Une semaine après le cessez-le-feu mettant fin à l’offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza, des dizaines de milliers de Palestinien-ne-s sont toujours déplacé-e-s, à l’abri dans les écoles des Nations Unies et d’autres installations.

Ce dimanche, 58 071 personnes vivaient toujours dans 36 écoles des Nations Unies à travers l’enclave côtière, selon Chris Gunness, porte-parole de l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugié-e-s de Palestine.

Avec 15 670 logements endommagés, dont 2 276 totalement détruits, et jusqu’à 500 000 Palestinien-ne-s déplacé-e-s durant les 51 jours de l’assaut, le nombre restant avec leurs familles élargies dans des locations temporaires, des abris gouvernementaux ou informels, est probablement plus élevé.

Selon le Bureau onusien de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), on estime que 108 000 Palestinien-ne-s auront besoin de solutions à long terme, leurs maisons ayant été trop gravement endommagées pour y habiter ou tout simplement détruites.

La crise est aggravée par le fait que même avant l’attaque israélienne, il y avait déjà un déficit de 71 000 logements pour les 1,8 million habitant-e-s de Gaza, estime l’OCHA.

Et avec la reconstruction qui commence à peine et qui risque d’être difficile en raison des restrictions en cours israéliennes sur l’importation de matériaux de construction, les Palestinien-ne-s déplacé-e-s sont confronté-e-s à un avenir incertain.

« Ils pourraient nous donner une tente »

« On ne saura rien jusqu’à ce qu’ils prennent une décision à l’UNRWA », a déclaré Asma al-Rumi ce dimanche à l’Ecole Elémentaire Mixte A de l’UNRWA dans le centre de Rafah – près de la frontière égyptienne – où elle et sa famille vivent depuis le 18 juillet.

« Après être allés voir notre maison, ils pourraient nous donner de l’argent pour louer un logement jusqu’à ce qu’ils la réparent. Ou bien nous donner une tente. »

Les écoles gouvernementales et celles de l’UNRWA vont rouvrir dans deux semaines, près de trois semaines après le début de l’année scolaire, mais bien avant la résolution de la crise extrême du logement, leurs bâtiments ont en partie pris la relève.

Une évaluation du Cluster Shelter, un consortium d’organisations humanitaires internationales et onusiennes, estime qu’il faudra 20 ans, sous les restrictions actuelles israéliennes à l’importation, pour reconstruire les habitations dévastées de Gaza, dont 5 000 endommagées lors des offensives militaires antérieures.

Dans le même temps, al-Rumi, réfugiée de Bir al-Saba (une ville connue aujourd’hui en Israël sous le nom hébreu de Beersheva) et enseignante à l’autre école pour garçons de l’UNRWA à Rafah, fait face à la perspective de revenir aux tentes mises à disposition par l’UNRWA, et utilisées par un grand nombre des plus de 750 000 réfugié-e-s palestinien-ne-s déraciné-e-s lors de la Nakba, le nettoyage ethnique qui a précédé et suivi la fondation d’Israël en 1948.

Sa famille et ses voisins ont résisté autant qu’ils le pouvaient à leur plus récent déplacement, dit-elle.

« Nous vivons dans la partie est de Rafah, à al-Shoka, près de la frontière. Ils nous ont appelés le 17 juillet et nous ont dit de quitter nos maisons. Ils ont appelé l’ensemble du quartier, de nombreuses fois. Au départ, nous avons refusé de partir. Mais après qu’un proche ait été tué, nous avons évacué les lieux le 18 juillet. »

Crime de guerre

Le 1er août, les forces israéliennes ont bouclé la zone, empêchant ses habitant-e-s palestinien-ne-s de partir, et l’ont arrosée avec des tirs d’artillerie, tuant 190 personnes sur deux jours sanglants.

Ce déluge de feu, qui a rompu un cessez-le-feu humanitaire, constitue un crime de guerre, selon le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme et le Centre palestinien pour les droits de l’homme, tous deux basés à Gaza.

Le 3 août, la pluie de balles atteint l’école élémentaire pour garçons où al-Rumi et près de 3 000 autres Palestinien-ne-s déplacé-e-s avaient trouvé refuge.

Neuf personnes ont été tuées dans l’attaque ce jour-là, a déclaré l’UNRWA.

Le nombre de morts s’est élevé ensuite à dix, selon Al Jazeera en anglais.

Même si elle a entendu les rafales, déclare al-Rumi, elle n’était pas à l’extérieur pour voir l’attaque.

« J’étais là, mais à l’intérieur de l’école, pas près du portail. Mon frère était près du portail, se préparant pour la prière. Mais Dieu merci, rien ne lui est arrivé. »

Mais avec autant de personnes partageant un si petit espace, a-t-elle ajouté, tout le monde a ressenti les pertes. « Vingt-sept familles, avec 115 personnes, vivaient dans une salle de classe », dit-elle. « Les hommes et les garçons dormaient dans la cour de l’école. »

L’assaut est survenu alors que les résidents du refuge avaient formé des lignes pour recevoir de la nourriture distribuée par les travailleurs humanitaires, selon le Croissant-Rouge palestinien.

Manifestations inhabituelles

L’attaque, qui a suivi six bombardements directs d’abris de l’UNRWA dans la bande de Gaza au cours de l’offensive de 51 jours, a déclenché des protestations inhabituelles du Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui l’a qualifiée de « scandale moral et d’acte criminel » et d’ « énième violation flagrante du droit international humanitaire », et du Département d’Etat US, qui l’a qualifiée d’ « honteuse » et a affirmé être « consterné ».

« Pour cette installation particulière, nous avons informé l’armée israélienne à 33 reprises que cette école de Rafah était utilisée pour accueillir les personnes déplacées, la dernière fois seulement une heure avant l’incident », a déclaré dans un communiqué Pierre Krähenbühl, responsable général de l’UNRWA.

« L’incident de Rafah est un énième rappel tragique et inacceptable qu’il n’y a aucun endroit sûr à Gaza pour que les personnes puissent se réfugier. Personne ne se sent en sécurité, et étant donné que Gaza est entourée par une barrière, il n’y a également aucun endroit où ils puissent s’enfuir », a-t-il ajouté.

« Expérience horrible »

Pour employer un euphémisme, l’Ecole Elémentaire Mixte A laisse beaucoup à désirer comme foyer.

« C’est une expérience terrible », a déclaré al-Rumi. « Vivre ici n’est pas une vie. »

« Maintenant, c’est mieux qu’avant », a-t-elle ajouté, faisant référence aux nombreux habitants qui sont retournés dans des maisons intactes. « Avant, il y avait beaucoup de gens, dans un petit espace, avec beaucoup de maladies. C’était bondé, avec beaucoup de bruit et peu d’eau potable. Il n’y avait qu’un repas par jour. Nous avons dû acheter le reste nous-mêmes. Ils ne nous donnaient pas assez de couvertures ou de matelas pour dormir. »

Les douches, dit-elle, n’ont été installées dans les toilettes de l’école que dix jours avant le cessez-le-feu.
Palestinians wait to receive food supplies from a distribution centre of the United Nations Relief and Works Agency (UNRWA

Palestinien-ne-s attendant de recevoir des rations alimentaires dans un centre de distribution de l’UNRWA à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 28 août (Abed Rahim Khatib / images APA)

Et les autorités du refuge ont du mal à gérer ce qui subsiste de vie normale, dit-elle. « Ils viennent tous les soirs pour nous compter, combien de personnes sont encore là. Si quelqu’un de votre famille est absent, ils ne lui donnent pas de repas les autres jours. Lorsque nous en parlons avec eux, ils disent que ça [l’instruction] ne vient pas d’eux, mais des personnes en charge, à des postes plus élevés. »

Mais le sort de sa famille est meilleur que celui de beaucoup d’autres, dit-elle. Leur maison, bien que fortement endommagée, avec un toit démoli, des murs, fenêtres et réservoirs d’eau fissurés, est toujours debout et peut être réparée.

Les Palestinien-ne-s déplacé-e-s ont besoin de davantage de secours pour hiérarchiser leurs besoins réels, a-t-elle ajouté.

« Ils nous apportent des choses comme du shampooing. Nous apprécions cela, mais nous n’en avons pas besoin. Nous avons besoin d’eux pour reconstruire nos maisons. » 

Source : The Electronic Intifada.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.
Photo de couverture : Ashraf Amra / images APA.