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Racisme et « permis de tuer » en France et en Palestine occupée

Rafik Chekkat 29 avril 2016
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Trois scènes.

Un homme au sol, immobilisé et ligoté, est abattu d’une balle dans la tête tirée à bout portant par un soldat israélien aussi jeune que lui. L’exécution a été filmée. Les images ont fait le tour du monde.

Il s’appelle Abd al-Fattah al-Sharif (rA). Il avait 21 ans.

Un homme pris en chasse par la police est tué d’une balle dans le dos alors qu’il tentait de s’enfuir.

Il s’appelle Amine Bentounsi (rA). Il avait 28 ans.

Une clé d’étranglement et un écrasement thoracique sont appliqués plusieurs minutes durant sur un homme à plat ventre, menotté aux chevilles et aux poignets.

Il s’appelle Abdelhakim Ajimi (rA). Il avait 22 ans.

Trois noms.

Trois morts.

Trois mises à mort.

Trois vies volées par des bourreaux en uniforme, toujours en liberté. Et qui portent toujours l’uniforme, soutenus par leurs collègues, leur hiérarchie, la population.

Tel Aviv – 19 avril 2016 : des centaines de personnes sont venues Place Y. Rabin soutenir le soldat israélien Elos Azarya inculpé de meurtre (requalifiée en simple homicide suite aux protestations)

Bobigny – 25 avril 2012 : des policiers manifestent jusqu’aux Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue Damien Saboudjian pour « homicide volontaire » (requalifiée en « « violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique »)

Grasse – 29 février 2012 : 150 policiers se rassemblent devant le commissariat pour protester contre les peines de sursis infligées à leurs collègues de la BAC, Jean-Michel Moinier et Walter Lebeaupin

                                                                                                    ♦

Al-Khalil, Noisy-le-Sec, Grasse.

France, Palestine occupée.

Jénine, Clichy-sous-Bois, Villiers-le-Bel, Gaza.

On n’y meurt pas à la même fréquence, mais la douleur est dans chaque cas identique.

Identique pour les mères qui pleurent leurs enfants.

Identique pour les opprimés qui vivent du mauvais côté du Mur de la honte.

Ou du Périphérique.

France, Palestine occupée. Deux espaces. Deux histoires.

Mais un même racisme.

Une même islamophobie.

Une même déshumanisation.

Et une même justice de classe/race, qui salit la mémoire des morts. Et transforme les victimes en coupables grâce au même régime de justification. L’Internationale des bourreaux a sa novlangue :

« Il faisait son devoir ».

« Il n’a fait que suivre les consignes ».

« Il a agi en état de légitime défense ».

« Il fait un travail difficile, au milieu d’une population hostile ».

Les médias se font les porte-voix de l’armée et des syndicats de police. On épuise les familles par de pénibles et couteuses procédures.

Il y a le temps de la mobilisation. Il y a le temps du deuil.

 

                                                                                                    ♦

Abdelhakim, Amine.

Abdelhakim Ajimi, Amine Bentounsi. Des noms que l’on doit dire pour se souvenir.

Se souvenir de Yassin Aibeche, Lahoucine Aït Omghar, Mohamed Ben Maamar, Zyed Benna, Mohamed Boukourou, Houcine Bouras, Abdoulaye Camara, Lamine Dieng, Wissam El-Yamni, Jamal Ghermaoui, El Mahjoub Gmili, Amadou Koumé, Nabil Mabtoul, Youcef Mahdi, Mahamadou Marega, Sofiane Mostefaoui, Bertrand Nzohabonayo , Lakhamy Samoura, Tina Sebaa, Moushin Sehhouli, Raouf Taïtaï, Abou Bakari Tandia, Morad Touat, Bounna Traoré, Ali Ziri…

Et de tant d’autres !

La liste est longue, et vous l’savez.

Tous sont morts.

Leurs jours étaient de toute façon comptés.

Le néolibéralisme en avait fait des êtres superflus. Le racisme d’Etat les avait mis en sursis.

Les confiscateurs de la parole publique avaient déversé sur eux des torrents de boue raciste :

« Tous les mêmes ».

« Ces gens-là, on les connait ».

« Y a pas de fumée sans feu ».

« Des délinquants ou des terroristes ».

Des bourreaux en uniforme sont venus les achever. Sous le regard hébété d’une population qui a perdu tout sens de la solidarité, mais qu’on maintient soudée par la magie de la suprématie.

Blanche.

Des bourreaux qui portent généralement un masque.

Celui de la justice.

Qui viendra encore acquitter ceux à qui on avait délivré

Un permis de tuer.

En France, et en Palestine occupée.

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Rafik Chekkat

Ancien avocat, diplômé en philosophie politique (Université Paris 7), Rafik Chekkat est cofondateur et chargé de publication du site Etat d'Exception.

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1 Commentaires

  1. Palestionophile 9 mai 2016

    L’affirmation du sionisme selon laquelle Israël se serait vu donner son certificat de naissance puis sa légitimité par la résolution de partition de l’AG de l’ONU le 29 novembre 1947 est un pur non sens de propagande, aisé à démontrer par un examen honnête de l’enregistrement de ce qui s’est réellement passé.

    Déjà, l’ONU sans le consentement de la majorité du peuple de Palestine n’avait pas le droit de décider de la partition de la Palestine ni d’assigner quelque partie de son territoire que ce soit à une minorité d’immigrants étrangers dans le but pour eux d’y établir un état qui serait leur.

    En dépit de ça, à une très faible majorité, et seulement après un vote truqué, l’AG de l’ONU a passé une résolution de partition de la Palestine et a créé deux états, l’un Arabe, l’autre Juif, avec Jerusalem n’appartenant à aucun. Mais la résolution de l’Assemblée Générale était seulement une proposition non contraignante -ce qui veut dire qu’elle n’avait aucun effet, ne pouvait devenir valide que si et à l’instant où elle était approuvée par le Conseil de Sécurité.

    La vérité est que la proposition de partition de l’Assemblée Générale n’a jamais été étudiée par le Conseil de Sécurité. Pourquoi pas ? Parce que les US savaient que, si elle était approuvée, et du fait de l’opposition Arabe ainsi que des autres musulmans, elle ne pourrait être mise en oeuvre que par la force ; et le Président Truman n’était pas préparé à utiliser la force dans ce contexte.

    Le plan de partition était donc nul (invalidé) et la question de ce qu’il convenait de faire de la Palestine – après que l’Angleterre y ait créé un malentendu avant de s’en aller- s’est retrouvée à nouveau posée à l’Assemblée Générale pour de plus amples discussions. L’option mise en avant et proposée par les US était une administration provisoire par l’ONU. C’est pendant que l’Assemblée Générale débattait qu’Israël a de lui-même proclamé son existence, de façon unilatérale -donc au mépris de la volonté de la communauté internationale, y compris l’administration Truman.

    La vérité de l’époque est qu’Israël qui a été créé principalement du fait du terrorisme sioniste et de la purification ethnique planifiée à l’avance, n’avait pas le droit d’exister et, plus encore, ne pouvait avoir aucun droit à l’existence…à moins qu’il ne soit reconnu et légitimé par ceux qui furent dépossédés de leur terre et de leurs droits pendant la création de l’état sioniste. En droit international, seuls les Palestiniens pouvaient donner à Israël la légitimité qu’il sollicitait. (Alan Hart)

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