Réflexions autour de « Marginalité comme espace de résistance » de bell hooks
American Women, de Erin Currier
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  • Réflexions autour de « Marginalité comme espace de résistance » de bell hooks

  • 19 novembre 2018
  • Ce n’est qu’à mon entrée à l’université que j’ai essayé d’appréhender réellement l’inégalité. Durant mes cinq années d’études universitaires, j’ai approfondi mon analyse et mes critiques sur les politiques mises en place en la matière. Et je me suis interrogée sur ce que les générations précédentes de décideurs avaient fait pour ma communauté et pour les autres communautés racisées [of color] à travers les Etats-Unis.

    L’un des outils qui m’a aidé à formuler ces idées a été Marginality as a Site of Resistance de bell hooks. Ce texte m’a appris à concevoir l’espace de la marginalité comme un lieu de résistance.

    Portrait de bell hooks

    Historiquement, les personnes racisées ont été victimes de multiples discriminations, ce qui a créé un clivage racial et économique. La marginalisation des personnes racisées dans ce pays a commencé avec l’esclavage et les lynchages et s’est transformée en brutalité policière et en ségrégation, puis en délit d’insolvabilité et prêts immobiliers rapaces, établissant ainsi un fondement à l’inégalité aux États-Unis.

    Cependant, bell hooks envisage cette discrimination et cette marginalité non pas comme une privation, mais comme un lieu de possibilité radicale – un espace de résistance. Cet espace peut être le lieu central pour créer un discours contre-hégémonique. Un espace pour transformer le monde.

    Elle affirme que la marginalité est une chose que les opprimé.es ne devraient pas perdre, ni abandonner, mais à laquelle tou·tes devraient s’accrocher, car elle nourrit notre capacité à résister et à imaginer des alternatives pour aboutir à un monde nouveau et meilleur.

    Cette marginalité provient d’expériences vécues. Même si vous sortez du « quartier », ces expériences vous suivent et informent votre vision du monde.

    J’ai choisi de suivre un chemin qui me place au centre du monde politique de notre pays – Washington D.C. – le soi-disant « ventre de la bête », parmi les cercles radicaux. Les gens de ces cercles ont mis en doute ma légitimité dans la rue, notamment à cause des liens que j’ai pu nouer avec des institutions politiques.

    Cependant, mon identité est de celles qui se trouvent en marge. Mon identité comporte plusieurs niveaux de complexité. Je suis une femme mais je suis aussi Chicana[1]. J’ai été formée à l’université mais aussi par l’expérience de la vie qui m’a appris à persister et à résister.

    Avec la vie dans les marges, il existe un contre-langage, une résistance entretenue par le souvenir du passé. Pour moi, ce passé est un passé collectif. Ce sont les traumatismes et la violence que notre communauté a collectivement subis. C’est à partir de cette douleur que la fondation collective de l’espoir a été construite. Cet espoir collectif doit être soutenu par les générations futures.

    Le mouvement #BlackLivesMatter a démontré que le passé et le présent sont entrés en collision avec les frictions de la douleur et de l’espoir et qu’ils ont suscité un mouvement.

    Faire croitre la conscience de l’espoir est crucial pour les peuples opprimés, exploités et colonisés. En tant que personnes marginalisées, nous devrions parler en tant que nos propres libératrices.

    Lorsque nous, populations marginalisées, imaginons un nouveau monde et nous posons des questions sur la manière de gérer ces confusions et ces contradictions au sein de la société, nous nous interrogeons vraiment sur la manière de développer une nouvelle conscience au monde qui soit transformatrice et inclusive.

    C’est libérateur. Donc, comme le dit Mos Def, libérons-nous.

    Notes

    [1] Chicano.a : terme désignant les personnes d’origine mexicaine vivant aux États-Unis. Appellation longtemps péjorative, elle est aujourd’hui revendiquée et mobilisée de façon politique par les personnes qui s’en réclament [NdT].

    Source : Medium.
    Traduit de l’anglais par RC et LQ pour Etat d’Exception.

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