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« Les flics » d’Usul : entre sociologues Blancs et victimes racisées

Rafik Chekkat 5 octobre 2016
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« Pour être honnête, ce n’est pas Zemmour qui m’inquiète le plus, mais le racisme de gauche, le sexisme de gauche, le mépris culturel de la gauche, y compris radicale, lorsqu’elle regarde les quartiers populaires, lorsqu’elle regarde les musulman.e.s. C’est ce qui m’inquiète parce que j’ai l’impression que c’est cette arrogance qui nous empêche d’avancer collectivement. Que les crispations laïcardes aux relents racistes, sexistes ou paternalistes agitent la presse mainstream, la droite ou la gauche de gouvernement, ça n’a rien d’étonnant, mais quand je les retrouve dans mon propre camp, là, je m’inquiète. »

Ce constat lucide auquel nous souscrivons pleinement c’est celui que fait Usul dans un entretien accordé à [la] revue Ballast[1], revue qui décrit bien l’objectif qu’il poursuit à travers ses vidéos : « Parler de philosophie politique à ceux qui ne croulent pas sous les diplômes ».

Si l’on en juge par la qualité des premiers numéros de la série « Mes chers contemporains », et à l’audience qu’ils rencontrent, le pari semble jusque-là réussi. Pour la rentrée, Usul s’attaque à un sujet qu’il décrit lui-même comme « sensible » : la police.

Les brutalités policières lors des manifestations contre la loi travail au printemps, la mort d’Adama Traoré (rA) cet été, ont notamment fait rejaillir des questions auxquelles tente de répondre Usul : « que faire de la police ? Qui déteste la police et est-ce légitime ? Quel est le rôle de la police et comment l’appréhender en 2016 ? [2] »

A l’instar des précédentes, cette vidéo d’une quarantaine de minutes est d’excellente facture. Un montage efficace y sert un propos intelligent, qui pose de manière simple et stimulante les enjeux théoriques et politiques des discussions autour de l’institution policière et de son rôle. L’effort de réflexivité et la volonté d’Usul d’intégrer à son analyse la violence policière (politique) quotidienne que des racisé-e-s subissent à plein, sont également à saluer.

Toutefois, cette volonté se trouve en permanence contredite par un dispositif qui oppose témoignages des racisé-e-s et analyses des sociologues, qui s’avèrent en plus être tous hommes et Blancs. « Je veux que les titres les plus prestigieux n’aient plus cet effet sidérant sur ceux qui en sont dépourvus » affirmait pourtant Usul dans l’entretien précité. « Les flics (tout le monde déteste la police) » donne à voir tout le contraire. Dommage.

« Pas assez crédibles »

C’est d’autant plus dommage qu’Usul relève et critique à juste titre la pratique consistant à remettre systématiquement en cause ce qu’ont à dire les victimes racisé-e-s de violences policières, ou bien les familles de victimes après des crimes policiers :

« Les [habitants des banlieues] sont-ils vraiment de bonne foi ? En tout cas, ils ne semblent pas assez crédibles pour qu’on les écoute lorsqu’ils s’emploient à dénoncer les dérives de l’autorité. Ce qui, pour l’autorité, en fait des victimes idéales. »

Le terme « dénoncer » peut paraitre anodin, mais il exprime bien le rôle qu’assigne Usul aux Noir-e-s et Arabes, habitant-e-s des banlieues : celui de dénoncer la violence policière. D’exprimer une douleur. De n’être au fond que de simples illustrations ou des témoins, parfois muets, de l’oppression policière.

Assa Traoré évoque ainsi l’interpellation et la mort de son frère Adama ; Almamy Kanouté les nombreuses victimes mortes par asphyxie, ou sa propre agression par une douzaine de policiers ; Amal Bentounsi le bilan annuel des crimes policiers ; les rappeurs Mokobe et Médine les violents contrôles policiers qu’ils ont subis plus jeunes.

Apparaissent également à l’écran une multitude d’autres racisé-e-s et « banlieusard-e-s », qui disent un mot ici ou là, de manière le plus souvent anonyme. Tou-te-s font part d’une expérience personnelle. Aucun-e ne développe son idée sur la durée.

Analyse

A la parole courte, tronquée, éminemment subjective et émotive des racisé-e-s, fait face celle savante, froide, explicative, et par conséquent « crédible », des universitaires[3] Stéphane Beaud, Mathieu Rigouste, Didier Fassin, Philippe Robert et même Michel Foucault. Tout en dénonçant l’illégitimité dont sont frappées certaines paroles dans le débat public, Usul déploie un dispositif qui vient renforcer une telle illégitimité.

Une séquence l’illustre bien. C’est celle où l’on voit des jeunes contrôlés en bas d’un immeuble et l’un d’eux emmené vers le fourgon de police, tandis qu’Usul s’interroge en voix-off :

« Qu’est-ce qu’elle y fait la police dans ces quartiers concrètement entre deux interpellations sérieuses ? Et bien elle y procède à des contrôles d’identité […]. Ces contrôles sont les prétextes à des échanges parfois tendus, parfois cools, mais dans lesquels le but est toujours le même : soumettre les contrôlés. Les soumettre à l’autorité de la police et finalement de l’Etat. Les soumettre à l’ordre social, à la hiérarchie de la société. »

Immédiatement après cette séquence, c’est à Didier Fassin, anthropologue, enseignant à Princeton et directeur d’études à l’EHESS, qu’Usul donne la parole. Celui qui a partagé le temps d’une enquête le quotidien de policiers de la BAC d’un commissariat parisien (pour en tirer un livre, La force de l’ordre), s’interroge sur l’efficacité de tels contrôles, citant au passage des « jeunes » qui se plaignent de leur récurrence. La parole de ces jeunes est absente. Ils demeurent objets d’un discours dont les enjeux les dépassent.


Surtout, Didier Fassin affirme des choses qui sont certes justes, mais qui sont dites par à peu près tout le monde en banlieue et dans les milieux de l’immigration depuis près de 40 ans. Pourquoi Usul se sent-il obligé de passer par lui pour appuyer un propos aussi banal ? Dans une séquence ultérieure, c’est à nouveau à D. Fassin qu’Usul donne le mot de la fin pour résumer, en une formule de sociologue, le but des contrôles au faciès :

« Quant au harcèlement quotidien que vivent les jeunes des quartiers, Didier Fassin résume très bien le but de l’opération, sa fonction première : « l’habitude de l’humiliation doit produire l’habitus de l’humilité ». »

Banlieues

Ce dispositif que nous critiquons ici n’est pas l’apanage d’Usul. Il est présent de manière encore plus flagrante dans presque tous les documentaires sérieux sur la « banlieue » ou les violences policières. A chaque fois, la parole experte et quasi exclusivement blanche d’un Mucchielli ou d’un Bonnelli, vient traduire en termes respectables et intelligibles ce que le ou la jeune de cité a dit dans la séquence précédente.

Comme si les réalisateurs de tels documentaires estimaient que même lorsqu’elles et ils s’expriment en français, la langue des banlieusard-e-s reste une langue étrangère. Une langue qui doit passer par le filtre universitaire, savant, pour passer du sensible au rationnel et ainsi être prise prise au sérieux.

« Nous ne savons finalement rien des méthodes de la police en général, de son langage et des libertés qu’elle prend parfois avec les règlements. C’est sans doute parce que la violence policière est largement dissimulée et le plus souvent couverte qu’elle affole finalement assez peu la société civile ».

Les banlieusard-e-s et racisé-e-s ne semblent pas faire partie de cette « société civile ». C’est sans doute une simple maladresse de la part d’Usul, qui a toujours eu l’honnêteté de préciser dans ses vidéos que sa parole est située[4], qu’il s’exprime à partir d’une perspective propre, et qu’il a conscience des privilèges dont ils bénéficient.

Seulement, ces propos n’ont pas valeur performative. Reconnaitre ses biais de perception ne les désactive pas toujours. De même que parler de privilège blanc ou masculin n’empêche pas qu’on continue d’en tirer profit. Usul inclut par le discours ce qu’il exclut par le dispositif. Il précise que la violence policière s’exerce dans des territoires particuliers, les banlieues, territoires qu’il écarte pourtant en permanence dans son analyse.

« Les flics » se termine sur les propos d’un Xavier Mathieu affirmant que seule la violence fait peur aux dominants, mais à aucun moment Usul n’a évoqué les fréquentes révoltes populaires consécutives à des crimes policiers, dont celles de cet été dans le Val-d’Oise après la mort d’Adama Traoré (rA).

« Ethnocentrisme de gauche »

Si les révoltes en banlieue sont absentes du propos d’Usul, ce n’est pas seulement parce qu’il n’y a jamais vécu ni mis les pieds, comme il l’affirme lui-même d’ailleurs. Selon nous, telle omission provient de l’idée qu’il se fait « du mouvement social ».

Cette expression qu’il emploie assez fréquemment (« le mouvement social »), sert à désigner les forces de gauche en lutte. Usul y intègre les manifestations contre la loi travail et les Nuit Debout, mais il lui semblerait aberrant d’y inclure les révoltes de 2005 consécutives à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré (rA), ou celles de 2007 à Villiers-le-Bel après la mort de Lakhamy Samoura et Moushin Sehhouli (rA).

Le propos d’Usul – à l’instar de nombreux discours de gauche – est circulaire. Pour lui, les luttes sociales, progressistes, sont nécessairement de gauche, car le progrès lui-même est nécessairement de gauche. Tout ce qui se fait en dehors de cette gauche n’apparait même pas dans le radar. Exister, c’est exister politiquement… à gauche.

« Tous les marxistes, les anarchistes et les écolos « vénérs » vous le diront : le rôle premier de la police c’est assurer pour le haut de la pyramide la sécurité intérieure. Se battre donc contre l’ennemi intérieur, celui qui menace l’ordre social. »

Peut-on arriver au même constat sur le rôle de la police sans pour autant être un anarchiste, un marxiste ou un écolo « véner » ? Peut-on légitimement penser la réalité sociale en dehors de ces courants traditionnels de la gauche ? Pour nous, il est évident que oui. Pour d’autres, cela reste problématique.

Pour conclure

A travers ce texte, nous n’avons pas souhaité démontrer qu’en voulant faire toute sa place à la question raciale dans son propos, Usul se serait aventuré sur un territoire qui n’est pas le sien. Nous pensons au contraire que personne n’est étranger à la lutte pour la justice raciale, à condition toutefois de connaitre et respecter les rôles respectifs de chacun-e.

Usul avance ses idées avec modestie, valeur qu’il place au centre même de sa démarche intellectuelle. Nous pensons tout aussi modestement que sa pensée politique est en construction. Qu’il existe une limite évidente à n’appréhender certaines réalités – ici la police et ses rapports à diverses populations – qu’à travers ce qu’en disent les sociologues et des vidéos glanées sur le net.

Malgré toute son inexpérience, Usul a mis sans le vouloir en lumière un défaut majeur des mobilisations contre les violences policières en France, qui analysent ces violences non pas du point de vue des communautés qui les subissent, mais à travers une perspective, disons, policière. C’est la police, ses agissements, son rôle, ses manquements, qui constituent le plus souvent le centre de gravité de telles mobilisations. C’est elle le sujet central, et c’est elle la seule force agissante.

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Photo tirée d’un extrait de « La Haine » (Mathieu Kassovitz, 1995) repris par Usul.

C’est ce qu’exprime Usul lorsqu’il affirme que le but des contrôles d’identité est de soumettre les contrôlés à l’ordre social, à la hiérarchie de la société. Comme si d’autres institutions – et notamment l’école – ne s’étaient pas déjà chargées de cela avant. Comme si la pauvreté, l’habitat dégradé, les services sociaux, l’accès aux soins, la qualité des transports et des services publics, ne rappelaient pas en permanence aux habitant-e-s des quartiers pauvres leur place dans la hiérarchie.

On comprend alors pourquoi un slogan comme Black Lives Matter prend tout son sens. Il dit clairement ce qui constitue le centre de gravité de la lutte contre les crimes policiers aux Etats-Unis : faire que les vies des Noir-e-s comptent. Car le moteur de toute lutte d’émancipation, ce sont les opprimé-e-s elles-mêmes et eux-mêmes. Et nous serons plus fort-e-s si nous investissons le combat contre l’arbitraire policier avec notre esthétique, notre langage, notre perspective historique, nos spiritualités, et en profitant des échelles fournies par nos parents, dont nous sommes les continuateurs.

Les militant-e-s « du mouvement social » en font de même et puisent esthétique et mots d’ordre dans l’histoire du mouvement ouvrier, auquel elles et ils se réfèrent en permanence. Si nous voulons traiter en partenaire égaux dans cette fameuse (fumeuse ?) « convergence des luttes », nous devons cesser de mutiler nos identités et nos vécus. Seulement voilà, les premiers réfractaires à cela, ce sont les Blancs de gauche qui se disent nos allié-e-s, mais qui souhaitent toujours que l’on formule la lutte dans un langage qui leur soit familier.

Alors pour le dire très simplement, tant que la gauche se prétendra détentrice du monopole de la lutte ; tant que les militant-e-s et structures de gauche agiront comme agents et instances de reconnaissance et de légitimation des luttes ; tant que les initiatives qui ne viennent pas de la gauche seront entravées et disqualifiées comme étant « communautaristes », « islamistes », etc., on ne va pas s’en sortir.

Notes

[1] Usul : « Réinventer le militantisme », publié le 22 février 2016 sur le site de Ballast.
[2] Sauf mention, toutes les citations sont extraites de la vidéo d’Usul « Les flics (tout le monde déteste la police) ».
[3] Par universitaires nous ne désignons pas nécessairement des enseignants en université (Mathieu Rigouste ne l’est pas), mais des personnes titulaires a minima de diplômes de 3ème cycle en sciences sociales et qui ont une production théorique dans le domaine.
[4] « Comment se faire une idée du travail en banlieue, quand comme moi, on n’y vit pas et qu’on n’y a jamais vécu ? »

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Rafik Chekkat

Ancien avocat, diplômé en philosophie politique (Université Paris 7), Rafik Chekkat est cofondateur et chargé de publication du site Etat d'Exception.

  • 1

19 Commentaires

  1. Emmanuel Florac 6 octobre 2016

    Il en est de la « société civile » comme de la « communauté internationale ». La « société civile », ce sont les blancs. La « communauté internationale », ce sont les pays riches (et blancs).
    Vous tendez à attribuer à Usul les travers qu’il dénonce dans notre société, il me semble.

    Regrettons (Usul, probablement le premier) que dans notre société colonialiste, raciste, ce type d’exposé venant d’un blanc, utilisant les procédés classiques de légitimation de l’ordre racialiste/colonialiste, soit le seul type d’explication audible. Mais je trouve quand même dommage de lui en faire le reproche…

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    1. Pas gêné•e 2 février 2017

      Bah oui et non… 🙂
      Ce n’est pas indépassable puisque l’on voit déjà clairement où est le hic.
      Sortir de ce travers est possible. Pas facile, soit…

  2. Virokannas 6 octobre 2016

    Merci pour cette critique constructive. Cela fait pas mal écho aux dernières 30min de « La Sociologie est un sport de combat » de Pierre Carles. Tu as raison de dire que les luttes des quartiers populaires sont à prendre avec « l’esthétique », « le langage », « la perspective historique », « les spiritualités » qui vont avec. Il en est de même avec les autres mouvements. Chacun de nous doit maintenant faire les efforts nécessaires pour écouter et comprendre l’autre, dans toute sa différence, pour commencer à partager « profondément » sa lutte … un partage des luttes mieux qu’une convergence ?

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  3. Yoka 7 octobre 2016

    Très intéressant et en effet probablement difficile à entrevoir au premier visionnage. Et en même temps cette inégalité dans l’accès a la parole n’est elle pas justement « fidèle » a la réalité ? Pourquoi reprocher cela au « documentariste » ? Il explique qu’il ne vient pas de là, donc a partir de là sa perspective est forcement condamnée depuis le point de vue de l’article non ? Chacun ne peut plus parler que de soit ? En l’occurrence vous soulignez bien cependant une limite du dispositif a la usul : en ne remontant que des images existantes piochées dans les medias il sinqcrit forcement dans les cadres, meme en tentant de les deformer, de ceux ci. Donner la parole a d’autre aurait nécessité daller produire d’autres images. Sur Fassin disant des choses « banales » cest un peu le reproche fait aux sciences sociales, mais cest aussi la qu’est la différence entre le report dun témoignage et une démarche se proposant de demontrer, de rendre robuste ce temoignage. Donc non prendre « nimporte qui » ou quelqu’un ayant fait cette demarche ne me semble pas équivalent, quel que soit son ancrage social par ailleurs.
    Merci pour votre article.
    Yoka

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  4. Paul Lafargue 8 octobre 2016

    Article complétement fumeux. Ce degré là d’abstraction dans le reproche, c’est quand même délirant – surtout que la thèse défendue par la vidéo est exactement celle que vous lui reprochez de ne pas défendre, à savoir que la « convergence des luttes » implique un décentrement du regard de la part des militants blancs de la gauche traditionnelle … Formulez les problèmes dans le langage qui vous convient; mais comprenez que ce n’est pas une question « esthétique » que celle de la lutte contre la domination, mais théorique, et sur ce point, tout le monde, racisé ou pas, a effectivement beaucoup à apprendre du « mouvement ouvrier » comme vous dites (en fait, des théories politiques qui le sous-tendent …), comme, d’ailleurs, des luttes de décolonisation. Réduire cela à une opposition irréconciliable, alors que depuis plus d’un siècle, l’un et l’autre ont une histoire commune, pleine de conflits mais aussi de convergences, c’est complétement absurde.

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  5. Johan 10 octobre 2016

    Excellent article, merci beaucoup!

    Comme dit plus haut ce n’est pas quelque chose dont on se rend compte facilement au premier visionnage et le point de vue que vous nous proposez de prendre ici est très éclairant.

    J’ai ici en tête les paroles de Houria Bouteldja qui lorsqu’elle s’empare de ces sujets oppose systématiquement les concept de sujet politique et d’objet politique (position à laquelle sont souvent réduites les personnes racisées comme vous le faites remarquer).

    Ça me rappelle aussi les débats autour des questions d’afro féminisme et de féminisme islamique et des tensions qu’il y a entre certains de ces mouvements et une partie du féminisme blanc qui prétends parfois parler au nom de « l’universalisme » quand il est questions de sujets raciaux et d’intersectionalité (le sujet du voile en première ligne).

    Excellente journée à tous et toutes!

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  6. Monsieur Anderson 12 octobre 2016

    Mouai… Le reproche est un peu tiré par les cheveux il me semble.
    Et, si l’on suit votre critique, ce reproche est pris dans cette critique, puisque c’est un « universitaire » (tel que défini en notes) qui parle (avec un langage et une argumentation universitaires), et que cet universitaire ne subit pas/plus la violence policière dont il est ici question.

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    1. Pas gêné•e 2 février 2017

      Être équipé de diplômes universitaires n’immunise en rien contre les contrôles d’identité ou contre l’acharnement politico-judiciaire — cf. les diplômes de rappeurs de La Rumeur. Peut-être qu’une certaine hexis corporelle, oui, cela change des choses. Ainsi qu’un « passing » plus fondu dans la « neutralité » blanche. Ou encore une trajectoire résidentielle lointaine des quartiers populaires. L’auteur le sait pour lui-même. Moi, je ne le sais pas pour lui.

  7. Nom 12 octobre 2016

    franchement ce que j’aime bien dans l’article c’est vraiment qu’il apporte quelque chose de complémentaire à la vidéo d’Usul en ce qu’il interroge sur le modus operandi qui permettrait de rendre une révolte populaire ou une insurrection populaire prenant naissance dans les « banlieues » comme audible aux yeux du reste de la population ? parce qu’effectivement les soulèvements de 2005 ne sont pas perçus comme un mouvement social dans une perspective des mouvements de lutte sociale traditionnels
    Or les luttes ouvrières elles ont été animées et conduites avec pour prérequis et condition liminaire que ceux qui les ont menées avaient cet état d’ouvrier à revendiquer, à faire valoir, à faire respecter et à faire en sorte que le reste du monde allait devoir composer d’égal à égal avec eux parce que c’était eux qui avaient la force de travail et que par là même ils étaient dans leur bon droit pour lutter.
    Et comme le dit le magistrat/philosophe Philippe ROBERT dans la vidéo d’Usul quand t’as pas de « statut » quand t’es « hors jeu » comme il dit tu va la puiser où ton assurance de ton bon droit pour aller se battre avec une volonté constante contre la structure technopolitique qui t’oppresse ??
    parce que parfois ça va prendre la forme « d’émeutes », de violence mais sur le long terme on sent pas une lame de fond qui va renverser la table

    En fait le problème ça serait même pas d’être audible par rapport au reste de la population mais d’établir en profondeur une vraie certitude à se résoudre avec résolution à la révolte

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  8. Usul ? Ah oui, le gars qui soutenait Chouard en 2014 dans une de ses vidéos et qui le défendait d’être raciste et antisémite…

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  9. Ash 22 octobre 2016

    Je suis globalement d’accord avec le commentaire, d’ailleurs le vidéaste aussi (aller voir son compte twitter). Une part de la gauche ‘blanche’ estime en effet qu’elle a le monopole de la libération. Quand des opprimé(e)s luttes en dehors de son cadre, de son language politique et de son ethnocentrisme, ils peuvent facilement être taxés de « fondamentalistes », de « communautaristes » ou autres. Ou alors la nature politique des luttes est tout simplement niée.

    Malheureusement j’ai le sentiment que la prétention qu’ont certains racisé-e-s très diplômés, souvent en sciences sociales ou en droit, à incarner eux-seuls les luttes est toute aussi partielle. Les mecs (et meufs) ont une position sociale très particulière et ne représentent en fait qu’eux-même : des non-blancs qui aspirent à la bourgeoisie intellectuelle mais qui n’y ont que partiellement accès. En soi c’est pas grave, mais y’a une prétention à l’incarnation totale qui est complètement déplacée – pas par rapport à la gauche (OSEF) – mais par rapport à la grosse majorité des noirs, arabes ou même rroms qui ne font pas partie de ces univers. Les têtes pensantes du PIR (Bouteldja, Boussouma, Khiari, Tahar Chaouch…) avec leur doctorats en histoire comparée (je caricature) par exemple sont d’abord des portes paroles des militants arabes de France issus de la gauche et diplômés en sciences sociales ou en droit. L’injonction qu’ils passent leur temps à envoyer à la gauche blanche de « laisser les premiers concernés parler » est respectable, mais malheureusement c’est plus un slogan qu’un effort réel. Je trouve – et j’espère me tromper – que c’est surtout une demande faites aux universitaires et militants blancs de leur laisser, à eux seulement, (c’est à dire racisé-e-s noirs ou arabes ultra diplômés) le monopole de la parole sur ces thématiques dans les champs militants et universitaires, quitte ensuite à ne rien dire ou rien faire du tout. Ou alors à la manière de certains militants prétendument radicaux américains – qui heureusement ne monopolisent pas la parole à BLM ou ailleurs. Ceux qui s’occupent d’abord de créer des « safe spaces » dans les universités en criant à l’oppression pour s’assurer le monopole de la parole sur les sujets raciaux au sein des espaces académiques – et prétendent ensuite parler au nom de jeunes noirs déscolarisés, passés par la case prison, et qui passent leur temps à se faire descendre par la police.

    Après j’espère me tromper, je sais même pas si c’est le cas de Rafik Chekkat que je connais pas. C’était juste une occasion de formuler une impression de plus en plus patente.

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  10. 6ta 26 octobre 2016

    Pour écouter les premiers concernés, voici un documentaire son « gardiens de la guerre » qui n’a trouvé aucun écho dans les milieux légitimes/légitimés/légitimant…

    http://www.bandeorganisee.org/index.php?article2/bande-organisee

    Peut être parce que la parole des jeunes est prise pour ce qu’elle est: située, puissante et suffisante à elle même?
    État d’exception, pourriez-vous m’aider à le diffuser?

    6ta

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  11. tharqua 1 novembre 2016

    article intéressant mais les « é-e-s » à répétition, bien que l’idée sous-jacente soit respectable, le rendent imbuvable, dommage

    Répondre
    1. Pas gêné•e 2 février 2017

      Si c’est que ça !
      Vous verrez, à un moment, cela devient une habitude que de les réclamer mentalement, ces accords inclusifs. Inclure de manière horizontale, et non plus de manière verticale.

  12. Julien Hucault 5 décembre 2016

    Je trouve le reproche fait indéniable, l’argumentation limpide mais quelque chose dans le ton me fait me dire que s’il avait fait intervenir des sociologues racisés vous auriez trouvé autre chose, que ce qui comptait c’était de trouver.

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    1. psal 12 décembre 2016

      D’accord avec vous, et d’autant plus que ça m’a bien fait rien de voir la présentation de l’auteur qui nous balance ses titres de noblesse par rapport à ce qu’il écrit sur la parole légitime (je dis ça sans que cela remette en cause le fond du propos)

  13. En fait, au sujet de Mathieu Rigouste, il me revient à l’esprit que, même s’il est blanc, on ne peut pas faire abstraction de son vécu quelque peu douloureux avec la police…
    TW : violences policières
    https://pantheresenragees.noblogs.org/post/2014/06/26/toulouse/

    Répondre
  14. Vincent 2 mai 2017

    J’ai beaucoup aimé cette critique que je trouve très pertinente.
    Cependant je préfère la vidéo d’Usul comme elle est plutôt qu’avec les changements suggérés, car je pense que c’est un outil/lien plus efficace pour essayer de faire bouger la très inerte mentalité des favorisé-e-s. Je trouve que cette critique est complémentaire et très utile dans un second temps pour encore améliorer la réflexion. Je pense que la vidéo vise un public coupé de toutes ces problématiques et essaie de faire le lien avec les combats qui existent déjà depuis longtemps, en utilisant des figures auquel le public visé va faire confiance.

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  15. Inconnu 10 octobre 2017

    Bonjour, merci pour ce très bon retour critique.

    Rafik Chekkat, si l’envie vous en dit, je pense que l’envoyer à Usul pourrait être intéressant, car ce qu’il tente de faire c’est aussi visibiliser la lutte des personnes racisées, et il est probable qu’il ne ce soit même pas rendu compte d’avoir fait ce que vous lui reprochez.

    Par le passé il est déjà revenu sur certains de ces propos ou manière d’analyser lorsqu’il se rend compte qu’il a fait des erreurs (ex : pour Étienne Chouard), donc prendre contact avec lui pourrait peut-être permette qu’il en fasse de même ici.

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