Des grands frères jaloux et possessifs. Des « beurettes libérées », qui luttent contre la tutelle familiale. Des Maghrébins qui voient d’un mauvais œil les couples mixtes et qui revendiquent leur communautarisme. Des Blanches attirées par l’exotisme des « bougnoules ». Des Arabes obsédés par le sexe et l’alcool. Une hypocrisie musulmane constamment mise en scène et pointée du doigt…

« Mohamed Dubois », un film raciste ?

Impossible.

Il s’agit d’une comédie, à ne pas prendre au premier degré. Y voir quoi que ce soit de raciste, c’est à coup sur manquer d’humour. C’est voir le mal partout. C’est refuser toute critique, etc. D’ailleurs, c’est bien un truc de « militant », ça. De tout prendre au sérieux. De ne jamais baisser la garde, même devant une comédie apparemment inoffensive.

Et pourtant…

Sorti dans les salles à grands renforts de comm’ le 1er mai dernier, « Mohamed Dubois », charrie les pires clichés racistes en faisant mine de s’y attaquer. Sans surprise, le film réalisé par Ernesto Ona, avec Eric Judor et Sabrina Ouazani dans les rôles titres, s’inscrit dans la lignée de films tels que « Aicha », « Le nom des gens », « L’italien », « Il reste du jambon », « Rengaine », « Aicha 2 », « Neuilly sa mère », et tant d’autres. Bande-annonce.

Etre Arabe : avoir une tête d’Arabe

L’intrigue du film est simple. Elle tiendrait sur un timbre poste, selon la formule consacrée. Arnaud Dubois, 33 ans, est fils de banquier. Il habite au Vésinet (banlieue chic de la région parisienne), mais a la particularité d’avoir une tête d’Arabe. Ca lui vaut d’être invité à une soirée pour l’aïd el-fitr… en boite de nuit. A une première « beurette » qu’il aborde, il décline sa véritable identité, mais sa tête d’Arabe rend peu crédible son nom. Au milieu d’autres Arabes, il dira alors s’appeler Mohamed Bouchouche. C’est aussi dans cette boite qu’il rencontre la sœur de Moustapha, la belle Sabrina, dont les rondeurs toutes orientales le font chavirer. Et c’est toujours dans cette boite qu’il se voit offrir un boulot dans le kebab de Rachid, au quartier.

Débute alors la nouvelle vie d’Arnaud sous sa fausse identité. Malgré ses origines bourgeoises, il est accepté par les habitants du quartier avec une facilité déconcertante. Un quartier d’ailleurs totalement aseptisé, sans signes extérieurs de pauvreté, sans aucune présence policière, hormis celle de Sabrina, qui est bien entendu flic et qui patrouille dans le quartier avec sa collègue Julie, tout aussi sexy qu’elle.

Il aura donc suffi à Arnaud/Mohamed d’avoir l’apparence physique d’un Arabe, d’apprendre quelques formules en dialecte et quelques vagues notions d’islam pour se fondre dans la masse immigrée du quartier. Pour être invité à travailler, à manger, à dormir, etc. En somme, pour être totalement adopté par des habitants qui n’attendaient que cet homme providentiel.

Alcool, sexe et argent, ou l’hypocrisie des musulmans « pratiquement »

Mohamed Dubois - HaramCar ces habitants sont empêtrés dans leurs contradictions. C’est même le fil rouge du film, l’opposition binaire entre halal et haram. Deux mots que les musulmans du film ont constamment à la bouche, eux qui sont pris en permanence entre leurs envies « haram » et les valeurs désuètes, « halal », de leur tradition.
L’alcool est omniprésent dans le film. Y a vraiment matière à enquêter pour publicité indirecte. Les bouteilles sont visibles à l’écran quasiment un plan sur deux. Et les musulmans ne se privent pas d’y gouter. Déjà dans la boite de nuit, l’alcool coule à flot pour fêter l’aïd. C’est normal… Un autre soir, dans la même boite, Sabrina et Arnaud/Mohamed finissent totalement bourrés. Même dans des moments sérieux, comme lors de la visite à Paris d’un local où Moustapha et ses potes souhaitent ouvrir un restau gastronomique « halal », l’un des potes de Moustapha ouvre et goute la bouteille de whisky qui se trouve là. Il ajoute même, au cas où nous n’aurions pas compris : « Mmm… C’est bon ! » Et puis même enceintes, les musulmanes du film boivent de l’alcool, c’est dire…
 
Le sexe et l’argent sont les deux autres ingrédients qui pimentent le quotidien de tous ces Arabes (l’un des rares Noirs du film n’a presque jamais la parole et se contente d’être le larbin du caïd du quartier, Jalil). Les mecs parlent constamment de sexe. Dans les termes les plus crus. Pour eux, ce sont toutes des « bitches ». Le plus respectueux envers les femmes est Arnaud, qui joue sans surprise le rôle du Blanc « civilisé ». Mais les filles ne sont pas en reste. Comme toujours dans de pareils films, ce sont des « beurettes libérées », qui multiplient les relations et parlent tout aussi crument que les hommes. Y compris devant les parents et l’imam, lorsque Sabrina déclare qu’elle « fait ce qu’elle veut de ses fesses ». Dans une autre scène, une de ces beurettes dira même utiliser des « préservatifs halal ». Les apparences sont sauves.

Mais le film ne se contente pas de mettre tou-te-s ces musulman-e-s face à leurs contradictions. Non, le film veut aussi faire preuve de pédagogie (envers qui ? on vous laisse deviner). Et celle qui s’occupe de verbaliser ces contradictions n’est autre que le personnage joué par l’humoriste algérienne Biyouna, déjà présente dans les fameux « Aïcha » et « Il reste du jambon ». Dans le cinéma français, elle est un peu la branche humoristique de Ni putes ni soumises. Dans « Mohamed Dubois », c’est elle qui profère les pires clichés sur les Noirs (les Zaïrois), les quartiers (dont elle dit qu’il est pire que l’Afghanistan), etc. Mais c’est surtout elle qui pointe les contradictions et même l’hypocrisie de tous ces pseudos muslims, qu’elle traite à plusieurs reprises de « mounafiqin ». Après avoir déclaré à ses hôtes, le jour de l’aïd et devant l’imam, qu’elle ne jeûnait pas car elle voulait garder sa ligne, elle balancera à ces « musulmans pratiquement » : « Je préfère le pêché à l’hypocrisie ». Et nous, on préfère le racisme de Soral à sa copie, ‘agouna.

C’est pitoyable mais malheureusement fréquent. C’est la chanson habituelle qui veut qu’avant de dénoncer quoi que ce soit, les musulmans doivent d’abord faire une autocritique sévère et passer au crible leurs contradictions. Celles-ci ne sont jamais dues aux positions qui sont les leurs dans la société française, ni au fait qu’ils doivent pratiquer leur religion sur une terre hostile. Non, ces contradictions sont uniquement le fait de leur hypocrisie légendaire. Et sous prétexte de vouloir balayer devant sa porte, on confond autocritique et auto-flagellation. Comme ce bouffon de rappeur d’Abdallah, pour qui « Le racisme est devenu un prétexte, plus qu’une réalité… »

Le racisme, une passion arabe

C’est aussi l’une des grandes idées du scénario : le racisme ou l’ « intolérance » des Arabes envers les Blancs. Dès qu’Arnaud/Mohamed avouera à Biyouna être amoureux d’une Arabe, elle le ramènera à la réalité en lui disant que les parents de la demoiselle ne  « veulent pas voir leur fille avec un Gaulois ». Pourtant, quand Arnaud/Mohamed fait la connaissance de Sabrina, elle est à ce moment-là en couple avec un gawri, qu’elle cache à sa famille et surtout à ses frères. On ne sait pas en revanche si ce gawri l’a dit à sa famille et comment elle a réagi. De même qu’on ne connaitra jamais les réactions des parents d’Arnaud ou ceux de Julie, alors que leurs enfants respectifs sont en couple avec des Arabes.

Et c’est comme ça tout le film. L’intolérance vient toujours des Arabes. Les parents de Sabrina répètent sans cesse vouloir que leur fille fréquente un Arabe. Ils sont choqués le jour où ils apprennent qu’elle est déjà sortie un gawri ou que Mohamed s’appelle en réalité Arnaud. Les Arabes du film ne sont pas seulement racistes envers les Blancs. Ils le sont aussi envers les Noirs, les Rroms (qu’ils embauchent sur leur chantier), les sans-papiers (à travers la figure de Lotfi, une caricature de clando), les Asiatiques (appelés « nems »)… Bref, envers tout le monde.

Quant aux Blancs du film, ils sont au mieux bienveillants, au pire silencieux sur le sujet. Julie, la collègue de Sabrina, adore les « bougnoules », surtout lorsqu’ils lui parlent en arabe pendant leurs ébats sexuels. Les seules fois où les Arabes sont confrontés au racisme des Blancs, c’est face au banquier qui leur refuse un prêt à cause du caractère « halal » du restau qu’ils veulent ouvrir, ou face aux policiers. Les Blancs ne sont racistes que dans l’exercice de leur profession, jamais dans leur vie quotidienne. Et encore. Les flics n’interpellent Arnaud/Mohamed uniquement parce qu’il est venu totalement ivre les narguer devant le commissariat. Il a donc fallu aller les titiller sur leur lieu de travail pour qu’ils se bougent. Et comme Arnaud/Mohamed a une tête d’Arabe, il est aussitôt reconduit par ces mêmes flics à l’aéroport pour être expulsé vers la Tunisie, dans des scènes comiques à la Benny Hill, totalement obscènes quand on connait la réalité dramatique des « reconduites à la frontière ». Durant le trajet en fourgon jusqu’à l’aéroport, les flics avouent toutefois avoir quelques scrupules à faire ce qu’ils font. Et dans l’avion, Arnaud/Mohamed se retrouve assis à côté de Lotfi le clando, qui lui dira avoir un plan pour « rivenir to’dsuite en France »… Vraiment pathétique.
Affiche Mohamed DuboisAu final, si le film « Mohamed Dubois » peut véhiculer toutes ces saloperies sans s’attirer de critiques, c’est bien la preuve de la complaisance de beaucoup de Blancs envers le racisme. C’est aussi celle de l’aliénation des Arabes qui rigolent de la caricature d’eux-mêmes qui leur est proposée à l’écran.

Mais comme il s’agit d’une comédie, ça passe crème.

Régalez-vous !
 
Laziza Lachqar, le 06 mai 2013.