Les festivités du nouvel an ​à Cologne, Hambourg et d’autres villes ont été marquées par un nombre élevé d’agressions sexuelles sur des femmes, et dans au moins un cas, un viol. Il est troublant de constater que cela puisse se produire, et scandaleux que les autorités, dans un premier temps, n’aient pas pris au sérieux les dépositions des victimes.

La violence sexuelle contre les femmes en Allemagne en général est un grand problème et même un problème existant depuis longtemps: les femmes sont couramment et fréquemment harcelées sexuellement dans les grands festivals, à l’Oktoberfest à Munich ou pendant le Carnaval de Cologne et d’autres villes. Selon une nouvelle étude commandée par le Ministère fédéral des affaires familiales, une femme sur sept en Allemagne subit de la violence sexuelle. Une femme sur quatre – quel que soit le niveau d’éducation ou le statut socio-économique – est exposée à la violence domestique. Les auteurs sont presque toujours des hommes, parmi lesquels il n’existe aucune distinction significative selon la religion, l’origine, le niveau d’éducation ou le statut social.

En d’autres termes, tous les jours, il y a largement de quoi provoquer un tollé général au sein de la société à propos du sexisme et de la violence sexuelle en Allemagne. Les deux phénomènes sont étroitement liés à l’image dominante des femmes. En conséquence, les agressions sexuelles sur les femmes sont peu souvent prises au sérieux, et sont dans un premier temps marginalisées – comme à Cologne, où les victimes ont eu le plaisir de se faire faire la leçon par les politiciens locaux sur les « règles de comportement lors des rassemblements de masse », comme si les victimes, face à leurs agresseurs déterminés, avaient la possibilité de négocier pour se mettre hors de danger.

Les femmes sont constamment présentées comme des objets sexuels dans les films, la publicité et les médias. Mais plus que cela, l’oppression des femmes est structurellement ancrée dans notre société et attestée par les différences en termes de salaires, d’opportunités d’emplois ou de modèles dominants. Il n’y a pas d’égalité ici, en dépit des proclamations publiques fréquentes affirmant le contraire.

Médias et politiques attisent le racisme antimusulman

Plutôt que de relier les événements à Cologne et Hambourg à la violence sexiste quotidienne vécue par les femmes en Allemagne, les politiciens et les médias dominants ont, à partir du moment où les événements se sont produits, surtout porté leur attention sur le profil des auteurs présumés, et sur les questions de sécurité publique. Loin de reconnaitre l’agression sexuelle comme une manifestation structurelle, elle est uniquement mise en lien à la « culture » des pays supposés d’origine des auteurs. De cette façon, le débat sur les attaques a été instrumentalisé depuis le début, en lien avec une trame argumentative classique raciste. Les musulmans ou les réfugiés ont été stéréotypés en masse.

Médias et politiciens traditionnels attisent en tout cas le racisme antimusulman préexistant et renforcent la campagne de diffamation contre les réfugié-e-s : la ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie [État fédéré de l’Ouest de l’Allemagne et Land allemand le plus peuplé], Hannelore Kraft, a déclaré que les délinquants étrangers criminels doivent être expulsés. Et sur l’émission matinale du réseau de diffusion Sat1, il est demandé que soient « défendues nos valeurs, notre mode de vie et nos croyances » contre les « hommes musulmans ». Pendant ce temps, le silence relatif sur les très nombreux spectateurs masculins dans la foule en dit long, de même que la centaine de policiers présents sur les lieux, qui n’ont rien fait pour intervenir afin de protéger les femmes victimes, malgré le fait qu’il y avait même une policière en civil parmi elles, en dit long également.

Un grand jour pour la droite

La féministe Alice Schwarzer, qui a sympathisé depuis longtemps avec le milieu conservateur et a même exprimé sa « compréhension » pour les idées principales du mouvement raciste PEGIDA, chante la même ritournelle quand elle parle d’une tolérance erronée envers les hommes musulmans, reliant la question au terrorisme et exigeant l’intégration obligatoire pour les migrant-e-s.

Pour la droite, le débat public est enfin mûr : les bases argumentatives ont déjà été posées. Les néo-nazis, ProNRW [Mouvement populaire pour la Rhénanie-du-Nord-Westphalie] et l’AfD [Alternative pour l’Allemagne], ont réclamé unanimement que l’Allemagne arrête tout accueil de réfugié-e-s afin de protéger « nos femmes ». Sur les réseaux sociaux, des mesures de représailles dans la rue, y compris celles visant à infliger des dommages corporels aux hommes « étrangers », ont été annoncées.

Et pourtant, les femmes doivent se protéger contre ces partis et ces groupes eux-mêmes, qui pour leur part propagent ou demandent explicitement des rôles et des structures sociales profondément misogynes contre les femmes. L’AfD, lieu de recrutement de plus en plus important pour les nazis, se bat pour défendre la famille hétérosexuelle comme la seule norme, rejette le mariage pour couples du même sexe, et place les femmes dans le rôle classique de mères. En outre, le groupe veut voir de nouvelles restrictions sur le paragraphe 218 (rendant l’accès aux interruptions de grossesse encore plus difficile), organise des campagnes contre le féminisme et pour des quotas minimum de femmes dans la vie publique – et prétend encore dans le même souffle hypocrite que l’égalité est déjà atteinte. Même le parti conservateur plus modéré, la CSU, qui a déclaré cette semaine que « celui qui ne peut pas accepter le respect à l’égard des femmes [comme une norme sociale], ne peut pas avoir de place ici en Allemagne au sein de notre société », s’est lui-même drapé dans le mensonge (voir par exemple la manière dont le CSU a voté sur la question du viol conjugal dans un passé pas très lointain).

Lutte contre le racisme et le sexisme

Le fait que les attaques récentes aient eu lieu précisément à Cologne, rend instantanément claire la polarisation avancée de la société allemande : la ville de la cathédrale est considérée largement comme une métropole progressiste. Pourtant il y a tout juste un an, cette ville a connu une marche de 4 000 partisans de HOGESA [Hooligans gegen Salafisten, Hooligans contre les salafistes].

Ainsi, les agressions sexuelles du nouvel an à Cologne, Hambourg, et d’autres villes, doivent être prises au sérieux et les auteurs punis. Nous devons tou-te-s – comme ce fut le cas le 5 janvier devant la cathédrale de Cologne – occuper collectivement la rue contre le sexisme et le racisme. En outre, nous devrions exiger des médias et des partis politiques qu’ils prennent des mesures contre les groupes d’extrême droite toujours plus forts, au lieu de les encourager avec des arguments insoutenables. La prochaine grande possibilité de prendre la rue contre l’AfD antiféministe sera la Frauenkampftag le 6 mars à Berlin.

Quant à la gauche allemande au sens le plus large, il doit y avoir une clarté absolue que l’oppression des femmes en Allemagne est structurellement déterminée et que, dans la lutte pour les droits des femmes, nous ne pouvons en aucun cas nous permettre d’être divisées par le racisme. Nous devons affronter à la fois le sexisme et le racisme avec la même détermination.

Notes

Source : rs21.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.
Photo de couverture : dessin de Riss dans Charlie Hebdo.