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By any means necessary : l’éthique politique de Malcolm X

indigène x 21 février 2017
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Cette éthique s’articule autour de quatre aspects : l’islam, le panafricanisme culturel, l’ouverture à toutes les classes socio-économiques noires et à toutes les « minorités » victimes du racisme aux USA, et un dernier, certes évident mais qu’il convient à mon sens de rappeler, tenant simplement au combat contre la pauvreté.

L’islam de « fraternité », non dogmatique ni prosélyte, de Malcolm X

De l’avis de ses biographes[1], les débuts à proprement parler de la spiritualité de Malcolm X datent de sa période carcérale, et ne se limitent pas à une simple « conversion » à l’islam dans sa version prônée par la Nation of Islam (NOI). Visant essentiellement à sortir du protestantisme américain eurocentré (avec une représentation « blanche » de la divinité), Malcolm se serait apparemment et d’abord intéressé au bouddhisme, via ses lectures personnelles en prison.

Par la suite, dans sa période NOI, Malcolm voyait dans la spiritualité musulmane une voie permettant aux Noir-e-s défavorisé-e-s de retrouver estime de soi et dignité, via notamment des actions très concrètes comme les programmes de nutrition (la femme de Malcolm, Betty X, était nutritionniste et infirmière) et de désintoxication des personnes toxicomanes et alcooliques de la NOI, actions auxquelles Malcolm a grandement contribué[2].

Mais Malcolm ne s’est jamais lancé dans des polémiques et querelles religieuses doctrinales, que ce soit avec d’autres partis politiques et mouvements religieux afro-américains, ou avec des étudiants et représentants du monde arabe aux USA, qui lui écrivaient pour dénoncer le caractère profondément anti-islamique de la divinité prétendue d’Elijah Muhammad[3].

Enfin, sa rupture avec la NOI, son pèlerinage à La Mecque et la fondation de la « Muslim Mosque Incorporation », achèveront sa conception de l’islam : une spiritualité populaire, épurée, non dogmatique ni prosélyte, ouverte au dialogue avec toutes les croyances (et même avec l’athéisme) car axée fondamentalement sur une vision non raciste et égalitariste de l’humanité, et sur une recherche d’actions concrètes pour la dignité des Afro-Américain-e-s[4].

Malcolm X Conf PresseIl est important de préciser que Malcolm X opérait clairement une séparation entre sa démarche spirituelle et religieuse d’un côté, et son action politique de l’autre : si l’islam constitue à ses yeux une religion de fraternité (brotherhood), le socle d’une spiritualité permettant de dépasser le racisme occidental, une voie personnelle permettant à sa communauté de retrouver estime de soi et dignité, l’action politique de Malcolm n’a jamais visé à la constitution d’un quelconque Etat « islamique », ni à du prosélytisme religieux à l’endroit des Afro-Américain-e-s. Son but et son œuvre politiques étaient et sont toujours demeurés, selon ses propres termes, en faveur des « 22 millions d’Afro-Américains victimes du racisme aux USA ».

Si ces deux dimensions de Malcolm X (religieuse et spirituelle d’un côté, via la « Muslim Mosque Incorporation », et politique, via l’OUAA de l’autre) étaient ainsi séparées matériellement, cette séparation n’empêche pas pour autant que Malcolm puisait simplement, de manière saine et constructive, des valeurs au sein de sa démarche spirituelle et religieuse, pour inspirer son action politique.

Le panafricanisme culturel de Malcolm X

Inspiré dès l’enfance par l’idéologie Garveyiste de son père, Malcolm X a toujours prôné la nécessité d’un panafricanisme culturel entre les diasporas noires et l’Afrique, continent dont il a constamment souligné la richesse et la pluralité spirituelle, religieuse et linguistique[5]. Ce panafricanisme constituait un volet du programme de la charte de l’OUAA, visant la mise en place de programmes d’enseignement d’histoire de l’Afrique et de ses diasporas, et d’actions culturelles spécifiques à destination en priorité des enfants de la communauté afro-américaine. Ce panafricanisme avait d’ailleurs valu à Malcolm l’appellation yoruba d’ « omowale » (littéralement le fils qui est revenu à la maison), lors d’un séjour au Nigéria.

Surtout, ce panafricanisme culturel inspirera plus directement l’action politique de Malcolm X dans sa période post-NOI, comme le démontrent clairement son action diplomatique panafricaine, la constitution de l’OUAA sur le modèle de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ou encore l’abandon, à son retour d’Afrique, de l’emploi des termes « black people » ou de « so-called american negroes », en faveur du terme d’Afro-Américains, pour définir positivement sa communauté politique.

Ses échanges avec les populations africaines l’ont amené à dépasser le terme de « Noir », en ce sens que ce dernier n’avait de sens que dans un rapport politique raciste avec un peuple « Blanc », et se limiterait donc seulement à une première étape de réaction au racisme occidental ; étape certes nécessaire, mais insuffisante à long terme pour permettre une libération identitaire et politique totale de la communauté afro-américaine.

Au-delà de ce panafricanisme, Malcolm X cultivait une vision non eurocentrée et égalitaire du monde et de l’humanité, comme le soulignent, pour exemples, ses nombreuses lectures personnelles en prison, hors des codes sectaires figés de la NOI. Malcolm a ainsi pu lire Le déclin de l’Occident, d’Oswald Spengler, ainsi que des ouvrages du Mahatma Gandhi, sur l’histoire de l’Asie, et la guerre coloniale de « l’opium » en Chine.

Chanson de Miriam Makeba, célèbre artiste sud-africaine et militante politique anti-apartheid et panafricaine (elle sera ainsi naturalisée algérienne dans les années 1960, puis guinéenne en 1972), rendant hommage à Malcolm X après son assassinat. La chanson aurait été écrite par sa fille.

L’ouverture à toutes les classes sociales afro-américaines et à toutes les « minorités » victimes du racisme aux USA

Outre que la stratégie politique de Malcolm visait la constitution d’un pouvoir noir autonome interclasse, celui-ci a notamment entretenu des liens avec de nombreuses autres « minorités » aux USA, inscrites fondamentalement dans la même lutte politique que la communauté afro-américaine contre le racisme et les inégalités. L’OUAA avait ainsi officiellement accueilli parmi ses membres Yuri Kochiyama, issue de la communauté nippo-américaine[6], militante vivant depuis 40 ans à Harlem et qui a œuvré, outre en faveur des communautés afro et nippo-américaines, pour l’indépendance de Porto-Rico ou encore contre la guerre au Vietnam[7].

Malcolm X Yuri Kochiyama

Le combat contre la pauvreté

Fondamentalement, le combat politique de Malcolm X, en faveur de la communauté afro-américaine, visait à l’élaboration d’un programme et d’une stratégie permettant de mettre fin, à long terme, au régime politique états-unien basé sur un système économique libéral, caractérisé par d’énormes différences de richesses au sein de sa population. Ces inégalités socio-économiques étant alimentées par le racisme à l’encontre de l’ensemble des « minorités non-blanches », et en priorité de la communauté afro-américaine.

Cette optique explique, d’une part, l’intérêt de Malcolm dans sa période post-NOI pour l’économie et la pensée socialiste, et, d’autre part, sa fidélité politique constante envers les populations les plus démunies des ghettos (les biographes de Malcolm X étant unanimes pour rappeler et souligner que cette « fidélité » n’a jamais été mise en cause par ses adversaires politiques).

Malcolm X the FBI FilesLe FBI échouera ainsi dans sa tentative d’atteinte à l’image personnelle de la personne de Malcolm X et ce, en dépit du fait qu’il ait réussi à faire infiltrer un de ses agents parmi ses proches, qu’il ait mis celui-ci sur écoute téléphonique pendant près d’une dizaine d’années et qu’il ait également accumulé sur lui des fiches de renseignements de près de 6000 pages.

Les « FBI files » sur Malcolm X sont d’ailleurs disponibles à la vente aux USA aujourd’hui, en 27 volumes d’une moyenne de 200 pages chacun. On pourra aussi consulter un ouvrage sorti en 2012 et donnant un aperçu général de ces fiches de renseignement : Malcolm X: the FBI Files, de Clayborne Carson, David Gallen, et Spike Lee.

Conclusion

Une analyse rigoureuse de l’ « éthique » politique de Malcolm X indique que celui-ci croyait et œuvrait à long terme en faveur de l’excellence d’un système politique réellement démocratique, reposant sur des écarts mesurés de richesse au sein de sa population, une réelle fluidité dans les possibilités de mobilités sociales offertes à celle-ci, et la libre expression en son sein des différences culturelles, de façon à permettre leur interaction saine, constructive et égalitaire.

C’est ce but constant de lutte déterminée contre la pauvreté et le racisme, affectant en priorité la communauté afro-américaine, qui explique l’évolution et la richesse multidimensionnelle de la pensée de Malcolm X. Celle-ci cumule sans s’y limiter ni s’y enfermer, panafricanisme, tiers-mondisme, pouvoir noir autonome interclasse, alliance avec d’autres minorités politiques « non-blanches », spiritualité musulmane, et intérêt pour le socialisme économique. Malcolm X réfléchissait et agissait ainsi véritablement « by any means necessary[8] ».

Pour autant, cette dimension spirituelle et culturelle de Malcolm X, ne semble malheureusement avoir pu s’exprimer au travers d’aucune structure (médiatique, cultuelle, associative ou autre) importante et pérenne suite à son décès[9]. De fait, les ouvrages orientés spécifiquement sur celle-ci sont relativement minoritaires au sein de l’ensemble de la biographie existante sur Malcolm X en langue anglaise.

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Avocat de profession, l'auteur qui choisit d'écrire sous le nom d'"indigène x" s'intéresse de près aux questions raciales et coloniales, avec une attention toute particulière pour l'histoire politique de l'Asie du sud-est, et les luttes de Noir-e-s aux USA, notamment la pensée politique de Malcolm X.

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