Alors qu’il héritait en 1984 d’une ligue délaissée par les fans, mal en point financièrement et minée par les affaires de drogue et de racisme, l’ancien avocat et diplômé de Columbia David Stern est parvenu durant ses trois décennies de règne (1984-2014) à faire de la NBA l’une des ligues sportives les plus riches et puissantes de la planète.

La vitrine scintillante du sport US, véritable machine à fric qui multiplie les juteux contrats de sponsoring et dont les matches sont retransmis partout à travers le monde. Les vedettes de la NBA sont aujourd’hui des stars mondiales présentes dans les spots publicitaires des plus grandes multinationales. Du « corned beef au caviar » avait un jour titré le journal Sports Illustrated.

Pourtant, tous les efforts entrepris par Stern et son remplaçant Adam Silver pour forger l’image la plus lisse qui soit de la ligue et de ses joueurs, ne peuvent empêcher le racisme et la question raciale de faire régulièrement la une de l’actualité NBA.

De la mise au ban de Donald Sterling (ex propriétaire des Los Angeles Clippers), aux sorties hasardeuses de MJ en passant par le scandale provoqué par le propriétaire des Atlanta Hawks ou encore l’arrestation violente d’un joueur de cette franchise par le NYPD… La NBA n’échappe pas aux rapports de force et de domination qui structurent en profondeur la société US. Elle contribue même à les masquer.

« I can’t breathe »

Le 08 avril dernier, l’ailier des Indiana Pacers, Chris Copeland, était poignardé dans une boite de nuit new-yorkaise. Thabo Sefolosha et son coéquipier Pero Antic, étaient tous deux présents sur les lieux aux côtés de centaines d’autres personnes. Selon la version de la police – contredite par des témoins et les joueurs eux-mêmes – les deux joueurs auraient refusé de quitter les lieux du crime et se seraient montrés menaçants, ce qui leur valut une arrestation très musclée.

thabo sefoloshaTouché aux ligaments, Sefolosha a vu son péroné fracturé par un coup de matraque. Sa saison était terminée alors que son équipe possédait le meilleur bilan à l’Est et avait des chances réelles de se qualifier pour les finales NBA (les Hawks seront finalement éliminés en 4 matches secs par les Cavs en finale de conférence).

Les policiers de New York ont vraisemblablement été pris de panique à la vue de ce grand noir de deux mètres au milieu de cette foule présente ce soir là et se sont jetés sur lui. Sefolosha est aujourd’hui accusé d’obstruction à la justice, de résistance à une arrestation et de trouble à l’ordre public.

Alors que les médias US raffolent des frasques et écarts de conduite des joueurs NBA, aucune investigation, aucun reportage sérieux n’a été réalisé sur cette affaire. « L’athlète sauvage et énervé fait constamment l’actualité, déclare ainsi Ishmael H. Sistrunk dans le ST-Louis American. Mais quand un athlète est frappé par la police, il règne un silence à faire frémir. »

D’autant que cette histoire survient quelques mois après que des joueurs NBA – et non des moindres – aient ouvertement affiché leur soutien au mouvement Black Lives Matter en arborant notamment des t-shirts « I can’t breathe » en hommage aux dernières paroles d’Eric Garner, mort entre les mains de la police de New York le 17 juillet 2014.
HPR-NBA-Race-LeBronUne mobilisation purement symbolique qui ne sera suivi d’aucun effet lorsque Sefolosha lui-même sera aux prises avec l’arbitraire du NYPD. De la même manière qu’aucun joueur ou dirigeant n’a protesté contre cette douteuse tournée promotionnelle à laquelle ont pris part des joueurs NBA à l’instigation du très conservateur – et même ouvertement raciste – Sheldon Anderson.

Tournée promotionnelle en Israël

Jeudi 23 juillet 2015. Alors que la population meurtrie de Gaza vit encore dans les gravats du carnage de l’opération « Bordure protectrice » de l’été 2014, une délégation de huit joueurs NBA s’envole vers Tel-Aviv à bord du Boeing Jet 747 mis à disposition par Sheldon Adelson, milliardaire républicain fervent soutien de l’extrême-droite israélienne.

A la tête de cette délégation – qui comprend aussi bien des joueurs mineurs que des stars comme DeMarcus Cousins (sélectionné lors du dernier All-Star Game) et Iman Shumpert (finaliste NBA avec les Cavs) – on trouve l’ailier israélien des Sacramento Kings, Omri Casspi. Tous ces joueurs NBA ont pris part à des événements avec les équipes du Maccabi Tel Aviv et de l’Hapoel Jerusalem, ainsi qu’à des opérations caritatives dont certaines organisées par NBA Cares.

Un habillage philanthropique qui a du mal à masquer l’objectif réel d’une véritable opération de propagande destinée à contrer le mouvement croissant de boycott que subit Israël, notamment à travers la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) lancée il y a tout juste 10 ans à l’appel de la société civile palestinienne et relayée partout à travers le monde.

« On ne joue pas avec l’apartheid »

Le boycott de l’équipe israélienne de basket est plus que jamais d’actualité. L’équipe participe actuellement à l’Eurobasket 2015 et figure dans le groupe A, celui de la France, qu’elle affronte d’ailleurs aujourd’hui même à 21h à l’Arena de Montpellier. Menée par BDS France et le Comité BDS 34, la mobilisation en appelle évidemment au boycott de cette équipe.
Un boycott motivé par le fait que des joueurs majeurs de cette formation ont servi dans l’armée israélienne dont ils louent régulièrement les « vertus », notamment lors du carnage de l’été 2014 contre la population de Gaza. Surtout, rappelle BDS France dans un communiqué du 25 aout dernier repris sur ce site, Israël utilise le sport comme propagande :

Le Ministère israélien de la Culture et des Sports, dont dépend la fédération israélienne de basket, reconnait lui-même que les événements sportifs permettent à Israël « d’améliorer son image ».
En effet, la participation d’Israël aux compétitions sportives internationales est une occasion pour cet Etat de se présenter aux yeux du monde comme « fair-play ».

Les événements sportifs et festifs, autant que les manifestations culturelles et académiques, sont bien entendu systématiquement utilisés par Israël pour forger une image « positive », cool et progressiste de lui-même, afin de masquer ses crimes permanents et de contrer la campagne de boycott dont il fait l’objet.

Mais Israël est loin d’être le seul Etat à se servir de la culture et du sport comme armes de propagande. D’une certaine manière, tous les Etats le font, même s’ils ne présentent pas tous le même déficit de légitimité que le régime sioniste.

Si l’on s’en tient au seul domaine du sport, BDS France rappelle qu’Israël « détruit les équipements sportifs palestiniens, empêche les sportifs palestiniens de circuler en Palestine et d’aller à l’étranger ». C’est pourquoi « accepter la participation d’Israël c’est normaliser les politiques d’occupation, de colonisation et d’apartheid que fait subir le régime sioniste à l’ensemble du peuple palestinien ».

Si nous partageons évidemment cette idée selon laquelle « un match contre Israël ne doit pas être considéré comme normal » et soutenons toute initiative visant à s’opposer au régime israélien, nous voudrions à ce stade faire trois remarques :

  1. Le boycott est un des outils dont on peut se servir contre les exactions israéliennes. Un outil parmi d’autres. Le fait que ce soit une forme non violente de lutte ne lui donne, à notre avis, aucune supériorité morale vis-à-vis d’autres formes de lutte, notamment la lutte armée.
  2. Si la situation de domination dans laquelle vivent les Palestinien-ne-s correspond bien à celle d’un apartheid (au sens de séparation et d’inégalité), cette notion est bien trop restrictive pour décrire l’entreprise d’anéantissement (physique, culturel, national, historique…) menée par les autorités sionistes envers les Palestinien-ne-s.
  3. Enfin, compte tenu de l’analogie faite systématiquement avec l’expérience sud-africaine et de la situation économique actuelle de ce pays, tout mouvement de soutien à la Palestine ne doit pas rester sur le terrain du « symbolique » mais affronter « le problème réel de redistribution des ressources, banques, sociétés, terres, recettes fiscales, etc. aux Palestinien-ne-s. »

« Charlie » mais pas Gaza ?

Toutes ces remarques sur le BDS et le soutien à la lutte des Palestinie-ne-s semblent bien loin des préoccupations des joueurs français engagés dans l’EuroBasket 2015. Une équipe dont aucun membre (fédération comprise) n’a jamais évoqué un quelconque problème à jouer contre Israël.

Les joueurs ne manquent d’ailleurs jamais une occasion de rappeler qu’ils sont fiers de servir sous les couleurs de leur pays et de représenter la nation dans son ensemble. Dans les jours qui ont suivi les attaques contre le journal Charlie Hebdo et une superette casher à Paris, certains joueurs français évoluant en NBA comme Nicolas Batum et Kevin Séraphin ont arboré avant leurs matches respectifs des t-shirts avec l’inscription « Je suis Charlie ».NBA Je suis CharliePourquoi ces joueurs choisissent-ils de rendre hommage aux victimes des attaques du 07 janvier 2015 à Paris mais ne disent absolument rien, par exemple, des 2 200 victimes palestiniennes de l’été 2014 ? Aucun journaliste n’a jugé utile de faire un tel rapprochement et de poser cette question.

Boycotter l’équipe nationale d’un pays fondé sur la confiscation des terres, de l’histoire et du patrimoine palestinien, sur la tentative d’extermination d’un peuple et d’une culture, devrait être une évidence pour chacun-e.

Pourtant, à l’heure actuelle, ce respect minimal pour les vies des Palestinien-ne-s ne semble pas être partagé par tou-te-s, et encore moins par les joueurs et stars de l’équipe de France de basket. Or, de telles échéances se reproduiront malheureusement tant qu’Israël sera autorisé à participer aux compétitions sportives européennes.

Aussi, nous devons avoir constamment à l’esprit que divertissement sportif et politique ne sont pas deux domaines distincts mais deux champs interdépendants. Et nous devons surtout continuer à rappeler à tous les athlètes qui affronteront des équipes ou sportifs israéliens que les vies palestiniennes comptent.

Palestinian Lives Matter!