Martin Luther King sur l’optimisme, le pessimisme et les relations raciales

Il y a trois attitudes de base que l’on peut prendre à l’égard de la question du progrès en matière de relations raciales. Et la première attitude qui peut être prise est celle de l’optimisme extrême. L’optimiste extrême dirait là que nous avons parcouru un long, long chemin en matière de relations raciales. Il rappellerait fièrement les progrès merveilleux qui ont été accomplis en matière de droits civiques au cours des dernières décennies. De cela, il conclurait que le problème est presque résolu, et que nous pouvons nous asseoir confortablement au bord du chemin et attendre l’arrivée de l’inévitable.

La deuxième attitude que l’on peut prendre à l’égard de la question du progrès en matière de relations raciales est celle d’un pessimisme extrême. Le pessimiste extrême dirait que nous n’avons fait que des progrès mineurs en matière de relations raciales. Il ferait valoir que le battement des grondements profonds du mécontentement qui nous parviennent du Sud [des Etats-Unis] aujourd’hui est révélateur du fait que nous avons créé plus de problèmes que nous n’en avons résolus. Il dirait que nous sommes en train de régresser plutôt que de progresser. Il pourrait même se tourner vers les royaumes d’une théologie orthodoxe et faire valoir que plane sur tout homme la souillure tragique du péché originel, et que la nature humaine, au fond, ne peut être changée. Il pourrait même se tourner vers les domaines de la psychologie moderne et chercher à montrer les effets déterminants des structures de l’habitude et de la rigidité de certaines attitudes, qui deviennent aussitôt moulées dans l’être de l’individu.

De tout cela, il conclurait qu’il ne peut y avoir de progrès en matière de relations raciales.

Vous remarquerez là que l’optimiste extrême et le pessimiste extrême ont au moins une chose en commun : ils conviennent tous deux que nous devons nous asseoir et ne rien faire en matière de relations raciales. L’optimiste extrême dit « ne faites rien, parce que l’intégration[1] est inéluctable ». Le pessimiste extrême dit « ne faites rien, parce que l’intégration est impossible ».

Mais il y a une troisième position, il y a une autre attitude qui peut être prise, et c’est celle que je voudrais appeler la position réaliste. Le réaliste en matière de relations raciales cherche à concilier les vérités de deux contraires, tout en évitant leurs extrêmes.

Donc le réaliste serait d’accord avec l’optimiste sur le fait que nous avons parcouru un long, long chemin. Mais il maintiendrait l’équilibre en étant d’accord avec le pessimiste sur le fait que nous avons un long, long chemin à parcourir. Et c’est ce thème de base que je voudrais exposer ce soir.

Nous avons parcouru un long chemin, mais nous avons un long, long chemin à parcourir.

Notes

[1] Bien que le terme d’« intégration » n’ait pas la même valeur péjorative aux Etats-Unis que celle qu’il a en France, nous avons choisi néanmoins de le conserver.

Discours de Martin Luther King, Jr., « Un regard réaliste sur la question du progrès en matière de relations raciales », prononcé le 10 avril 1957 à Saint-Louis (Missouri).