Lorsque Oxford University Press m’a envoyé le manuscrit de The Nazi Persecution of the Gypsies pour évaluation, je l’ai renvoyé sans aucune colère, à peine critiqué, disant seulement qu’il représentait pour moi un autre exemple du grandissant corpus littéraire consacré à la minimisation de la place du peuple rrom dans l’Holocauste, et que ce que j’avais à en dire resterait sans doute lettre morte.

L’objectif de Lewy était déjà clairement posé et le travail publié l’a démontré. C’est un livre qui vise non seulement à exclure les victimes Rromnias de l’Holocauste nazi – ce qui n’est pas quelque chose de nouveau – mais va encore plus loin pour dire qu’elles n’étaient pas même des objectifs du génocide.

Fortement inspiré par Zimmermann (1996), il apporte peu aux travaux existants de cet auteur, mais diffère considérablement dans l’interprétation.

Il y a deux aspects de ce travail qui doivent être examinés de près : premièrement, la revendication qu’il fait en soutien de la thèse de l’auteur à l’encontre du génocide, et deuxièmement, le ton partial dans lequel ces revendications sont formulées. Je vais résumer le premier aspect en premier lieu. En bref, Lewy affirme :

  • Qu’il n’y avait pas de plan général à caractère raciste pour une Solution Finale de la question tsigane ;
  • Que les nazis ont fait une distinction entre les Rroms sédentaires et migrateurs de l’Est, et entre Rroms métissés et non-métissés en Allemagne, et épargné certains de la mort à cause de cela ;
  • Que par conséquent, le nombre estimé d’un demi-million de Rroms tués est une grossière exagération, et que « peut-être la majorité » d’entre eux en Allemagne a effectivement survécu, et n’a même pas été transportée à l’Est ; et
  • Parce qu’il n’y avait aucune intention de tuer tous les Rroms, et parce que les politiques à leur encontre n’étaient pas motivées par la théorie raciale nazie, leur traitement ne peut pas être comparé à celui réservé aux Juifs et, par conséquent, ils ne peuvent être classés dans l’Holocauste, en somme car leur traitement ne constitue pas un génocide et n’a pas été motivé par une politique basée sur la théorie raciale nazie.

Ian HancockJe vais aborder chacun de ces points tour à tour, bien que brièvement ; mes arguments peuvent être trouvés plus en détail dans mon livre. Tout d’abord, le fait qu’il n’y avait pas de « plan général » n’est guère unique au cas rRom, les incarcérations, déportations et gazages ont quand même eu lieu. Nous manquons de chiffres sur les « plans généraux » des actions nazies durant toute la période, pour toutes les catégories de victimes. En effet, « aucune preuve directe ou indirecte… n’a été donnée qui puisse prouver l’existence d’un ordre formel écrit par Hitler pour commencer l’extermination massive des Juifs » (Hornshøy-Møller, 1999, I, 313) ; l’absence de preuve n’est pas une preuve d’absence.

L’affirmation selon laquelle la politique nazie envers les Rroms n’était pas fondée sur la race est manifestement absurde. La croyance que la « criminalité » Rromni était une anomalie génétique qui a causé une « descendance héréditairement malade » est raciste en soi, et était une justification pour mettre fin aux « vies indignes de la vie » des Rroms. Ce très long terme (Lebensunwertesleben) a d’abord été utilisé à l’écrit par Liebich en 1863 pour faire spécifiquement référence aux Rroms ; il a été utilisé six ans plus tard, dans un article de Kulemann – une fois de plus uniquement pour faire référence aux Rroms – et à nouveau dans le titre de l’influent traité de 1920 de Binding & Hoche sur l’euthanasie. Et il a été utilisé une fois encore un an seulement après l’arrivée d’Hitler au pouvoir comme le titre d’une loi ordonnant la stérilisation, qui était dirigée notamment contre les Rroms.

Les Rroms ont été classés comme possédant du sang « étranger » (c’est-à-dire non-aryen), avec les Juifs et les personnes d’ascendance africaine à la suite des lois de Nuremberg de 1935, et en novembre de cette année, le mariage entre les membres de ces trois groupes et les Allemands est devenu illégal. Les déclarations contre les Rroms faisant référence à leur état de problème « racial » sont nombreuses et bien documentées. Les critères pour déterminer qui avait une ascendance Rromni étaient exactement deux fois plus sévères que ceux déterminant qui était d’origine juive ; le fait que même les gens qui avaient l’air de Tsiganes aient été visés démontre que les nazis ne prenaient aucun risque quant à la possibilité d’ascendance Rromni non détectée infectant les citoyens allemands.

Les Rroms n’ont jamais été considérés comme un danger politique, économique ou religieux pour le Troisième Reich, comme l’étaient les Juifs : les personnes d’origine à la fois Rromni et d’ascendance européenne ont constitué la plus grande menace, et elle était uniquement d’ordre racial.

Un groupe de prisonniers Rroms attendant les instructions de leurs ravisseurs allemands et attendant sur un terrain vague près de la clôture du camp de Belzec

Un groupe de prisonniers Rroms attendant les instructions de leurs ravisseurs allemands et attendant sur un terrain vague près de la clôture du camp de Belzec

Deuxièmement, le fait que certaines catégories de Rroms n’aient pas été déportées est vrai ; mais la même chose était également vraie pour certaines catégories de Juifs. Les six mille Karaim qui ont plaidé avec succès pour être épargnés, par exemple, ou les Juifs mariés à des non-Juifs aux Pays-Bas. Eichmann lui-même était prêt à épargner la vie d’un million de Juifs en échange de dix mille camions. Cette position de la part d’Eichmann peut être comparée au désir de Himmler de sauver certains « purs » Rroms en tant que spécimens anthropologiques ; aucune n’a été suivie d’effet.

Troisièmement, sur les environ 20 000 Rroms estimés en Allemagne en 1939, les trois quarts ont été tués en 1945. Sur les 11 200 en Autriche, la moitié a été tuée. Sur les 50 000 en Pologne, 35 000 ont été tués. En Croatie, en Estonie, aux Pays-Bas, en Lituanie et au Luxembourg, la quasi-totalité des populations Rroms ont été éradiquées.

Enfin, l’affirmation selon laquelle le traitement par les nazis de leurs victimes Rromnias ne constitue pas un génocide est pour le moins assez bizarre (« Les différentes déportations de Tsiganes à l’Est et leurs conséquences mortelles ne constituent pas des actes de génocide », p. 223). Cette affirmation a été faite plus d’une fois déjà, avec plus de force par Katz :

« La seule conclusion justifiable, le seul jugement adéquat global (…) c’est que par rapport à l’impitoyable et monolithique, méta-politique, conception génocidaire des nazis vis-à-vis des Juifs, rien de semblable (…) n’a existé dans le cas des Tsiganes (…). En fin de compte, ce n’étaient que les Juifs et les seuls Juifs qui ont été victimes d’une attaque génocidaire totale, à la fois dans l’intention et la pratique, aux mains des meurtriers nazis » (Katz, 1988 : 213).

Mais il n’existe aucune preuve que les Juifs ou tout autre groupe cible étaient destinés à être éradiqués de la surface de la terre, aussi passionnée que la vision nazie ait été. Nous trouvons plutôt de nombreuses déclarations telles que celle dans une lettre de Thierack à Martin Bormann en date du 13 octobre 1939, dans laquelle il se réfère à l’« intention de libérer la zone allemande des Polonais, des Russes, des Juifs et des Tsiganes » (souligné par l’auteur). La propre déclaration d’Hitler, faite publiquement le 30 janvier de la même année, a imaginé l’« anéantissement de la race juive en Europe » (souligné par l’auteur). Les documents tels que celui délivré le 14 août 1942 par le Département du Bureau central de sécurité VI-D (7b) pour demander des informations sur les Rroms vivant en Grande-Bretagne, et que les prisonniers de guerre britanniques soient régulièrement interrogés sur l’état et le statut des Roms dans ce pays, suggèrent que, si les nazis l’avaient emporté, leurs politiques anti-Rroms auraient été étendues outre-mer.

L’établissement de mémos d’enquête similaires à propos des Juifs d’outre-mer a également existé – mais aucun document n’a été spécifiquement identifié exprimant l’intention d’exterminer tous les Juifs ou Tsiganes de la planète. Dans ce cas, des déclarations telles que celles de Katz, de l’Anti-Defamation League ou de Lewy, sont révisionnistes et subjectives, et ne peuvent pas être utilisées pour distinguer le sort des Juifs du sort des Rroms.

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Femmes Rromnias dans le quartier juif de Lublin

Ce que nous avons au final, ce sont plusieurs interprétations basées sur des preuves circonstancielles  (l’approche « intentionnaliste », l’approche « sémiotique » et ainsi de suite – voir Breitman, 1991), et c’est sur son interprétation, non sur des preuves objectives, que s’appuie Lewy. C’est également l’interprétation à laquelle invite l’énoncé dans le Auschwitz Memorial Book selon lequel « [l]a résolution finale, telle que formulée par Himmler, dans son « Décret de règlements de base pour résoudre la question tsigane comme requis de par la nature de race » du 8 décembre 1938, signifiait que les préparatifs devaient être pour l’extermination complète des Sinti et des Rroms » (State Museum, 1993, xiv).

La disqualification des Rroms comme victimes de génocide est le critère majeur de Lewy pour les exclure également de l’Holocauste lui-même, pour nier, en effet, qu’il y avait un Holocauste des Rroms. La bataille sur la propriété de ce mot est un phénomène récent, mais il a fait partie de la langue anglaise depuis des siècles, selon l’Oxford English Dictionary sa première apparition en version imprimée remonte autour de 1250 après J-C. Son utilisation dans un contexte purement religieux date de 1833, dans un livre de Leitch Ritchie, dans lequel est décrit le sort de plus d’un millier de personnes dans la France du XIIe siècle, qui ont été enfermées dans une église et brûlées à mort sur l’ordre du roi Louis VII : « Louis VII (…) une fois accompli un holocauste de 1300 personnes dans une église (p. 104). »

Cela a conduit à ce qu’une distinction soit faite entre Holocauste avec une majuscule et holocauste avec une minuscule, ou à l’abandon total du terme pour celui de Shoah. Celui-ci est tout du moins spécifique au sort des Juifs, comme Porrajmos (« paw-rye-mawss») l’est pour ​​le sort du peuple Rrom.

Une interprétation large de sa signification se trouve à « Holocauste » sur le site de l’Anti-Defamation League, où il est dit :

« L’Holocauste est la persécution et l’anéantissement systématiques de plus de six millions de Juifs comme un acte central de l’Etat par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs entre 1933 et 1945. Bien que des millions d’autres, tels que les Rroms, les Sinti (sic), les homosexuels, les handicapés et les adversaires politiques du régime nazi ont également été victimes de persécutions et assassinés, seuls les Juifs ont été choisis pour l’extermination totale. » (ADL, 2000)

Une interprétation plus académique, et qui nomme les Rroms correctement, se trouve dans le manuel du gouvernement allemand sur l’Holocauste :

« Les recherches historiques récentes aux États-Unis et en Allemagne ne soutiennent pas l’argument classique selon lequel les Juifs étaient les seules victimes du génocide nazi. Il est vrai que l’assassinat des Juifs par les nazis diffère des exécutions nazies des prisonniers politiques et des adversaires étrangers, parce qu’elle était fondée sur l’origine génétique des victimes et non pas sur leur comportement. Le régime nazi a appliqué une politique cohérente et inclusive d’extermination – fondée sur la seule hérédité – contre trois groupes d’êtres humains : les handicapés, les Juifs et les Sintis et les Rroms (« Tsiganes »). Les Nazis ont tué des multitudes, y compris des opposants politiques et religieux, membres de la résistance, élites des nations conquises, et homosexuels, mais ont toujours fondé ces meurtres sur la croyance, les actions et le statut de ces victimes. Des critères différents appliqués uniquement à l’assassinat des personnes handicapées, des Juifs et des « Tsiganes ». Les membres de ces groupes ne pouvaient pas échapper à leur sort en modifiant leur comportement ou croyance. Ils ont été choisis parce qu’ils existaient. » (Milton, 2000 : 14)

Le deuxième aspect du livre – et celui qui me préoccupe le plus – est le ton dans lequel il est écrit. Il s’agit d’un livre sur le peuple Rrom écrit par quelqu’un qui ne connaît aucun Rrom, et qui admet ne pas avoir cherché délibérément leur inclusion dans ses travaux. Aucun Rrom n’est cité dans ses remerciements. Lewy n’a aucune expertise en études sur les Rroms (Romani Studies), et en dehors de quelques articles récents extraits du même livre, il n’a jamais rien publié sur les Rroms avant cela.

Cela reflète une facette d’une tendance inquiétante qui semble se dessiner dans les études sur l’Holocauste, le plus récemment exprimées sur un site sur l’Holocauste basé en Australie, qui proclame que « mentionner simplement les Tsiganes dans le même souffle que les victimes juives est une insulte à leur mémoire ! » (David, 2000).

Cette déclaration ne diffère guère de celle faite par le maire de la ville de Darmstadt en Allemagne, qui dans une adresse au Conseil Sinti et Rrom de la ville, a déclaré que leur demande de reconnaissance « insulte l’honneur de la mémoire des victimes de l’Holocauste » en aspirant à être associés avec elles (Anon., 1986), la preuve que ce genre d’antitsiganisme s’étend bien au-delà des limites des études sur l’Holocauste. Le motif de la rédaction de ce livre, donc, était évidemment de ne rien ajouter à nos connaissances des Rroms, mais de soutenir la position « unique » de la communauté juive, chant du cygne de Lewy au moment de sa retraite de l’Université du Massachusetts.

Sa section sur l’histoire est erronée et anémique, la plupart de celle-ci repose en grande partie sur le livre journalistique et non académique de Fonseca, Bury Me Standing. Il accepte les stéréotypes négatifs sans commentaire, citant par exemple Martin Block, dont le livre de 1936 a été commandé par le Parti Nazi et a servi comme un de leurs guides fondamentaux à la « Zigeuner » [NdT : nom péjoratif et raciste qui sert tout à la fois à désigner les rroms et la politique à leur endroit], et qui déclare que les Rroms « sont passés maîtres dans l’art du mensonge. » Ayant fait le point une fois, Lewy renforce alors la déclaration de Block dans une note de bas de page en répétant l’observation raciste similaire de Fonseca selon laquelle les « Tsiganes mentent. Ils mentent beaucoup. Plus souvent et de manière plus inventive que les autres. » Il cite inutilement l’éditeur d’un magazine catholique Rrom qui a récemment écrit que les Rroms sont « à quelques exceptions près, un peuple paresseux, menteur, voleur et extraordinairement sale (…) des gens très désagréables à fréquenter. »

Acceptant sans critique les opinions d’auteurs non-Rroms pleins de préjugés, et présentant leurs déclarations comme un fait, et répétant sans défense un venin raciste tout en l’appelant simplement « immodéré », cela suggère que de telles déclarations sont pour Lewy incontestables, et que nous ne sommes pas réellement des personnes, mais simplement des sujets dans des livres écrits par d’autres non-Roms. Nous ne sommes pas de vraies personnes avec des sensibilités et des aspirations réelles dans le monde réel, et nous n’étions pas de vraies personnes dans l’Holocauste.

En somme, dans son chapitre d’ouverture, Lewy semble prendre plaisir à documenter les « méchants » aspects des Rroms ; il ne semble pas beaucoup nous aimer. Dans une déclaration qui blâme la victime (p.11), il dit « le seul préjugé, à mon avis, n’est pas une explication suffisante de l’hostilité dirigée vers les Tsiganes (…) certaines caractéristiques de la vie tsigane tendent à renforcer, voire à créer l’hostilité. » Il va jusqu’à prendre lui-même la responsabilité de la manière dont nous devrions être appelés, soutenant que « en fait, il n’y a rien de péjoratif, en soi, à propos du mot « Zigeuner » (p. ix). Une suggestion que j’ai faite avant de remettre le manuscrit original à OUP, c’est que l’auteur supprime de son texte le mot « mystérieux » dans sa description de notre peuple.

Un couple de Rroms dans le camp de concentration de Belzec

Un couple de Rroms dans le camp de concentration de Belzec

Il y a des dizaines d’exemples de ce genre d’insensibilité ici et dans d’autres écrits de Lewy. Il répète, par exemple, la déclaration particulièrement insultante de Yehuda Bauer, selon laquelle mon peuple n’était rien de plus qu’une « source d’irritation mineure » pour les nazis. La source d’irritation mineure n’était pas appelée Zigeunerplage ou Zigeunerbedrohung ou Zigeunergeschmeiss comme les nazis nous appelaient (« fléau tsigane », « menace tsigane », « racaille tsigane »). Le Bureau des Affaires Tsiganes de Munich n’a pas été déplacé dans la capitale d’Hitler à Berlin en 1936 simplement pour que les nazis puissent garder un œil sur une « source d’irritation mineure ».

Dans un document présenté en septembre 2000 au symposium de l’US Holocaust Memorial Museum sur l’Holocauste des Rroms, Lewy a déclaré que « les Tsiganes ont eu la chance de ne pas être les victimes désignées de l’Holocauste », sans se soucier de l’insensibilité évidente de l’emploi d’un mot tel que « chance » dans le contexte de l’Holocauste.

Dans le même papier, Lewy soutient que les Rroms n’ont pas été envoyés à Auschwitz-Birkenau pour être tués, qu’ils étaient enviés par d’autres détenus là-bas, et que dans certains camps, ils étaient simplement assassinés pour port de maladie ou pour gagner de l’espace. Tout au long de son écriture, Lewy tempère du bout des lèvres ses préjugés avec la sympathie requise, sans doute de peur d’être accusé de partialité, mais il n’inclut aucune discussion sur la persécution permanente des Rroms depuis 1945, sur la façon dont il n’y avait pas de représentation aux procès de Nuremberg, ou pas de réparation des crimes de guerre, ou sur la façon dont la violence néo-nazie est dirigée, aujourd’hui, principalement contre le peuple Rrom, ou sur la façon dont The New York Times et CNN ont tous deux appelé les Roms « les plus persécutés en Europe aujourd’hui. »

Au moment où j’écris [2000], le gouvernement grec est déjà systématiquement en train d’enlever par la force les Rroms et de démolir leurs maisons sur le site des prochains Jeux Olympiques, tout comme Hitler l’a fait à Berlin en 1936 et le gouvernement espagnol l’a fait en 1992 à Barcelone. Les femmes Rromnias ont été stérilisées contre leur gré en Slovaquie dans les années 1980. Ces faits, dans le contexte de ce que l’Holocauste doit nous enseigner, ne veulent rien dire pour M. Lewy, et cela parce qu’il ne peut ressentir aucune empathie pour un peuple qui lui reste parfaitement étranger.

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Expulsion des habitants d’un camp à Mons en Baroeul, 26 aout 2010

Avoir à traiter avec ce genre de manque de considération est une chose à laquelle les Rroms sont souvent confrontés. Les représentants [Rroms] des Etats-Unis qui veulent être inclus dans le décaissement des actifs suisses spoliés par les nazis ont certainement été créés pour se sentir comme « une source d’irritation mineure », tandis que Ward Churchill a consacré un long chapitre pour le traitement injuste des Rroms par les spécialistes de l’Holocauste dans son livre A Little Matter of Genocide, qu’aucun des deux examinateurs dans un récent numéro de cette revue ne mentionne. En Janvier 2000, le gouvernement suédois a organisé une conférence internationale sur l’Holocauste en réponse à la forte augmentation des activités néo-nazies en Europe de l’Est. Les Rroms et les Sinti n’étaient pas seulement victimes de l’Holocauste, mais ils sont aussi les principales cibles de la violence des skinheads aujourd’hui encore ; pas même une seule session sur les Rroms n’a été incluse dans l’ensemble du forum de Stockholm.

The Nazi Persecution of the Gypsies est un livre dangereux. Un autre titre dans la tradition archaïque de traités d’experts sur un peuple que l’auteur n’a jamais rencontré ni même cherché à le faire. Comment pouvez-vous ressentir de la compassion pour un peuple que vous ne connaissez pas ? Nous sommes une abstraction, qui sera examinée en notre absence et, pire encore, même en notre présence, comme si nous n’existions pas vraiment, sans penser à nos sentiments ou à notre dignité. Il sera, je suis désolé de le dire, largement lu, et est déjà cité comme « preuve » pour plaider en faveur de l’exclusion du peuple Rrom de la place qui lui échoit dans l’histoire de l’Holocauste.

Lewy écarte injustement le révolutionnaire Destiny of Europe’s Gypsies de Kenrick & Puxon (1972), le premier livre entièrement écrit sur ​​le sujet en anglais, comme « [étant] loin d’être un traitement satisfaisant. » Mais son propre effort dicté par l’agenda est loin de le remplacer, et ma recommandation est que ceux qui veulent des sources contemporaines et académiques sur le génocide des Rroms (Porrajmos) s’appuient sur la série en plusieurs volumes Gypsies During the Second World War de Hertfordshire Press University

 

Notes

Travaux cités :

ADL (2000) : http://www.adl.org/frames/front_holocaust.html.
Anon (1986) « Tragedy of the Gypsies », Information Bulletin No. 26, Vienne : Dokumentationszentrum des Bundes Jüdische Verfolgte des Naziregimes.
Karl Binding & Alfred Hoche (1920), Die Freigabe der Vernichtung lebensunwerten Lebens, Leipzig, Felix Meiner.
Martin Block (1936), Die Zigeuner : Ihr Leben und ihr Seele, Leipzig, Bibliographisches Institut.
Richard Breitman (1991), The Architect of Genocide : Himmler and the Final Solution, New York, Knopf.
Israel Charney, dir. (1999), Encyclopedia of Genocide, Santa Barbara, ABC-CLIO (en deux volumes).
Ward Churchill (1997), A Little Matter of Genocide. Holocaust and Denial in the Americas, 1492 to the Present, San Francisco, City Lights Books.
L. David (2000), http://member.telpacific.com.au/david1/The_Holocaust.htm, 14 juin.
Isabel Fonseca (1995), Bury Me Standing : The Gypsies and their Journey, New York, Knopf.
Ian Hancock (1996), « Responses to the Porrajmos : The Romani Holocaust » in Rosenbaum, 1996, 39-64.
Uwe-Karsten Heye, Joachim Sartorius & Ulrich Bopp, dir. (2000), Learning from History : The Nazi Era and the Holocaust in German Education, Berlin, Press and Information Office of the Federal Government.
Stig Hornshøy-Møller (1999), « Hitler and the Nazi decision-making process to commit the Holocaust » in Charney, 1999, vol. I, 313-315.
Steven Katz (1988) « Quantity and interpretation : Issues in the comparative historical analysis of the Holocaust », Remembering for the Future, Oxford, Pergamon Press, 200-218.
Donald Kenrick & Grattan Puxon (1972), The Destiny of Europe’s Gypsies, New York, Basic Books.
Richard Liebich (1863), Die Zigeuner in ihrem Wesen und ihre Sprache, Leipzig, Brockhaus.
Sybil Milton (2000), « Holocaust education in The United States and Germany » in Heye, 14-20.
Leitch Ritchie (1833), Wanderings by the Loire, London, Longman & Co.
Alan S. Rosenbaum, dir. (1996), Is the Holocaust Unique ?, Boulder & Oxford, The Westview Press.
State Museum of Auschwitz-Birkenau (1993), Memorial Book : The Gypsies at Auschwitz-Birkenau, Munich, Saur Verlag.
Michael Zimmermann (1996), Rassenutopie und Genozid : Die nationalsozialistische « Lösung der Zigeunerfrage », Hamburg, Christians Verlag.

Source : http://www.oocities.org/~patrin/lewy.htm
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par RC pour Etat d’Exception.

Guenter Lewy - The Nazi Persecution of the Gypsies

Oxford University Press
320 p.
2001