été fructueuse et le projet a vu le jour sous la forme d’un documentaire instructif et touchant.

Faire connaître au-delà de la légende

Selon Ousmane William M’Baye, « beaucoup de jeunes aujourd’hui se réclament de Cheikh Anta Diop mais ne le connaissent pas. Le but de ce film est donc de partager qui il était. » Si introduire la figure d’Anta Diop était son but, alors le documentaire est un pari réussi. La précision du portrait est rendue intelligible par un montage captivant signé Laurence Attali. A travers des témoignages aussi variés qu’exaltés, la figure de Cheikh Anta Diop se dessine. Apparaît alors un homme mythique, acharné de travail et profondément amoureux du savoir.

Et ce n’est pas exagéré. En plus d’avoir été le premier à traduire les mathématiques en wolof, Diop en a aussi créé l’alphabet. La thèse qu’il a soutenue en 1960 a eu un retentissement dans l’ensemble du « Monde Noir », de la Guadeloupe aux États-Unis, comme le montre très bien le film. Révolutionnaire et controversé – la France en avait à l’époque interdit l’enseignement dans les colonies – ce travail tend à démontrer la racine africaine de l’humanité aussi bien que l’identité Nègre des civilisations égyptiennes. A chaque instant du documentaire, l’accent est mis sur la portée colossale de son œuvre qui visait tant la restauration du prestige historique de l’Afrique, que l’édification d’une mémoire collective émancipée de l’enseignement colonial.

Un portrait nuancé et édifiant

Mbaye ne fait aucune impasse sur les différentes facettes du personnage. Interviennent, au gré des séquences, son épouse Louise Marie Maés (disparue le 4 mars dernier), son fils Cheikh M’Baké Diop, ses anciens camarades et disciples des rues de Thietou aux bancs de la Sorbonne, mais aussi l’auteur guadeloupéen Ernest Pépin, le musicien new-yorkais Randy Weston, ou encore la professeure Mame Sow Diouf. Le film nous fait (re)découvrir le visage d’un père amant et d’« un esprit extraordinairement rebelle», selon les mots de Boubacar Boris Diop.

« Il a réussi à nous faire pleurer » a avoué micro à la main Aziz Fall au terme du film. En effet, se dégagent de ce documentaire une sincérité et une objectivité telles, que le professeur Cheikh Anta Diop semble ressusciter le temps de ces quatre-vingt-quatorze minutes.

Le film sera traduit en 30 langues et diffusé sur TV5 Monde dès décembre 2016.

Notes

Source : Le Journal en Couleur.