Les Ethiopiens-israéliens sont descendus dans les rues de Jérusalem, dans la soirée du 30 avril, pour protester contre la brutalité policière et le racisme systémique. Le journal Haaretz rapporte que près de 1 000 manifestant-e-s se sont rassemblé-e-s, issu-e-s principalement de la communauté juive éthiopienne.

Les citoyen-ne-s ont dénoncé le racisme et la brutalité policière envers la communauté juive éthiopienne, appelant à la fin de l’impunité pour les policiers qui les harcèlent.

Une vidéo montrant un officier de police blanc israélien attaquant un soldat noir israélien à Tel-Aviv le 26 avril, a suscité la colère de beaucoup de membres de la communauté éthiopienne d’Israël, ciblée de façon disproportionnée par la police israélienne. La vidéo montre des officiers qui poussent à terre Demas Fekadeh, un soldat israélien éthiopien, et le frappent.

La députée de la Knesset Shelly Yachimovich a relevé dans un post Facebook que « Il ne serait pas exagéré de penser que si [Demas Fekadeh], le soldat qui a été frappé, avait été un soldat à peau claire, de préférence avec une apparence ashkenaze, il n’aurait pas subi de coups aussi durs sans réaction des services de police ».

Les Ethiopiens-israéliens manifestent contre la brutalité policière à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo : Haaretz)

Les Ethiopiens-israéliens manifestent contre la brutalité policière à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo : Haaretz)

Ceci est loin d’être un incident isolé. En mars 2014, un Ethiopien-israélien du nom de Yosef Salamseh était dans un parc public avec ses amis lorsque la police est venue vers lui. Les policiers l’ont accusé d’effraction dans une maison, accusation qu’il a catégoriquement niée. Les flics l’ont ensuite attaqué avec un pistolet Taser, à coups de pied, l’ont menotté, lui ont enchaîné les jambes, l’ont jeté dans une voiture de police et l’ont détenu dans un commissariat voisin. Sa famille l’a retrouvé ensuite inconscient et ligoté. Quelques mois plus tard, il est mort. La police a affirmé qu’il s’agissait d’un suicide.

Dans la foulée de l’incident, Salamseh est devenu pour beaucoup le « Michael Brown d’Israël », en référence à un Noir américain de 18 ans qui se promenait dans la rue avec un ami à Ferguson, dans le Missouri, quand un policier blanc, Darren Wilson, lui a tiré neuf fois dessus, dont trois fois dans la tête.

Une Ethiopienne-israélienne bloquant un véhicule de police lors d'une manifestation contre les violences policières à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo : Lior Mizrahi)

Une Ethiopienne-israélienne bloquant un véhicule de police lors d’une manifestation contre les violences policières à Jérusalem, le 30 avril 2015 (Photo : Lior Mizrahi)

De nombreux journalistes ont rapporté que les manifestant-e-s juifs éthiopiens à Jérusalem scandaient « Baltimore c’est ici », reliant leur lutte contre la brutalité raciste en Israël à la lutte des Noir-e-s américain-e-s contre la brutalité raciste aux Etats-Unis.

Les troubles qui sont survenus à Baltimore le 25 avril, en réponse au meurtre par la police de Freddie Gray, un Noir sans arme, innocent, arrêté pour avoir regardé dans les yeux un officier de police et s’être enfui. Alors qu’il était en garde-à-vue, la boîte vocale de Gray a été écrasée et sa colonne vertébrale rompue à 80%. La police de Baltimore l’a accusé ensuite de s’être blessé seul, bien que des images vidéo de flics rouant de coups Gray aient circulé. Dans la vidéo, on peut entendre Gray réclamer son inhalateur, comme il avait du mal à respirer, et il semble être incapable de marcher, à cause du tabassage qu’il a subi (la police a également harcelé et arrêté par la suite l’homme qui a filmé l’attaque avec son appareil photo). Un expert médical a révélé qu’il est pratiquement impossible que Gray se soit lui-même blessé.

Les Israéliens noirs ont relié leur propre lutte à celle du mouvement Black Lives Matter aux Etats-Unis, un mouvement civique et pour les droits humains qui a émergé en réponse aux meurtres répétés d’innocents et non armés Noirs américains aux mains de policiers blancs. Les Israéliens noirs l’ont fait non seulement en établissant des liens entre Baltimore et Jérusalem, mais de plus en lançant une déclinaison israélienne de la campagne « Hands Up, Don’t Shoot » [« Mains en l’air, Ne tirez pas »].

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Ethiopiens-israéliens protestant contre les violences policières non loin de la maison du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, le 30 avril 2015 à Jérusalem (Photo : Keren Simons)

Des milliers de Juifs éthiopiens se seraient également rassemblés à l’extérieur de la maison du Premier ministre Netanyahu, pour protester contre les violences racistes de la police.

La police israélienne a pulvérisé sur les manifestant-e-s une « eau malodorante » [« skunk water »], pour briser les manifestations. Les forces israéliennes en ont font de même avec des manifestants palestiniens pacifiques en Cisjordanie occupée. Il y a aussi de nombreux cas enregistrés où ces forces d’occupation ont pulvérisé cette eau dans des maisons palestiniennes.

Selon la police, certains manifestants éthiopiens-israéliens, dans des manifestations pourtant largement pacifiques, auraient également jeté des pierres – une forme de protestation utilisée aussi par les Palestinien-ne-s vivant sous occupation militaire dans les territoires occupés.

Le racisme intense auquel font face en Israël les Afro-descendant-e-s est bien documenté. De nombreux journalistes ont écrit sur les « Comportements honteusement racistes d’Israël envers les Juifs éthiopiens ». L’autoproclamé Etat juif a stérilisé de force des Juives éthiopiennes, refusé de prendre les dons de sang provenant de membres éthiopiens de la Knesset (en parlant du « caractère spécial du sang judéo-éthiopien » qu’il s’agit d’éviter), et a même refusé de marier des Juifs éthiopiens, exprimant des doutes sur le fait qu’ils soient « vraiment » juifs.
ethiopianprotest52/3 des enfants juifs éthiopiens en Israël vivent dans la pauvreté. Beaucoup de Juifs éthiopiens sont forcés de vivre dans des ghettos ou des implantations illégales. Ces disparités béantes et ce racisme structurel ont conduit certain-e-s critiques à parler d’Israël comme d’un Etat suprématiste ashkenaze, et du sionisme comme d’un mouvement suprématiste blanc, en lui-même antisémite à travers son oppression des Juifs non-ashkénazes.

L’universitaire Hanan Chehata décrit Israël comme « la terre promise pour les Juifs … du moment qu’ils ne sont pas noir-e-s ».

Les Juifs d’origine africaine ne sont pas les seuls à souffrir de la suprématie Ashkenaze du sionisme. Depuis les premiers jours de la société israélienne, les Juifs orientaux ont été confrontés à une discrimination systématique. Dans les années 1950, Israël a forcé les Juifs orientaux à vivre dans la pauvreté, dans les tentes des bidonvilles des camps de transit, alors que les ashkénazes étaient logés dans des hôtels.

Dans les décennies qui ont suivi, les orientaux ont continué à subir le racisme systémique. Cette oppression intense a conduit à la création des Panthères Noires israéliennes, en parallèle au mouvement révolutionnaire socialiste du Black Panther Party aux États-Unis. Les anciens Black Panthers israéliens protestent toujours contre le racisme israélien à l’endroit des juifs orientaux aujourd’hui.

Source : Mondoweiss.
Traduit de l’anglais par S.B., pour Etat d’Exception.

Notes

Nous avons choisi de traduire cet article pour le mettre à la disposition d’un lectorat francophone, malgré la gêne que l’on peut ressentir à sa lecture. Car les Juifs d’Ethiopie sont, en Israël, dans une situation paradoxale : en dépit de la grande pauvreté et de l’intense racisme qu’ils vivent, ils ont néanmoins pu bénéficier de la Loi du retour israélienne. Une loi raciste qui les autorise, en tant que Juifs, à s’installer sur les terres palestiniennes, tandis que les palestinien-e-s sont massacré-e-s, harcelé-e-s, et chassé-e-s de ces mêmes terres, sans possibilité d’y revenir. C’est à cette domination implacable que les Juifs éthiopiens doivent leur présence, présence qui vient elle-même s’opposer à l’existence d’une nation palestinienne.

Etat d’Exception