Dans une France saturée de débats sur l’ « islam », le « communautarisme », la déchéance de nationalité, l’existence d’un « racisme anti-blancs »… et où domine encore et toujours un antiracisme moral et dépolitisant, le livre de Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, arrive à point nommé.

Mêlant analyses politiques, citations et récits personnels, ce court et dense essai paru aux éditions La Fabrique vient balayer sur près de 140 pages les thématiques portées depuis une décennie par le Parti des Indigènes de la République (PIR), dont l’auteure est porte-parole et membre fondateur. Nous l’avons lu avec beaucoup d’intérêt et nous proposons d’en faire une recension, conscient toutefois de la difficulté à s’atteler à un tel exercice[1].

Expertise et expérience

« Pourquoi j’écris ce livre ? Parce que je ne suis pas innocente. Je vis en France. Je vis en Occident. Je suis blanche. Rien ne peut m’absoudre. Je déteste la bonne conscience blanche. Je la maudis[2]. »

Divisé en six chapitres (Fusillez Sartre ! ; Vous, les Blancs ; Vous, les Juifs ; Nous, les Femmes indigènes ; Nous, les Indigènes ; Allahou akbar !), la qualité première du livre tient à la fois à son style enlevé et à sa forme originale. Les récits à la première personne côtoient les analyses plus générales, avec une référence assumée à Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon.

Là où la chape de plomb républicaine oblige les racisé-e-s à marquer une distance avec l’objet étudié (spécialement s’il s’agit de la question raciale), l’auteure choisit d’assumer pleinement sa subjectivité : « Mon expérience et ma sensibilité, je les puise dans l’histoire et le présent de l’immigration maghrébine arabo-berbéro-musulmane. C’est à partir de cette trajectoire que je m’exprime. »

En parlant à partir d’une expérience (celle d’une fille d’immigré-e-s algérien-ne-s installé-e-s en France), et d’une condition (celle d’ « indigène »), H. Bouteldja refuse d’aborder la question raciale de manière froide et distanciée. Les passages qui mêlent récits personnels et effort de réflexivité sont particulièrement aboutis et font dire à l’auteure qu’elle est

« Une femme moderne et intégrée qui ne sait pas faire la kesra et à qui on a appris la fierté de trahir sa mère ».

La formule est saisissante. Elle décrit bien la dévalorisation – aux yeux de leurs propres enfants – du savoir et de la culture des parents immigrés. La porte-parole des Indigènes parvient à exprimer de manière à la fois frappante et sensible les difficultés que rencontrent les immigré-e-s (ou leurs descendant-e-s) pour se construire, s’accepter soi et les autres (notamment ses propres parents), dans une société définie comme blanche. Ne serait-ce que pour les développements sur les affres de l’intégration, le livre mérite d’être lu.

Centralité de la race

Un autre point fort du livre tient à la place centrale qu’il accorde à la notion de race, en rupture totale avec un discours désespérément colorblind, dont l’exemple à la fois ridicule et symptomatique a été la suppression impulsée par François Hollande du mot race de la Constitution. Se sachant attendue au tournant sur cette question, l’auteure précise en préambule de son livre :

« Les catégories que j’utilise : « Blancs », « Juifs », « Femmes indigènes » et « indigènes » sont sociales et politiques. Elles sont des produits de l’histoire moderne au même titre qu’ « ouvriers » ou « femmes ». Elles n’informent aucunement sur la subjectivité ou un quelconque déterminisme biologique des individus mais sur leur condition et leur statut ».

Si H. Bouteldja rappelle avec justesse dès le premier chapitre que s’il existe bien un « conflit de classe », il existe aussi un « conflit de race », ajoutant plus loin que l’un est aussi « puissant et structuré » que l’autre, il n’en demeure pas moins que l’absence d’articulation sur le terrain politique entre les deux ne peut conduire qu’à une impasse.

Bien sur, l’injonction à l’articulation ne peut que nous faire sourire quand elle vient de structures qui comptent en leur sein une majorité de fonctionnaires, pour la plupart propriétaires. De même qu’une telle injonction en provenance de milieux petit-bourgeois qui vivent la « radicalité » sur un mode exotique et passager, ne doit pas retenir notre attention.

En revanche, pour ce qui est des luttes de l’immigration et des « banlieues », une telle articulation est indispensable. Compte-tenu d’une part de l’existence de grandes disparités entre les communautés immigrées installées en France, et d’autre part des conditions de vie matérielles de nombreux-ses racisé-e-s dans ce pays, on ne voit pas bien comment nous pourrions en faire l’économie. Que ce soit en matière d’emploi, d’éducation ou de logement, en matière pénale ou sanitaire, l’articulation est nécessaire.

Or, l’auteure se contente le plus souvent dans son livre d’articuler pour ainsi dire la race avec la race. Dans Les Blancs, les Juifs et nous, le moins que l’on puisse dire est que l’approche intersectionnelle passe un mauvais quart d’heure. Cela est du, à notre sens, à l’usage qui est fait de la catégorie d’ « indigènes », utilisée pour désigner indistinctement des situations qui sont en réalité très diverses, ce qui n’est pas sans conséquence sur la stratégie politique adoptée par le PIR.

« Indigène »

« Je ne suis pas tout à fait blanche. Je suis blanchie. Je suis là parce que j’ai été vomie par l’Histoire. Je suis là parce que les Blancs étaient chez moi, et qu’ils y sont toujours. Ce que je suis ? Une indigène de la république. Avant tout, je suis une victime. Mon humanité, je l’ai perdue. En 1492 puis de nouveau en 1830 ».

En s’auto-qualifiant à partir d’une catégorie étatique issue du contexte colonial, celle d’ « indigène », le PIR (anciennement MIR) entend retourner à son compte le stigmate pour en faire une caractéristique première de l’identité et de la condition des postcolonisé-e-s en France. Si le terme avait déjà été repris dans des textes de rap ou en littérature, par exemple, son usage en politique est plus problématique.

9782757841686Car ce mot a le défaut majeur d’enfermer les individus qu’il désigne dans une « identité fine » (par opposition à une « identité épaisse[3] »), qui les coupe à la fois de leur histoire précoloniale, c’es-à-dire de leur héritage civilisationnel, ainsi que de leur ancrage spirituel (ce que Malek Bennabi qualifiait dès les fin des 1940 de « coefficient autoréducteur »). De son côté, Frantz Fanon (que H. Bouteldja convoque régulièrement dans son livre), insistait sur la nécessité de dépasser une définition de soi qui passerait exclusivement par le regard du dominant, afin disait-il de ne pas « fixer » l’homme, dont le destin est d’être « lâché ». Dans un superbe passage de la conclusion de Peau noire, masques blancs, le psychiatre martiniquais écrit :

« La douleur morale devant la densité du Passé ? Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules.
Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer. Je n’ai pas le droit d’admettre la moindre parcelle d’être dans mon existence. Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé.
Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères. »

Dans une recension en trois parties parue sur ce site et consacrée à la fois à l’ouvrage de Sadri Khiari (Malcolm X, stratège de la dignité noire) et plus largement à l’appropriation par les Indigènes de la République de la pensée politique de Malcolm X, l’auteur qui signe sous le pseudonyme d’ « indigène x » affirmait que :

« Si la catégorie politique d’ « indigène », créée par le PIR, est pour l’heure le seul et véritable terme politique en vigueur apte à regrouper et fédérer théoriquement toutes les personnes et communautés « non-blanches » victimes du racisme et des inégalités en France et ce, au-delà de leurs disparités socio-économiques et de leurs diversités culturelles, ethniques et religieuses, il reste qu’il s’agit là évidemment d’une catégorie encore provisoire dès lors qu’elle doit devenir véritablement une « réalité politique » et qu’elle a vocation à être dépassée à long terme, le terme d’indigène renvoyant uniquement à la dimension « négative », victimaire et dépendante, de notre combat politique. »

Cette insistance sur le caractère de « victimes » des « indigènes » (et non sur celui d’opprimé-e-s, dont l’usage aurait sans doute été plus pertinent), emporte pour défaut majeur de rester prisonnier d’une perspective historique exclusivement occidentale, défaut qui traverse Les Blancs, les Juifs et nous de part en part.

Une décolonialité eurocentrée ?

En définissant exclusivement les « indigènes » comme des victimes de la modernité européenne, H. Bouteldja se retrouve en effet piégée dans une grille d’analyse historique, qui est certes critique, mais demeure néanmoins eurocentrée. C’est ainsi que le chapitre « Vous, les Juifs » contient cette proposition surprenante :

« Vous avez le choix de prolonger votre servitude dans des nationalismes ethnicistes et racistes ou au contraire vous libérer de l’emprise et de l’Etat-nation français et de l’Etat-nation israélien. Autrement dit, marcher dans les pas des fiers militants du Bund et poursuivre leur rêve de libération. »

Pourquoi le Bund[4] ? Nous qui pensions le plus souvent à la lecture de ce chapitre aux communautés juives du Machrek et du Maghreb, notamment aux Juifs d’Algérie (par exemple les voisins de la maison familiale maternelle à Aïn-Témouchent), voilà que H. Bouteldja réduit les communautés juives aux seules communautés ashkénazes d’Europe-centrale.

Alors pourquoi le Bund ? Pourquoi pas, par exemple, le Parti de l’Istiqlal au Maroc, ou le FLN en Algérie, qui ont tous deux compté des Juifs en leur sein ? S’agit-il de faire des Juifs-Arabes de Casablanca, Bagdad ou Constantine (sans parler des Falashas d’Ethiopie ou des communautés juives en Asie), des Polonais, Lituaniens ou Russes, qui abandonneraient leur langue (l’arabe) et leur religion au profit du yiddish et d’un vague rapport à la judéité ?

De la même manière, en insistant sur l’importance du combat antisioniste et de la lutte des Palestinien-ne-s pour leur auto-détermination, tout en affirmant le caractère « secondaire » du judéocide nazi pour les peuples du Tiers Monde, la porte-parole des Indigènes fait selon nous un contre-sens. Voici ce qu’écrit H. Bouteldja :

« Pour le Sud, la Shoah est – si j’ose dire – moins qu’ « un détail ». Elle n’est même pas dans le rétroviseur. Cette histoire n’est pas mienne en vérité et je la tiendrai à distance tant que l’histoire et la vie des damnés de la terre resteront elles aussi « un détail ». »

De quel Sud parle ici l’auteure ? Y inclut-elle les Arabes, les Palestinien-ne-s ? S’y inclut-elle elle-même ? Car s’il est bien des peuples pour qui l’extermination des Juifs par les nazis est tout sauf « un détail », ce sont eux. C’est ce que rappelle Edward Said dans un recueil de textes paru aux éditions La Fabrique. Dans une perspective historique palestinienne et arabe, nous dit l’auteur de L’Orientalisme, il n’y a pas d’un côté la séquence européenne 1939-1945, et de l’autre celle palestinienne-arabe 1947-1949, mais bien une seule et unique séquence : 1939-1949. Et Said d’ajouter dans un autre texte du même recueil :

« Pourquoi attendons-nous du monde entier qu’il prenne conscience de nos souffrances en tant qu’Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres, quand bien même il s’agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu’ils dérangent la vision simpliste d’intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l’Holocauste et Israël ? Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l’Holocauste ne signifie aucunement accepter l’idée selon laquelle l’Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédible pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux Juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens[5]. »

La férocité blancheEn écrivant à la suite de Jean Genet (de manière à la fois provocatrice et problématique) qu’« il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ? », H. Bouteldja passe sous silence les crimes nazis commis envers les Rroms, épousant ainsi certains aspects du récit sioniste de la barbarie nazie. Une barbarie qui a d’ailleurs hérité des théories raciales allemandes élaborées au début du XXème siècle et qui se sont soldées par les massacres des peuples Herero et Nama de Namibie par le colonisateur allemand à partir de 1904[6] et les délires sur la « Honte Noire » qui a conduit à la mort de milliers de prisonniers des « troupes coloniales » de l’Empire français, incarcérés dans des conditions inhumaines par les nazis[7].

Tout en voulant dénoncer le récit eurocentré de l’histoire, H. Bouteldja se retrouve prise au piège de sa propre grille d’analyse, elle aussi tout aussi eurocentrée, ce qui la conduit à la fois à « blanchir » les Juifs, mais aussi à « blanchir » les victimes du nazisme.

Dans le même sens, l’auteure accorde une place centrale à la « découverte » par Christophe Colomb en 1492 de ce qui ne s’appelait pas encore les Amériques, événement qui constituerait le point de départ de la modernité européenne, ouvrant une séquence historique dans laquelle nous serions toujours. Là aussi, le monde extra-européen disparait du radar pour laisser place à un récit où le sujet principal reste et demeure l’Europe.

Un récit qui fait l’impasse sur la conquête d’al-Andalus, qui s’est pourtant déroulée la même année[8]. L’auteure n’évoque jamais cette conquête et encore moins l’expérience pluri-religieuse de plusieurs siècles qui l’a précédée, alors qu’une telle expérience devrait être centrale dans un livre qui traite « des Blancs », « des Juifs » et « de nous ».

D’autres massacres ont précédé la conquête d’al-Andalus, comme celui perpétré par les Espagnols entre 1478 et 1483 des Guanches, peuple berbère installé en Grande Canarie et dont le génocide a servi pour ainsi dire de « modèle » aux massacres perpétrés dans les colonies aux Amériques.

Before European HegemonyEnfin, cette prise en compte de 1492 comme moment fondateur de la modernité européenne nous renseigne peu sur l’état du monde tel qu’il était avant l’hégémonie européenne, état caractérisé par une relative prospérité de certaines sociétés d’Asie et d’Afrique, et une relégation des sociétés d’Europe de l’ouest qui se trouvaient mises à l’écart des circuits économiques internationaux. Les Croisades ont été menées en partie pour s’ancrer avec ces voies de commerce et bénéficier de points de passage. La reconquête de Jérusalem par les troupes de Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî marque l’échec relatif de ce projet et va conduire les monarchies d’Europe à trouver d’autres moyens pour rattraper leur retard économique. C’est donc bien l’inégalité économique entre l’Europe et le reste du monde qui doit être prise en compte dans l’analyse même de la « modernité européenne ».

Décrocher avec le Sud

Il ne s’agit pas seulement d’oublis ou quelque fois de contre-sens historiques, cette grille de lecture eurocentrée emporte des conséquences politiques en termes de stratégie de lutte. Car en proposant tout au plus une histoire des minorités en Occident, et en coupant – du moins symboliquement – les liens politiques, historiques, et même spirituels des Afro-descendant-e-s et descendant-e-s de l’immigration coloniale avec les pays et régions dont elles et ils sont originaires, H. Bouteldja finit par refermer le couvercle Occident sur les « indigènes » :

« S’il fallait imiter les Blancs, c’est l’occasion ou jamais. Se déployer au-delà des frontières de la Nation, aller chercher nos solidarités en Angleterre, aux Etats-Unis, au Portugal ou en Australie. Car avec eux les sujets coloniaux des métropoles coloniales nous formons ce groupe des damnés de l’intérieur, à la fois victimes et exploiteurs. Il serait malséant de nous confondre avec le grand Sud car il y a objectivement conflit d’intérêts entre eux et nous, ne serait-ce qu’à cause de la redistribution partielle du pillage mais aussi parce que nos vies sont plus protégées, que des armées étrangères ne font pas la loi chez nous et que nous n’avons pas de bombes qui nous tombent sur la tête. Je n’ai pas de leçons à leur donner, mais les peuples du Sud doivent cesser de regarder vers le Nord et privilégier des alliances Sud/Sud. »

Qu’en est-il de la lutte des Palestiniens, à laquelle l’auteure accorde pourtant de longs développements ? Et les populations de Syrie, d’Irak ou de République démocratique du Congo ? Qu’en est-il aussi des luttes qui ont cours actuellement en Algérie, par exemple contre l’exploitation du gaz de schiste ? Et à quoi bon écrire « chez moi » pour parler du Maghreb, si c’est pour ensuite se désintéresser du sort des populations qui y vivent ?

Surtout, comment faire si l’on a des liens personnels, familiaux, avec les pays d’origine ? L’écueil dans lequel tombe la porte-parole des Indigènes est du, selon nous, au tropisme de l’histoire de l’immigration maghrébine (spécialement algérienne), et plus encore celle de l’auteure, qui raisonne comme s’il existait une immigration « finie », achevée, circonscrite aux années 1960-1970. Mais un tel écueil s’explique aussi par le fait que l’auteure confond la situation des Afro-Américain-e-s aux Etats-Unis, qui pour l’écrasante majorité n’a plus de liens avec l’Afrique (à l’exception des communautés afro-caribéennes et de celles qui ont encore de la famille en Sierra Léone et au Libéria), avec la situation des descendant-e-s de l’immigration africaine et asiatique en France. Dans une situation marquée par un flux constant de migrations, le « décrochage » proposé par l’auteure n’est pas seulement politiquement critiquable, il est aussi impossible en pratique.

Conclusion de la première partie

En surinvestissant l’histoire coloniale tout en se désintéressant du sort des pays anciennement colonisés, Les Blancs, les Juifs et nous montre les limites du projet « décolonial » proposé par le PIR. Un projet dans lequel l’histoire coloniale ne semble être mobilisée qu’aux fins de tirer quelques maigres avantages (symboliques, en termes de visibilité médiatique, de carrières politiques, etc[9].) au profit d’une élite intellectuelle « indigène ».

En se limitant à un discours de principe, le PIR peine ainsi à articuler un programme idéologique à long terme – certes nécessaire et stimulant – et des propositions concrètes économiques, fiscales, sociales, électorales, etc, pour des actions politiques à court et moyen termes. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans la seconde partie.

Notes

[1] Toute discussion politique sérieuse est devenue très difficile dans un champ de l’antiracisme miné à la fois par un fort sectarisme et par un esprit de cour, dont l’une des caractéristiques est que la valeur d’un propos est d’abord fonction de son auteur. Nous avons été membre durant un an du PIR, que nous avons quitté peu de temps après avoir lancé ce site. Depuis lors, tout propos de notre part sur les idées défendues par le PIR ou l’un de ses membres est appréhendé sous l’angle psychologique et dépolitisant du « règlement de compte personnel ». Le simple fait de publier sur ce site un compte-rendu rigoureux et fouillé de l’ouvrage de Sadri Khiari sur Malcolm X a été particulièrement mal accueilli par les principaux intéressés. L’expérience de ces dernières années atteste de la difficulté qui est la notre à ouvrir le débat sur la question raciale avec des individus/organisations qui choisissent comme interlocuteurs privilégiés – sinon uniques – des Blancs. Nous aurons l’occasion d’y revenir.
[2] Sauf mention, toutes les citations sont extraites du livre de Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, éditions La Fabrique, 2016.
[3] Sur cette question, on consultera avec profit l’article d’Abdellali Hajjat, « Révoltes des quartiers populaires, crise du militantisme et postcolonialisme », paru dans l’ouvrage qu’il a coordonné avec Ahmed Boubeker, Histoire politique des immigrations (post)coloniales en France, 1920-2008, Editions Amsterdam, 2009.
[4] Pour rappel, le Bund (Union générale des ouvriers juifs de Pologne, Russie et Lituanie), est un mouvement fondé en 1897 et qui se situe « au carrefour du socialisme et de la judéité » (Claudie Weil, Les cosmopolites, Socialisme et judéité en Russie 1897-1917). Il a largement contribué à fonder le POSDR (parti ouvrier social-démocrate de Russie), tout en revendiquant une certaine autonomie vis-à-vis de ce dernier. Recrutant principalement dans les milieux artisanaux et les petites entreprises, le Bund s’est nettement opposé au sionisme lors de son quatrième congrès de 1901, en adoptant une résolution visant l’autonomie culturelle extra-territoriale, qui s’articulerait autour de trois revendications : « a) la transformation de l’empire russe multinational en une fédération de peuples ; b) le droit à l’autonomie nationale pour chacun de ces peuples, indépendamment du territoire d’implantation ; c) l’attribution aux Juifs du statut de nation à part entière » (Enzo Traverso, Les marxistes et la question juive). Pour les bundistes, l’autonomie juive n’était pas pensée comme territoriale mais comme nationale-culturelle, et le yiddish, véritable langue nationale, y tenait une place très importante.
[5] Edward Said, Aux intellectuels arabes, à propos de Roger Garaudy, in Israël, Palestine : l’égalité ou rien, éditions la Fabrique, 1999, p. 141.
[6] Voir l’excellent livre de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours (Albin Michel, 2001), et la non-moins excellente recension de Michael Tilda Kawengé, Histoires occultées de l’institution barbare occidentale, parue sur ce site.
[7] Voir Jean-Yves Le Naour, La honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises, 1914-1945, Hachette, 2004.
[8] Pour le sociologue portoricain Roman Grosfoguel, c’est avec la conquête (et non la reconquête) d’al-Andalus que « commence la modernité euro-centrée », avec son cortège de massacres, de colonisation de peuplement, de déplacements de populations. C’est aussi avec cette conquête, ajoute-t-il, que « naissent les germes du projet d’Etat-nation », caractérisé par « une politique d’Etat, une identité et une religion ». Voir l’entretien qu’il accordé au journal hispanophone Islam Hoy, entretien traduit de l’espagnol et publié sur ce site.
[9] Sur ce point voir l’article précité d’Abdellali Hajjat.

Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l'amour révolutionnaire

Houria Bouteldja
Editions La Fabrique
2016

9 euros