Pourquoi le dernier numéro de la revue Jef Klak… claque
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  • Pourquoi le dernier numéro de la revue Jef Klak… claque

  • 18 octobre 2018
  • Le jeu de mots est facile. On vous l’accorde. C’est pourtant bien à une claque que s’apparente notre première expérience de lecture de cet ovni éditorial, rythmé de poésies, bandes dessinées, entretiens, photos, articles de critique sociale, sons, témoignages. L’art se fait politique. La politique ne perd pas de vue sa dimension esthétique. « Le rôle d’un⋅e artiste révolutionnaire est de rendre la révolution irrésistible » écrivait Toni Cade Bambara. Pas de grandes théories révolutionnaires au menu de ce 5ème opus sorti en librairies le 27 septembre 2018, mais le refus obstiné de la résignation, de l’enfermement, du sur-place et du reniement.

    Jef Klak

    Jef Klak, l’équivalent en flamand de Madame Michu ou Si Mohamed, poursuit patiemment sa comptine. Après « Marabout », « Bout d’ficelle », « Selle de ch’val » et « Ch’val de course », « Course à pied » part de la polysémie du verbe se sauver pour arpenter aussi bien les fuites que le soin de soi. Les courses-poursuites de la police aussi bien que les fuites marronnes pour échapper au monde plantationnaire. De Ceuta à Gaza, du métro Charonne à la prison de San Quentin, courir pour ne pas mourir, pour vivre, pour survivre. Une course contre la montre, les frontières, les murs, contre les assignations à résidence identitaire et les dispositifs de contrôle et de mort. Contre les théories du développement personnel qui proposent une refondation de soi sans mouvement.

    Car c’est bien du mouvement des corps et des imaginaires dont il s’agit. C’est à travers lui que s’opèrent les sauts qualitatifs, les rencontres véritables. Ce mouvement n’est pas celui mortifère du néolibéralisme, qui sous couvert d’adaptabilité et de changement permanent, confisque le passé, obscurcit le présent et l’avenir. Et nous enferme chaque jour d’avantage dans des égoïsmes et des calculs à courte vue. A la course effrénée vers la croissance et la performance, à la rationalité des sujets économiques, répondent les courses pour l’auto-défense, pour des zones à défendre, des sujets politiques.

    A travers ces expérimentations littéraires, visuelles et sonores, ces courses pour la vie, Jef Klak nous donne à voir les aspects sombres de ce monde, tout en essayant, en continuant, de le réenchanter. Et parvient à nous faire prendre de la hauteur tout en gardant les pieds sur terre. « Pied à terre » sera d’ailleurs le titre du 6ème volet de la revue. On a hâte.

    Notes

    Article mis à jour le 18.10.2018 à 17h

    « Course à pied »

    Jef Klak
    N° 5
    2018

    14€

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