Procès de Houssam : un racisme institutionnel dans tous ses états

Pour s’être opposé – avec d’autres – à une rafle policière de réfugié-es, Houssam el-Assami, membre du Collectif La Chapelle Debout (le Collectif), sera jugé le 21 septembre 2017 à Paris pour « rébellion » et « violence volontaire sur agent dépositaire de l’autorité publique ».

Houssam est poursuivi parce que les institutions elles-mêmes poursuivent une politique abjecte. Et comme il serait mal venu de faire le procès de cette politique ou de ces institutions, on préfère punir celles et ceux qui s’y opposent. Nous ne sommes plus à une honte près.
Communiqué Houssam

L’ « outrage et rébellion » : un scandale permanent

Comme Cédric Hérou ou Pierre-Alain Mannoni, Houssam sera jugé pour délit de solidarité avec les exilé-es. Une qualification si ouvertement politique n’existe évidemment pas en droit français. Dans un tribunal, la criminalisation de l’opposition avance aujourd’hui sous le masque du droit commun, de l’ordinaire, du quotidien.

L’heure n’est plus aux cours martiales et aux juridictions d’exception. L’ « outrage et rébellion » suffit. Cette infraction scélérate permet chaque jour aux tribunaux français de punir de manière quasi industrielle les pauvres, les immigré-es et tout ce qui y ressemble. Un contrôle d’identité, fut-ce le cinquième de la journée, et vous voilà avec une rébellion sur le dos.

Sauf à prouver que vous étiez inanimé-e au moment des faits, il est très difficile de convaincre un juge que vous ne vous êtes pas opposé-e à votre interpellation. Plus celle-ci est violente, plus vous augmentez vos chances d’être poursuivi-e. C’est comme ça que les policiers se couvrent et que certains arrondissent leurs fins de mois, grâce aux dommages-intérêts que l’interpellé-e sera condamné-e à leur payer.

Les rafles en procès

Le procès de Houssam est une accumulation de scandales. Celui de l’ « outrage et rébellion », bien sûr. Celui surtout des rafles, ces gigantesques contrôles au faciès pratiqués à l’abri des regards, c’est-à-dire tôt le matin. Comme ce 30 septembre 2016, jour où Houssam a été arrêté avenue de Flandre à Paris.

C’était, note le Collectif, une des trente rafles parisiennes qui ont eu lieu entre le 31 juillet et le 12 décembre 2016. Ce jour-là, beaucoup ont été frappé-es et 11 personnes ont été embarqué-es au commissariat et se sont vues notifier une Obligation de quitter le territoire français ; certain-es ont été emmenées dans un Centre de rétention administrative (CRA).

Le Black PowerHoussam, quant à lui, a fait 27h de garde-à-vue. Avant cette interpellation, il avait déjà été molesté à plusieurs reprises, arrêté deux fois, et un procès s’était même soldé par une relaxe. Il sait par expérience que « Quand on met toutes ses forces à défier le système raciste, on ne peut s’attendre en même temps à ce que ce système vous récompense ou même vous traite correctement[1]. »

Comme toutes les personnes qui pratiquent l’activisme oppositionnel, Houssam connait les risques et les assume. Lui et ses soutiens comptent bien profiter de la fenêtre médiatique qui s’ouvre à l’occasion de ce procès pour l’élargir à la question des rafles. Pour faire du procès de Houssam celui précisément des rafles.

Une mécanique répressive perverse

Les membres du Collectif ont conscience du décalage qui existe entre l’attention (toute relative) accordée à un militant poursuivi, et le désintérêt (presque total) de l’opinion pour le sort des exilé-es. C’est là que la logique perverse des procès intentés aux activistes joue à plein. Comment trouver le moyen de dénoncer tout à la fois la situation de « moindre droit[2] » dans laquelle se trouve Houssam, et la négation presque totale des droits des exilé-es ?

Tout en refusant de se positionner en personnes différentes des exilé-es, les activistes savent bien que cette différence existe. Que la préférence nationale n’est pas une lubie du Front national, mais une expérience quotidienne produite par la logique même de l’Etat-nation, avec ses frontières, sa police, et le privilège accordé aux nationaux sur les non-nationaux.

En dépit des intimidations qu’ils subissent, les militants ne peuvent s’apitoyer sur leur sort quand ils connaissent celui réservé aux exilé-es, harcelé-es par la police, parqués dans des CRA, balloté-es d’un centre à l’autre, malmené-es par la préfecture, et au bout de cet enfer une expulsion parfois vers une mort certaine en Syrie, au Soudan ou en Afghanistan.

Alors même si son activisme l’expose à la répression, Houssam sait que les premières victimes de l’état d’urgence sont les exilé-es, à qui on interdit de se regrouper ne serait-ce que pour dormir dans la rue. Il sait comment les rafles et le harcèlement policier finissent par créer des « autres », comment des mesures d’exception définissent une population d’exception.

Casser les liens entre les exilé-es et la population

Malgré l’asymétrie de la situation et le traitement abject fait aux exilé-es, les risques encourus par Houssam n’en sont pas moins réels. D’autant que sur la question des exilé-es, le statut de Houssam au sein du champ militant est disons-le, hybride.

Déjà parce qu’il est arabe et parfaitement arabophone. Mais il se distingue aussi par son discours et ses pratiques politiques. Il parle volontiers de rafles, de déportations, de chasses à l’homme menées par les policiers. Il défend en outre certains modes d’organisation plutôt que d’autres et préfère rendre la parole aux exilé-es et les considérer en acteurs politiques.

Et c’est bien parce qu’il est arabe et arabophone que Houssam est visé par la répression. Pourquoi l’arrêter lui au milieu d’une vingtaine d’autres activistes ? Et pourquoi le poursuivre lui particulièrement en justice ? Sans doute parce que les autorités savent qu’il est un maillon essentiel – parfois le seul – entre les gens des campements de rue et la population française.

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Photo prise le 30 septembre 2016, jour de l’interpellation de Houssam avenue de Flandre à Paris

Houssam est l’un de ceux qui empêche que la violence exercée contre les exilé-es se fasse à huis-clos. Nous pouvons empêcher à notre tour qu’il soit jugé dans l’indifférence générale et condamné pour ses activités politiques. Nous pouvons le faire ne serait-ce qu’en partageant cette publication et surtout celles du Collectif. En parlant autour de nous de cette affaire, en nous rendant à l’audience dont l’échéance approche à grands pas (voir infos plus bas).

Avec la perte de temps, d’énergie et d’argent pour préparer la défense, nous savons que ce procès constitue un test pour Houssam, pour son Collectif, pour tous les soutiens des exilé-es. Un test pour savoir si la population de ce pays est suffisamment atone et amorphe pour qu’on puisse monter encore d’un cran dans la violence exercée contre les réfugié-es.

Nous parlons souvent de racisme institutionnel. Avec le traitement réservé aux exilé-es et ce procès, nous sommes en plein dedans.

#RelaxePourHoussam

Notes

[1] Stokely Carmichael, Charles V. Hamilton, Le Black Power, Petite Bibliothèque Payot, 2009.
[2] L’expression est de Michel Foucault qui l’employait pour qualifier la situation juridique dans laquelle se trouvent les prisonniers.

L’audience de Houssam aura lieu le jeudi 21 septembre 2017 à 9h devant la 17ème Chambre du TGI de Paris (4, Bd du Palais, 75001, métro Cité).

Pour préparer au mieux la défense de Houssam, le Collectif La Chapelle Debout a mis en place une cagnotte à laquelle vous pouvez participer en cliquant ici.