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La fragilité blanche : pourquoi est-ce si dur de parler aux Blancs de racisme?

Robin DiAngelo 18 juin 2015
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Je suis blanche. J’ai passé des années à étudier ce que cela signifie d’être Blanc dans une société qui proclame l’insignifiance de la race, alors que celle-ci structure profondément la société. Voilà ce que j’ai appris : toute personne blanche vivant aux Etats-Unis va développer des opinions sur la race simplement en baignant dans notre culture. Mais les sources traditionnelles – écoles, manuels scolaires, médias – ne nous fournissent pas les multiples points de vue dont nous avons besoin. Oui, nous allons développer des opinions chargées d’émotions fortes, mais ce ne seront pas des opinions bien informées. Notre socialisation nous rend racialement analphabètes. Lorsque vous y ajoutez un manque d’humilité vis-à-vis de cet analphabétisme (parce que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas), vous obtenez la fuite que nous voyons si souvent lorsqu’on essaie d’engager les Blanc-he-s dans des conversations significatives sur la race.

Les définitions courantes du dictionnaire réduisent le racisme à des préjugés raciaux individuels et aux actions intentionnelles qui en résultent. Les personnes qui commettent ces actes intentionnels sont réputées mauvaises, et celles qui ne les commettent pas sont bonnes. Si nous sommes contre le racisme tout en ignorant commettre des actes racistes, nous ne pouvons pas être racistes ; le racisme et le fait d’être une bonne personne, s’excluent mutuellement. Mais cette définition contribue peu à expliquer comment les hiérarchies raciales sont systématiquement reproduites.

Les sciences sociales comprennent le racisme comme un système multidimensionnel et hautement adaptatif – un système qui assure une répartition inégale des ressources entre les groupes raciaux. Parce que les Blanc-he-s ont bâti et dominent toutes les institutions importantes (souvent au détriment et grâce au travail non rémunéré des autres groupes), leurs intérêts sont intégrés dans la fondation de la société états-unienne. Que des personnes blanches puissent être contre le racisme, elles n’en bénéficient pas moins de la répartition des ressources contrôlées par leur groupe.

Oui, une personne racisée [person of color ] peut s’asseoir à la table du pouvoir, mais l’écrasante majorité des décideurs seront blanc-he-s. Oui, les personnes blanches peuvent rencontrer des problèmes et faire face à des obstacles, mais le racisme systématique ne sera pas l’un d’eux. Cette distinction – entre les préjugés individuels et un système de pouvoir institutionnalisé racialement inégal – est fondamentale. On ne peut comprendre comment fonctionne le racisme aux États-Unis aujourd’hui si l’on ignore les relations de pouvoir entre groupes.

Ce contrôle systémique et institutionnel permet à celles et ceux d’entre nous qui sont blanc-he-s en Amérique du Nord de vivre dans un environnement social qui nous protège et nous isole du stress causé par la race. Nous avons organisé la société afin de reproduire et de renforcer nos intérêts et perspectives raciaux. De plus, nous sommes le centre de toutes les questions considérées comme normales, universelles, bénignes, neutres et bonnes. Ainsi, nous nous déplaçons dans un monde entièrement racialisé avec une identité déracialisée (par exemple, les Blanc-he-s peuvent représenter l’ensemble de l’humanité, les personnes racisées seulement leurs semblables). Les défis à cette identité deviennent très stressants et même intolérables. Voici des exemples du genre de défis qui déclenchent du stress racial aux Blanc-he-s :

  • Suggérer que le point de vue d’une personne blanche provient d’un cadre de référence racialisé (défi à l’objectivité);
  • Personnes racisées qui parlent ouvertement de leurs propres perspectives raciales (défi aux tabous blancs à parler ouvertement de race);
  • Personnes racisées qui choisissent de ne pas ménager les sentiments raciaux de personnes blanches à propos de la race (défi aux attentes raciales des Blanc-he-s et au besoin/droit au confort racial);
  • Personnes racisées pas prêtes à raconter leurs histoires ou à répondre aux questions sur leurs expériences raciales (défi à la perspective selon laquelle les personnes racisées nous serviront);
  • Un-e Blanc-he ne consentant pas aux perspectives raciales d’un-e autre Blanc-he (défi à la solidarité blanche);
  • Être confronté-e à une réaction sur l’impact raciste de son propre comportement (défi à l’innocence raciale blanche);
  • Suggérer que l’appartenance au groupe est significative (défi à l’individualisme);
  • Recevoir une information sur le fait que l’accès est inégal entre les groupes raciaux (défi à la méritocratie);
  • Être confronté-e à une personne racisée qui est dans une position de leadership (défi à l’autorité blanche);
  • Être confronté-e à des informations sur d’autres groupes raciaux, par exemple à travers des films dans lesquels les personnes racisées mènent l’action mais ne sont pas dans des rôles stéréotypés ou dans l’éducation à la diversité (défi à la centralité blanche).

Dans les rares cas où nos sommes confronté-e-s à ces défis, nous nous retirons, nous nous défendons, pleurons, argumentons, minimisons, ignorons, et par tous les moyens repoussons ces défis pour regagner notre position raciale et l’équilibre. J’appelle cette action précise consistant à tout repousser, la fragilité blanche.

Ce concept est issu de mon expérience en cours menée à travers des discussions sur la race, le racisme, le privilège blanc et la suprématie blanche avec des auditoires principalement blancs. Il est devenu clair au fil du temps que les personnes blanches ont des seuils de tolérance extrêmement faibles pour endurer tout inconfort vis-à-vis de ce qui défie nos visions du monde raciales. Nous pouvons gérer le premier round de défi en mettant fin à la discussion grâce à des platitudes – généralement quelque chose qui commence par « les gens ont juste besoin de », ou « la race n’a pas vraiment d’importance pour moi », ou « tout le monde est raciste ». Grattez plus loin que ce vernis, cependant, et nous nous écroulons littéralement.

Socialisé-e-s à travers un sens profondément intériorisé de supériorité et de droit, dont nous ne sommes pas conscient-e-s et que nous ne pouvons pas admettre, nous devenons très fragiles dans les conversations sur la race. Nous éprouvons tout défi à notre vision du monde raciale comme un défi à nos propres identités conçues comme bonnes et morales. Cela conteste aussi notre sens de la place qui nous revient dans la hiérarchie. Ainsi, nous percevons toute tentative visant à nous connecter au système du racisme comme une injuste et très inquiétante offense morale.

Les motifs suivants font qu’il est difficile pour les personnes blanches de comprendre le racisme comme un système et ces motifs conduisent à la dynamique de la fragilité blanche. Bien qu’ils ne soient pas applicables à toute personne blanche, ils sont bien connus dans l’ensemble :

Ségrégation : la plupart des Blanc-he-s vivent, grandissent, jouent, apprennent, aiment, travaillent et meurent principalement dans une ségrégation raciale, à la fois sociale et géographique. Pourtant, notre société ne nous enseigne pas à voir cela comme un manque. Arrêtons-nous un moment et considérons l’ampleur de ce message : nous ne perdons rien en termes de valeur en n’ayant pas de relations inter-raciales. En fait, plus nos écoles et nos quartiers sont blancs, plus ils sont susceptibles d’être considérés comme « bons ». Le message implicite est qu’il n’y a pas de valeur inhérente à la présence ou aux perspectives des personnes racisées. Ceci est un exemple des messages incessants de la supériorité blanche qui circulent tout autour de nous, façonnant nos identités et nos visions du monde.

Binarisme bon/mauvais : l’adaptation la plus efficace du racisme dans le temps est l’idée que le racisme consiste en des préjugés conscients tenus par des personnes moyennes. Si nous sommes conscient-e-s de ne pas avoir de pensées négatives sur les personnes racisées, de ne pas raconter de blagues racistes, d’être des gens sympas, et même d’avoir des ami-e-s racisé-e-s, alors nous ne pouvons pas être racistes. Ainsi, une personne est raciste ou ne l’est pas ; si une personne est raciste, cette personne est mauvaise ; si une personne n’est pas raciste, cette personne est bonne. Bien que le racisme se manifeste évidemment à travers des actes particuliers, ces actes font partie d’un système plus vaste auquel nous participons tou-te-s. L’accent mis sur les incidences individuelles empêche l’analyse qui est nécessaire pour contester ce système plus vaste. La binarité bon/mauvais est le malentendu fondamental qui conduit les Blanc-he-s à être sur la défensive dès qu’il s’agit de les connecter au racisme. Nous ne comprenons tout simplement pas comment la socialisation et les préjugés implicites fonctionnent.

Individualisme : les Blanc-he-s ont appris à se voir comme des individus, plutôt que comme faisant partie d’un groupe racial. L’individualisme nous permet de nier que le racisme est structuré dans le tissu de la société. Cela efface notre histoire et cache la manière dont la richesse s’est accumulée au fil des générations et nous profite aujourd’hui, comme groupe. Cela nous permet également de prendre nos distances avec l’histoire et les actions de notre groupe. Ainsi, nous sommes très irritables lorsque nous sommes « accusé-e-s » de racisme, parce qu’en tant qu’individus, nous sommes « différent-e-s » des autres personnes blanches et attendons d’être vu-e-s en tant que tel-le-s ; nous trouvons intolérable toute suggestion que notre comportement ou que nos perspectives soient typiques de notre groupe dans son ensemble.

Droit au confort racial : en position dominante, les Blanc-he-s sont presque toujours racialement à l’aise et ont donc développé des perspectives infaillibles pour le rester. Nous n’avons pas eu à bâtir une quelconque forme de tolérance à l’inconfort racial et donc lorsque cet inconfort se présente, les Blanc-he-s répondent généralement comme si quelque chose était « mauvais », et blâment la personne ou l’événement qui a déclenché le malaise (habituellement une personne racisée). Cette attitude provient d’un déploiement socialement construit de réponses envers la source présumée de l’inconfort, y compris : la pénalisation, les représailles, l’isolement et le refus de poursuivre l’engagement. Vu que le racisme est nécessairement inconfortable en ce qu’il est oppressif, l’insistance blanche sur le confort racial garantit que le racisme ne sera pas contesté, sauf de la plus superficielle des façons.

Arrogance raciale : la plupart des Blanc-he-s ont une compréhension très limitée du racisme parce que nous n’avons pas été formé-e-s à penser de façon complexe à ce sujet et parce que cela bénéficie à la domination blanche de ne pas le faire. Pourtant, nous n’avons aucun scrupule à remettre en question les connaissances de personnes qui ont pensé de façon complexe sur la race. Les Blanc-he-s se sentent généralement libres de rejeter ces perspectives bien informées plutôt que d’avoir l’humilité de reconnaître qu’ils ne sont pas familiers, doivent réfléchir davantage sur eux-mêmes, ou demander plus d’informations.

Appartenance raciale: les Blanc-he-s jouissent d’un sens très intériorisé et largement inconscient de l’appartenance raciale dans la société états-unienne. Dans pratiquement chaque situation ou image réputées précieuses dans la société dominante, les Blanc-he-s sont à leur place. L’interruption de l’appartenance raciale est rare et donc déstabilisante et effrayante pour les Blanc-hes. Elle est généralement évitée.

Liberté psychique : parce que la race est construite comme inhérente aux personnes racisées, les Blanc-he-s ne portent pas le fardeau social de la race. Nous nous déplaçons facilement à travers notre société, sans un sentiment de nous-mêmes comme étant racialisé-e-s. C’est aux personnes racisées de penser à la race – c’est ce qui « leur » arrive – ils peuvent poser le problème sur la place publique si c’est un problème pour elles et eux (même si elles et ils le font, nous pouvons le rejeter comme un problème personnel, l’éternelle carte raciale, ou la raison de leurs problèmes). Cela donne aux Blanc-he-s beaucoup plus d’énergie psychologique pour se consacrer à d’autres questions et nous empêche de développer l’endurance nécessaire pour maintenir l’attention sur une question aussi chargée et inconfortable que la race.

Messages constants à propos de notre supériorité : vivant dans un contexte dominant blanc, nous recevons des messages constants selon lesquels nous sommes meilleur-e-s et plus important-e-s que les personnes racisées. Par exemple : notre centralité dans les manuels d’histoire, dans les représentations et perspectives historiques ; notre centralité dans les médias et la publicité ; nos enseignant-e-s, modèles, héros et héroïnes ; le discours quotidien sur les « bons » quartiers et les « bonnes » écoles et qui on y trouve ; les émissions de télévision populaires centrées autour de cercles d’amitié qui sont entièrement blancs ; l’iconographie religieuse qui représente Dieu, Adam et Eve, et d’autres figures clés comme blanches. Si l’on peut rejeter explicitement la notion que l’on est intrinsèquement meilleur-e-s que l’autre, on ne peut pas éviter l’intériorisation du message de la supériorité blanche, car il est omniprésent dans la culture dominante.

Ces privilèges et la fragilité blanche qui en découle, nous empêchent d’écouter ou de comprendre les points de vue des personnes racisées et de combler les fossés raciaux. L’antidote à la fragilité blanche nécessite constance tout au long de sa vie, et comprend un engagement soutenu, l’humilité et l’éducation. Nous pouvons commencer par :

  • Être disposé-e-s à tolérer l’inconfort associé à une évaluation et une discussion honnêtes de notre supériorité intériorisée et de notre privilège racial.
  • Contester notre propre réalité raciale en nous reconnaissant nous-mêmes comme des êtres raciaux, dotés d’une perspective particulière et limitée sur la race.
  • Tenter de comprendre les réalités raciales des personnes racisées grâce à l’interaction authentique plutôt que par les médias ou les relations inégales.
  • Prendre des mesures pour aborder notre propre racisme, le racisme des autres Blanc-he-s, et le racisme intégré dans nos institutions – c’est-à-dire s’instruire et agir.

Faites cela quand la race et le racisme remettent en question nos identités de bonnes personnes blanches. C’est un processus continu et souvent douloureux de chercher à débusquer notre socialisation à ses racines mêmes. Cela nous demande de reconstruire cette identité par des moyens nouveaux et souvent inconfortables. Mais je peux témoigner du fait que c’est aussi le voyage le plus excitant, puissant, stimulant intellectuellement et émotionnellement enrichissant que j’aie pu entreprendre. Cela a touché tous les aspects de ma vie – personnelle et professionnelle.

J’ai une compréhension plus profonde et complexe de la manière dont la société fonctionne. Je peux affronter davantage le racisme dans ma vie quotidienne, et j’ai développé d’épanouissantes et précieuses amitiés inter-raciales, que je n’avais pas auparavant.

Je ne m’attends pas à ce que le racisme disparaisse de mon vivant, et je sais que je continue à avoir des modèles et des perspectives racistes problématiques. Pourtant, je suis également confiante dans le fait que je fais moins de mal qu’avant aux personnes racisées. Cela n’est pas une progression mineure, quand on pense à l’impact du racisme sur mon expérience vécue et celle des personnes racisées qui interagissent avec moi. Si vous êtes Blanc-he, je vous exhorte à faire le premier pas : lâchez vos certitudes raciales et tendez vers l’humilité.

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Robin DiAngelo

Robin DiAngelo est professeure associée à Westfield State University. Son dernier ouvrage (What Does It Mean To Be White?: Developing White Racial Literacy) est paru chez Peter Lang Publishing (2012)

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29 Comments

  1. john 20 juin 2015

    Relou les lettres en majuscule à la fin de la moitié des mots.

    Répondre
  2. Clara 20 juin 2015

    Lol John on appelle ça l’écriture inclusive.

    Répondre
  3. Shaïma 20 juin 2015

    Bon article mais la traduction est à revoir…

    Répondre
    1. ogk 21 juin 2015

      Effectivement, je crois que la traduction ne prend pas en compte le fait qu’en Français, tout nommer au féminin induise en erreur quant au propos initial : l’auteur voulait sûrement insister sur la population blanche, mais une fois traduit, cela résume sa thèse à la population blanche exclusivement féminine… Dommage ! Il aurait fallu dire les blancs (en « bon Français »). En revanche, c’est une très bonne analyse de la société américaine. Pour autant, cela ne s’applique pas du tout de la même façon à la société française, qui n’a pas la même histoire et encore moins les mêmes valeurs sociétales.

      1. Émy 11 août 2015

        Il y a tant à dire :

        « Effectivement, je crois que la traduction ne prend pas en compte le fait qu’en Français, tout nommer au féminin induise en erreur quant au propos initial : l’auteur voulait sûrement insister sur la population blanche, mais une fois traduit, cela résume sa thèse à la population blanche exclusivement féminine… »

        En déplaçant quelques mots, on a précisément ce qui est dénoncé dans cet article mais concernant les rapports hommes-femmes : de la même façon que la centralité du blanc nous pousse à voir les personnes de couleur comme l' »autre », le représentant d’eux-même sans jamais être la norme, le masculin est neutre de base, le féminin ne représente rien d’autre que le féminin.

        « En revanche, c’est une très bonne analyse de la société américaine. Pour autant, cela ne s’applique pas du tout de la même façon à la société française, qui n’a pas la même histoire et encore moins les mêmes valeurs sociétales. »

        C’est parfaitement faux. Cette analyse ne s’applique en rien uniquement aux États-Unis. C’est le fameux « confort blanc » qui fait que l’on veuille se persuader du contraire.
        L’histoire et les valeurs ont beau être différents, le colonialisme et l’impérialisme européen dont celui de la France a produit des rapports raciaux très similaires.
        Le racisme ne s’exprimera pas forcément de la même façon, les conséquences peuvent être nuancées d’un lieu à l’autre mais les rapports de caste, de hiérarchie, de domination et de discrimination sont fondamentalement les mêmes.

        1. ogk 13 août 2015

          L’observation concernant le dominant masculin sur le féminin que l’on peut transposer au dominant blanc sur le non-blanc est très juste.
          En revanche, ayant vécu aux Etats-Unis, je ne peux absolument pas qualifier les rapports de la population comme similaires à ceux que l’on rencontre en France. Je ne nie pas l’existence du racisme, mais on ne peut pas présenter les rapports comme « fondamentalement » identiques à partir du principe où ceux-ci ne sont pas réglementés de la même façon dans les différentes sociétés qui souffrent de ce fléau.
          La France a eu son Code Noir. Les Etats-Unis, la ségrégation puis les lois dites Jim Crow. Tout ceci n’est en rien comparable et encore aujourd’hui, l’administration américaine demande à chacun de se définir selon son groupe racial sur le moindre formulaire (ce qui devient de plus en plus complexe et absurde au regard du métissage croissant de la population… qui a d’ailleurs donné lieu au débat sur la nécessité d’une case « Brown » qui puisse qualifier tous les métis). La France n’a jamais connu cette pratique en métropole (seulement au sein des colonies) et les statistiques raciales y restent pour l’heure interdites, au nom de l’égalité. Lorsque je parle des valeurs sociétales, n’oublions pas les devises propres à chaque pays. Aux Etats-Unis, « In God we trust »: rien ne fait donc obstacle à diviser les gens en catégories (voire, pour certains à légitimer le racisme grâce à la malédiction de Cham évoquée dans les textes saints). En France, « Liberté, égalité, fraternité »: la population peut être raciste mais le passage à l’acte y est plus difficilement argumentable.

          1. ninachani 13 août 2015

            Que les blancs représentent la population privilégiée racialement est aussi bien une réalité en France qu’aux États-Unis. Que certains moyens pour pérenniser ce racisme institutionnel diffèrent selon les deux contextes, certes mais je ne vois pas ce que ça change fondamentalement.
            Mais en France on aime tant s’indigner sur le racisme américain pour essayer d’oublier qu’on pourrait peut-être avant tout faire quelque chose pour changer ce qui ce passe chez nous, n’est ce pas?
            « La France n’a jamais connu cette pratique en métropole (seulement au sein des colonies) et les statistiques raciales y restent pour l’heure interdites, au nom de l’égalité. » : AU NOM DE L’ÉGALITÉ, la bonne blague.

          2. ogk 13 août 2015

            C’est certes plus facile de mettre tout le monde dans le même sac… Puisqu’il ne faudrait pas oublier de faire quelque chose pour changer ce qui se passe chez vous, que proposez-vous ???
            Si vous ne voyez pas ce que les moyens institutionnels changent fondamentalement, alors je ne peux que vous conseiller de voyager. Dites à un Américain que le problème racial est le même chez lui qu’en Afrique du Sud (qui a pourtant aussi connu une ségrégation organisée : l’apartheid) et vous verrez bien…
            Mon propos n’est pas d’idéaliser qui ou quoi que ce soit. Je ne suis pas partie prenante. Simplement, l’histoire nous prouve qu’il est bien plus rare qu’un peuple exemplaire ne transforme des principes idéologiques que l’inverse. Quel que soient les peuples, il y aura toujours de la discrimination et des rapports de dominants / dominés pour faire exception à une hypothétique exemplarité. D’ailleurs, bien des personnes à la peau « Trop noire pour être Français(e) » (par exemple), ont également des comportements discriminants à l’égard de leurs prochains (d’une autre couleur / ethnie / religion / île…)
            En revanche, des principes exemplaires ont maintes fois conduit les peuples à se moderniser.
            Si l’idée d’égalité est pour vous une bonne blague, alors il y a effectivement peu d’espoir de trouver des solutions pour un meilleur vivre ensemble. Le cynisme est le rire du désespoir. Le désespoir n’est pas dans ma nature et il m’a toujours paru préférable de faire partie de la solution que de la cause.

  4. Didou 20 juin 2015

    Pourquoi tout est au féminin et bien souligné en mettant la majuscule ? Article inintéressant et misogyne.

    Répondre
    1. Youryse 21 juin 2015

      Non mais c’est une façon d’inclure le féminin !
      BlancHEs = Blanc(he)s

      Donc il n’est pas DU TOUT misogyne !

  5. Sylvain 20 juin 2015

    John, c’est une nouvelle façon de mentionner le féminin et le masculin.
    blanc(he)s = blancHEs
    confronté(e) = confrontéE
    (C’est relou de ne pas avoir compris ça tout seul… 😉 )

    Répondre
  6. ninachani 20 juin 2015

    Arrive un moment, selon moi, où il faut peut-être arrêter de discourir sur la place des blancs, ce que c’est d’être blanc, qu’est ce qu’on doit faire en tant que blanc (bla bla bla), parce que qu’on le veuille ou non c’est encore mettre le blanc au centre. Sur les questions raciales, il faut juste un peu d’humilité, de retrait et d’écoute c’est à dire du SILENCE. Donc on se tait un peu, on arrête de prendre de la place dans les blogs, media, articles pour parler de racisme à partir de notre perspective (ce qui selon moi n’apporte rien au débat) et on laisse la place aux personnes qui subissent le racisme pour qu’elles en parlent elle-mêmes, l’analysent elles-mêmes.
    Est-ce vraiment si difficile que ça bordel?
    C’est comme ce mot qui semble à la mode en ce moment : les allié-e-s. Foutaises! On a encore réussi à conceptualiser un terme pour être sûr que même dans les mouvements non mixtes racialement on puisse faire de l’entrisme.
    À une étudiante blanche qui était venue lui demander après une conférence à la fac ce qu’elle pouvait faire pour aider la cause des noirs, Malcolm X avait répondu : « Rien ».
    C’est ce qui semble pourtant si difficile pour nous les blancs : la fermer et se mettre en retrait.
    C’est révélateur, on préfère faire une tentative d’auto-critique (c’est toujours plus valorisant puisqu’on continue à garder la parole), plutôt que d’accepter que l’ancien colonisé la fasse. À croire que ça doit représenter l’humiliation suprême.

    Répondre
    1. David 22 juin 2015

      Bonjour,

      Alors je suis d’accord avec le fait que oui on prend beaucoup de place, et qu’on ferait parfois mieux de se taire. Par contre quand on fait des études interessantes, et quand on propose des solutions de déconstructions je vois pas le problème.

      Et aussi, la plupart d’entre nous ne sont pas près à écouter l’ancien colonisé comme tu dis. Je pense qu’il faut des blancs pour expliquer aux blancs les plus tenaces.
      Et je trouve ce genre d’article très cool pour aborder le sujet simplement sans être confronté directement à l’intersectionnalité.

      A bon entendeur.

      1. ninachani 23 juin 2015

        « Je pense qu’il faut des blancs pour expliquer aux blancs les plus tenaces » : je ne suis absolument pas d’accord. Tout d’abord qui est le mieux placé pour t’expliquer ce qu’est le racisme, comment il opère et comment le déconstruire si ce n’est les personnes qui en sont victimes?
        De plus, accepter de se taire, et écouter les analyses présentées par les dominés sur les rapports de domination exercés par les blancs, est en soi une acceptation de la légitimité des revendications d’égalité. La position d’écoute permet de dire : « C’est toi qui sait et c’est normal, et j’accepte que j’ai à apprendre de toi. »
        Enfin, je suis persuadée, et mon expérience me l’a toujours prouvée, que c’est la peur des représailles, et uniquement la peur, qui incite les plus tenaces à lâcher l’affaire ou du moins à cesser d’exprimer leurs pensées dégueulasses, ce qui est déjà beaucoup en ces temps de racisme exacerbé qui s’affiche ouvertement et impunément partout. C’est pas la morale à deux balles de la petite cousine « ouverte d’esprit » au repas de famille qui fera qu’Adrien arrêtera de cracher sur les arabes, c’est quand il comprendra que s’il continue il va se prendre un coup de boule et trois claques dans la tronche par Mohamed.

      2. Abigail 27 juillet 2015

        Laisser un blanc expliquer à un blanc récalcitrant le racisme ? ?

        Ce qu’il y a de frustrant quand tu tiens une conversation avec un Blanc sur cette question, c’est que souvent les seuls « arguments » qu’on te renvoie, c’est « t’es trop susceptible », « tu vois le mal partout ». Bref on nie ton expérience et tes sentiments. On ne prête pas de crédit à ce que tu dis. Par contre, si le Blanc s’exprime à ce sujet, ses paroles en auront, du crédit. Pour moi, on se retrouve dans le schéma du white savior.

  7. klimperei 20 juin 2015

    e et le fait d’être une bonne personne, s’excluent mut < virgule inutile

    Répondre
  8. camelia 22 juin 2015

    Etre Blanc, c’est etre une « personne de couleur ». La distinction n’a pas lieu d’etre. Je trouve dommage qu’elle apparaisse dans ce texte…

    Répondre
    1. ninachani 23 juin 2015

      Ah un specimen de color-blindness c’est ça?
      Je crois qu’il y a du boulot 🙁

    2. ninachani 23 juin 2015

      http://awareofawareness.com/2015/05/07/the-french-approach-to-anti-racism-pretty-words-and-magical-thinking/

      Si vous lisez l’anglais, article intéressant qui montre la spécificité de l »anti-racisme » français qui refuse d’aborder le problème en termes raciaux en espérant que ça supprimera le problème. La pensée magique comme la dénonce l’auteure, noire américaine.

      1. Polux 23 décembre 2017

        Êtes vous sérieusement en train de dire que, « blanc » ne définit pas des gens de couleurs ? Ou même ne définit pas des diversités par une couleur ?

        1. ninachani 23 décembre 2017

          Vous savez très bien qu’ici on ne parle pas de couleur de peau en tant que telle mais de construction raciale. Donc quand on dit les gens de couleur on sait très bien qu’on fait référence aux non blancs et que les distinctions entre les blancs et les autres ont bien lieu d’être quand on parle de la société puisque ceux et celles qui ne le sont pas subissent un traitement différencié qui s’appelle racisme (même si les races n’existent pas au sens biologique du terme). Je pense qu’il n’est pas très compliqué de s’accorder au moins sur ça.

  9. Abigail 27 juillet 2015

    Pour le coup, en tant que Noire, l’expression « personne de couleur » me dérange dans la mesure où je ne vois pas pourquoi tout ce qui est non-Blanc est de couleur …. Autant appelé un chat un chat (Noir, Blanc, etc).

    Répondre
    1. ninachani 28 juillet 2015

      Effectivement je n’utilise jamais cette expression. J’appelle les noirs des noirs, les arabes des arabes etc. Et je suis d’accord avec toi. Mais par contre par rapport au commentaire de Camelia qui disait :
      « Être Blanc, c’est etre une « personne de couleur ». La distinction n’a pas lieu d’être »
      forcément ça ne va pas, vu que la distinction a, au contraire, beaucoup de lieu d’être justement. Après on est confronté aux mots à utiliser. Dire les « personnes non blanches » c’est mieux mais définir un groupe humain par la négative et en référence au dominant, ça n’est pas non plus forcément approprié. Trouver un terme collectif qui désigne les dominés racialement c’est pas simple.

      1. ogk 28 juillet 2015

        Sauf que bien souvent, en France en tout cas, le terme « arabes » ne s’adresse pas aux personnes issues de la péninsule arabique mais aux Maghrébins… qui ne sont autres qu’Africains. Encore une fois, la terminologie laisse à désirer dans le langage courant ! De même, aux infos, on parle souvent de l’Afrique comme d’un pays… au lieu d’un continent.

    2. Yengels 8 janvier 2017

      J’aime beaucoup cette méthode de pensée, merci pour ce message réconfortant pour l’humanité 🙂 (je t’invite à lire mon commentaire plus bas –> Yengels)

  10. ninachani 28 juillet 2015

    Oui je suis bien d’accord mais il ne faut pas oublier que le contexte n’est pas le même que dans les pays d’origine. Le terme arabe est un terme utilisé par les principaux intéressés et qui a une identité spécifique en France dû à l’histoire de l’immigration. Le langage a été aussi créé par les habitants des quartiers populaires issus de l’immigration : rebeu, renoi etc etc Je connais peu d’arabes qui se désignent verbalement comme Africains même s’il y en a. Ils savent qu’ils sont Africains mais ce n’est pas le terme qu’ils utilisent couramment pour plein de raisons, bonnes ou mauvaises. C’est toute une façon de parler lié au contexte. Quant à l’Afrique comme continent et pas comme pays, certes.

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  11. Arthur CORNELIO 30 mars 2016

    Merci pour cette enrichissante lecture. L’humilité est à la base de ce qui possède des privilèges. Ces derniers nous empêchent de changer de perspective. Seulement avec beaucoup d’effort personnelle d’accepter les discussions « dérangeantes » qu’on se déplace dans la monde.

    Débat plus que fondamentale au Brésil (d’où je viens), et, dans mes presque deux ans de France, je remarque qu’ici ce sujet est encore plus difficile, vu le rapport de l’inexistence des races et l’holocauste, et l’énorme confusion faite encore aujourd’hui entre race biologique et race comme un construit sociale. Décrire les mécanismes de défenses est un pas fondamentale pour la conscientisation.

    Merci beaucoup, abraços!
    Arthur

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  12. Yengels 8 janvier 2017

    Je ne suis pas d’accord avec cet article.
    C’est totalement aberrant pour moi.
    Se soumettre au racisme comme ça…
    Je ne fais pas de différence entre les gens parce qu’ils ont une apparence différente, que ce soit la couleur de la peau, des cheveux, des yeux ou je ne sais quoi d’autre comme détail d’être humain.
    Je me considère comme humaniste, je soutiens les personnes Conscientes et Intelligentes (à comprendre au sens premier, pas au deuxième qu’on a l’habitude d’utiliser) sans distinction de sexe, de couleur, de religion, etc… S’arrêter aux apparences est tellement rabaissant alors que nous sommes avant tout un esprit dans un corps (ça c’est ma vision des choses, ça peut être discuté contrairement au reste.)
    Il faudrait être stupide pour fermer les yeux et penser que le racisme n’existe pas, que des gens bêtes s’arrêtent à la couleur de peau d’un individu pour le traiter autrement. Non, ça existe et il faut le combattre. Mais il ne faut absolument pas se soumettre à ça et leur donner raison en mettant les gens dans des cases (blancs, noirs, etc…), en montrant du doigts ceux qui ne font pas de distinctions en leur disant qu’ils sont racistes finalement aussi. D’ailleurs on ne devrait employer le mot « race » que dans cette phrase (pour les humains) « Il n’y a qu’une seule race d’humains, c’est l’humanité. »
    Ne vous mettez pas au niveau des racistes.
    Simplement, combattez-les et soyez humain avant tout. Ne faites pas de différences par rapport à des détails.

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  13. melvyn 3 mars 2017

    Il y a des hommes et il y a des femmes. Il y a des noirs et il y a des blancs. C’est un constat, ce sont des différences, point. Nous ne sommes pas égaux et si nous ne le sommes pas, c’est parce que le système dans lequel nous vivons s’est construit à partir de ces différences. Pour déconstruire l’idéologie et le complexe discursif défensif qui soutiennent ce système, il faut reconnaître leur présence et identifier les concepts qu’ils utilisent pour les contrecarrer. D’autant qu’il est avéré que la violence symbolique blanche s’exerce aussi par un message universaliste qui tronque la réalité et culpabilise à tord ceux qui questionnent la racialisation de la société (et par répercussion, le racisme). Ce n’est pas parce qu’on questionne qu’on est d’accord, au contraire, c’est parce qu’on est pas d’accord qu’on s’interroge et qu’on questionne. J’ajoute que pour construire une nouvelle société, nous avons besoin de tout le monde et que toutes les contributions sont les bienvenues lorsqu’elles sont réfléchies, bienveillantes et respectueuses de l’équilibre de la participation. Je vois de la modestie dans cet article, du recul et une recherche de solution et je pense que c’est une superbe démonstration que tout le monde doit faire un pas pour un changement profond parce que tout le monde est concerné, pas seulement les dominés.

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