Le présent appel a été publié le 15 mai 2015 par le Comité national palestinien pour le boycott (BNC) et les organisations palestiniennes à Gaza soussignées, à l’occasion du Jour de la Nakba, la commémoration du nettoyage ethnique de la Palestine par Israël en 1948.

Alors que les Palestinien-ne-s commémorent la Nakba, la catastrophe de 1948 qui vit plus de 700 000 Palestiniens indigènes nettoyés ethniquement de leurs foyers par les milices sionistes et plus tard par l’Etat d’Israël, la vie dans la bande de Gaza occupée et assiégée atteint un seuil critique, comme le signale l’ONU.

Près de deux millions de Palestinien-ne-s sont incarcéré-e-s par Israël dans un petit espace, condamné-e-s à une vie de misère, où pas même l’eau, source de toute vie, est propre à la consommation humaine. La fourniture de services de base, tels ceux de la santé et de l’éducation, est chancelante, et la sonnette d’alarme doit être tirée. Ceci est un tsunami israélien qui peut être arrêté si suffisamment de personnes de conscience à travers le monde peuvent faire rendre des comptes à Israël et faire pression sur leurs institutions et leurs gouvernements pour qu’ils en fassent de même. Israël doit payer un lourd tribut pour son comportement criminel.

Souffrances indicibles

S’il y avait un moment opportun pour isoler un régime voyou et l’empêcher de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, c’est bien maintenant. Nous, les organisations soussignées de la société civile palestinienne à Gaza, appelons à des mesures urgentes et efficaces, y compris le boycott, le désinvestissement et des sanctions significatives contre Israël et les sociétés complices de ses violations graves du droit international, afin de sauver des centaines de milliers de civils palestiniens dans la bande de Gaza d’un destin de souffrances indicibles et d’une mort lente.

Le massacre d’Israël à Gaza lors de l’été 2014 a fait environ 2 300 morts parmi les nôtres, et endommagé ou détruit nos écoles, hôpitaux, abris de l’ONU, et des milliers de nos foyers. Huit mois plus tard, Gaza reste en ruines, tandis qu’au moins 100 000 personnes sont toujours sans abri. Sur les 12 600 maisons qui ont été complètement détruites, pas une seule n’a encore été reconstruite.

Pour les Palestiniens où qu’ils soient, et à Gaza en particulier, la Nakba de 1948 est continue.

Malgré le soi-disant cessez-le-feu, les attaques souvent meurtrières d’Israël contre les Palestinien-ne-s à Gaza sont continues, en particulier contre les pêcheurs dans les « zones d’accès restreint » le long de la frontière avec Israël et au large de la côte de Gaza. Les zones d’accès restreint ont été parmi les plus touchées pendant le massacre et continuent de souffrir des violations par Israël du droit international et des droits humains des Palestinien-ne-s.

A l’origine de cette grave souffrance humaine, se trouvent l’occupation continue par Israël et les huit ans de siège illégal, qui restreignent sévèrement la circulation des personnes, des biens et des matériaux de reconstruction. Les services de santé et d’éducation ont été sévèrement altérés aussi.

Le passage de Rafah entre Gaza et l’Egypte a été ouvert à de trop rares reprises cette année. En moyenne, seulement 198 personnes ont pu quitter Gaza par le passage de Rafah chaque semaine en 2015, contre 955 par semaine au cours de l’année 2014.

Le renforcement par l’ONU du siège israélien

En février 2015, seulement 1 661 camions (contenant environ 105 307 tonnes) sur les 800 000 camions de matériaux nécessaires à la reconstruction des maisons détruites et d’autres bâtiments, ont été autorisés à entrer à Gaza. L’échec des bailleurs de fonds internationaux à débloquer les fonds promis a exacerbé les graves pénuries d’énergie. L’électricité ne peut être fournie que quelques heures par jour.

Le Programme de reconstruction de Gaza des Nations unies (Gaza Reconstruction Mechanism – GRM), la principale réponse de la communauté internationale, est fondamentalement vicié, de sorte qu’il aggrave les souffrances des Palestinien-ne-s à Gaza. Le programme de reconstruction fait de la communauté internationale, et de l’ONU en particulier, les responsables de l’application du siège israélien, et rend l’aide aux Palestinien-ne-s conditionnelle à l’approbation israélienne.

Comme 71 % de l’aide promise par les donateurs internationaux devrait revenir à l’économie israélienne, cela récompense effectivement Israël pour son massacre de Palestinien-ne-s. Beaucoup d’entreprises qui participent à l’effort de construction sont impliquées illégalement dans le crime que constitue le pillage des ressources naturelles palestiniennes et / ou participent à la construction de colonies illégales.

Entrave à la justice

De nombreux gouvernements occidentaux cherchent à empêcher les Palestinien-ne-s de porter plainte contre Israël devant la Cour pénale internationale. En juillet dernier, les États-Unis ont voté contre la création d’une Commission d’enquête des Nations unies à Gaza, et plusieurs États membres de l’UE, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, se sont abstenus.

Les Etats-Unis et l’Allemagne semblent résolus à poursuivre leur vaste soutien militaire à Israël, tandis que l’Union européenne a maintenu son Accord d’association avec Israël, lui donnant accès aux marchés et programmes de l’UE, tandis que le gouvernement canadien a même signé une série de nouveaux accords avec Israël.

Même les pays de l’hémisphère sud, qui parlent en termes plus clairs de leur soutien au droit du peuple palestinien à l’autodétermination, ont échoué à traduire leurs gestes symboliques en actes visant à mettre fin à leurs liens militaires et à leurs accords commerciaux préférentiels avec Israël.

Vous pouvez agir

Compte tenu de la catastrophe humaine à laquelle Gaza est confrontée et aux menaces israéliennes de commettre plus d’atrocités encore, nous appelons les gouvernements et les instances internationales à prendre des mesures immédiates pour :

  1. Veiller à ce qu’Israël rende compte de ses crimes de guerre contre les Palestinien-ne-s dans la bande de Gaza, y compris en soutenant les efforts des Palestinien-ne-s visant à demander justice devant la Cour pénale internationale.
  2. Mettre fin au soutien direct aux crimes de guerre israéliens, y compris en imposant un embargo militaire complet et en suspendant les accords de libre-échange et les autres accords bilatéraux jusqu’à ce qu’Israël se conforme au droit international, y compris à la levée du siège de Gaza.
  3. Fournir une protection internationale immédiate aux civils dans la bande de Gaza, y compris en fournissant un soutien financier et matériel pour aider les Palestinien-ne-s à faire face aux immenses difficultés qu’elles et ils continuent de subir.

Nous remercions chaleureusement les innombrables personnes de conscience et les organisations dotées de principes à travers le monde, qui se tiennent à nos côtés dans notre lutte pour la liberté, la justice et l’égalité, et nous appelons la société civile internationale, y compris les syndicats, les organisations non gouvernementales, les réseaux locaux, les partis politiques et les parlementaires à :

  1. Rejoindre et construire le mouvement mondial dirigé par des Palestinien-ne-s de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), outil important pour tenir Israël responsable de ses violations du droit international à Gaza et contre les Palestiniens où qu’ils soient, y compris en faisant pression sur les universités, les banques et les fonds de pension pour qu’ils se retirent des entreprises qui profitent de l’occupation et des crimes de guerre d’Israël.
  2. Faire pression sur les gouvernements pour imposer des embargos militaires et des sanctions commerciales contre Israël.
  3. Faire campagne contre les entreprises criminelles, comme la société militaire Elbit Systems, la firme de sécurité G4S et le fournisseur clé de l’armée israélienne HP, qui permettent les violations israéliennes du droit international.

Source : Electronic Intifada.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception
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Photo de couverture : un vétéran palestinien participant le 15 mai 2015 à Gaza à la commémoration du 67ème anniversaire de la Nakba – le nettoyage ethnique de la Palestine – porte un panneau sur lequel est écrit « Haïfa, nous reviendrons » (Abed Rahim Khatib / APA images).
Consulter ici la liste des organisations signataires de cet appel.