Les détecteurs de métaux à al-Aqsa ne sont pas une mesure de sécurité

[Vendredi], des milliers de Palestinien-nes sont venu-es à Jérusalem pour accomplir l’acte le plus simple, le plus pacifique : la prière. Les Palestinien-nes – les musulman-nes et les chrétien-nes, les femmes et les hommes, jeunes et vieux – ont prié dans les rues après avoir refusé de passer à travers les nouveaux détecteurs de métaux et les barricades érigées par Israël devant le complexe d’al-Aqsa. Les forces israéliennes, armées de munitions létales, de grenades d’étourdissement, de bombes sonores, de canons à eau et de gaz lacrymogènes, sont venues, prêtes à tuer.

Et elles l’ont fait : en fin de journée, les forces israéliennes et les colons armés avaient tué trois jeunes hommes palestiniens et blessé plus de 450 autres, certains très sérieusement. Les forces israéliennes ont même tenté d’attaquer un hôpital palestinien pour tenter d’arrêter ceux qui avaient été blessés par leurs propres armes.

Israël prétend que les détecteurs de métaux sont nécessaires à la « sécurité » d’Israël, suite à l’accrochage de la semaine dernière au cours duquel deux officiers israéliens armés ont été tués. Ces détecteurs de métaux ne concernent pas la sécurité, mais plutôt la tentative délibérée d’empêcher l’accès à leurs lieux de culte aux Palestiniens. En contraste, par exemple, de la position récente d’Israël envers le Temple Mount Faithful – un groupe d’extrémistes juifs qui ont ouvertement annoncé qu’ils cherchaient la destruction du complexe d’al-Aqsa pour construire un temple juif à sa place.

Cependant, tout en plaidant ouvertement pour le nettoyage ethnique des Palestinien-nes et la destruction des sites sacrés musulmans, le gouvernement israélien continue d’autoriser ce groupe à pénétrer dans le complexe d’al-Aqsa (y compris avec des armes) sous couvert de « liberté de religion ».

En 1990, ce groupe a tenté de constituer un pilier pour un temple juif sur l’esplanade, déclenchant des manifestations au cours desquelles une vingtaine de Palestiniens sont morts.

La demande de liberté de religion pour les Palestinien-nes – la capacité de pratiquer sa foi sans ingérence des forces armées israéliennes – est commodément ignorée. Les détecteurs de métaux doivent être considérés pour ce qu’ils sont : un énième acte de colonisation d’Israël visant à nous effacer, nous la population indigène, à effacer nos maisons, notre culture et nos sites religieux, et à nous remplacer par des colons.

Pour sa part, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, se réjouit de voir la violence éclater à Jérusalem. Faisant face à une enquête pour corruption dans un scandale de sous-marin, Netanyahou refuse d’enlever les détecteurs de métaux afin de s’assurer que l’attention soit déviée et orientée davantage sur la violence. Vous voyez, en Israël, la « sécurité » est vendeuse – elle assure des votes et veille à ce que les accusations de corruption soient écartées.

Soyons clairs, aucun-e Palestinien-ne ne veut voir ses sites sacrés transformés en lieux de conflit armé. Mais en utilisant la carte de la « sécurité », Israël a veillé à ce que nous, Palestinien-nes, vivions comme prisonnier-es dans notre patrie.

Au nom de la « sécurité », Israël exproprie les terres palestiniennes. Au nom de la « sécurité », Israël construit des colonies exclusivement israéliennes sur des terres palestiniennes volées. Au nom de la « sécurité », Israël démolit des maisons et des écoles palestiniennes, et au nom de la « sécurité », les Palestinien-nes sont assiégé-es à Gaza, forcé-es de vivre sans électricité, sans approvisionnement médical adéquat ou sans eau, et même interdit-es d’accéder à la mer.

Et, lorsque les Palestiniens sont abattus par des tueurs de masse, comme ils l’ont été dans les années 1990 à Hebron par Baruch Goldstein, au nom de la « sécurité » les Palestinien-nes – et non les Israélien-nes – sont soumis-es à des restrictions de sécurité accrues. Bref, Israël cherche à transformer Jérusalem en Hébron : une ville rendue difficile aux Palestiniens, avec toutes commodités pour les Juifs israéliens qui prennent le pas sur les droits des Palestinien-nes. Alors qu’Israël continue de tirer sur les Palestinien-nes, qui assurera la sécurité des Palestinien-nes ?

Cette sécurité ne viendra pas du leader palestinien non élu actuel, Mahmoud Abbas, qui a passé quatre jours en Chine alors que les Palestinien-nes avaient été empêché-es d’accéder au complexe d’al-Aqsa et que les Gazaouis subissaient un siège qu’il avait ouvertement soutenu. Ni, bien sûr, ne viendra-t-il d’une communauté internationale silencieuse qui ne sait que tordre ses mains de désespoir et condamner doucement Israël.

Au contraire, les Palestinien-nes continueront de tenir courageusement et de se défendre, ne s’inclinant que devant le Dieu qu’ils adorent et jamais devant les diktats israéliens.

Notes

Source : Al Jazeera.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.

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