Brexit : « Je ne me suis jamais sentie aussi peu la bienvenue dans ce pays »

« Je ne me suis jamais senti aussi peu le bienvenu dans ce pays ». Dans la période précédant le référendum sur l’Union européenne (UE), ce sont les mots terribles que j’ai entendus beaucoup trop souvent de la part d’immigré-e-s ou de racisé-e-s né-e-s au Royaume-Uni. L’hostilité ouverte envers les immigré-e-s a été encouragée, libérée par un référendum destiné à apaiser un parti conservateur divisé. Dans un pays qui tire sa fierté de sa « tolérance », l’un des messages principaux de la campagne est devenu : les étrangers contribuent certainement à l’effort du pays, mais « ils » sont la cause de nos problèmes, nous voulons retrouver notre pays. Maintenant, avec la victoire de la sortie de l’UE, ce discours a été légitimé et ce pays coupé en deux.

Soyons clairs : il n’y a pas eu de campagne significative de la gauche pour quitter l’UE. Indépendamment des raisons variées pour lesquelles les partisans du Brexit ont voté Pour la sortie de l’UE, c’est une victoire qui légitime la xénophobie et la haine du camp favorable à la sortie. Nigel Farage, qui n’a eu de cesse depuis un certain temps de faire tourner de manière acharnée la machine Brexit, a déjà affirmé que la victoire validait ses positions toxiques anti-immigration. Le chef de UKIP est le visage du Brexit. Sa politique xénophobe, de haine, de division, a été soutenue comme jamais auparavant. En France, Marine le Pen, leader du parti d’extrême-droite, le Front national, a célébré le résultat du vote. Ce n’est pas vraiment le genre de personnes dont on attend généralement le soutien.

Ces dernières années, le sentiment anti-immigration s’est intensifié et a été encouragé par une campagne en faveur de la sortie de l’UE furieusement raciste. Les sondages suggérant un problème avec le « seuil d’immigration » a conduit beaucoup de personnes à voter « out ». Les migrants ont été instrumentalisés par les politicien-ne-s et accablés pour des décisions prises par le gouvernement pour mettre en œuvre des mesures d’austérité inutiles qui ont détruit les services publics. Les migrants ont également été tenus responsables des choix faits ces 50 dernières années par les gouvernements successifs de ne plus investir dans l’industrie du Royaume-Uni, ne laissant dans le pays que des emplois précaires faiblement rémunérés. Les gens sont en colère parce qu’on leur a dit à plusieurs reprises que les migrants prennent leurs emplois et leur pays. Peu importe le fait que ce ne soit pas vrai, ce récit a été fermement implanté.

Au-delà de l’immigration, une grande partie de l’information sur le référendum de l’UE a été partielle et confuse. Avec peu de connaissances solides sur l’Union acquises dans les écoles ou dans le discours public, des pans entiers d’électeurs ont été amenés à voter d’une façon ou d’une autre avec en tête peu d’éléments sur la démocratie de l’UE ou le droit de décision à leur disposition. Pourtant, le résultat est clair et n’a rien de positif pour la démocratie au Royaume-Uni.

Parmi les nombreuses contre-vérités bêlées bruyamment par les deux parties du référendum, deux points ont révélé les erreurs fondamentales de la politique actuelle du Royaume-Uni : l’immigration est un problème et nous avons besoin de reprendre le contrôle de nos frontières. Les deux sont fausses ; les immigré-e-s ne sont pas la cause des maux sociaux du Royaume-Uni et le gouvernement a déjà autorité sur les côtes maritimes de ce pays. Mais quand les gens se sentent sans voix, impuissants et en insécurité du fait des décisions prises par les hommes politiques, ces idées sont efficaces. Elles collent parfaitement au récit selon lequel les migrant-e-s sont en train de ruiner ce pays et qu’il y a une menace toujours imminente d’invasion des « autres », et nous avons par conséquent besoin d’élites politiques pour nous protéger contre cela. Intensifié et durci au cours de la campagne référendaire, ce message anti-migrant-e-s n’est pas soudainement né dans les derniers mois ; il est de ceux qui font partie du paysage politique depuis un moment maintenant.

Les politicien-ne-s désireux-ses de gagner des voix à tout prix ont lâchement légitimé cette rhétorique. Attiser la haine contre et la peur des migrant-e-s a longtemps constitué une tactique de repli pour les conservateurs. Cinquante ans avant qu’ils ne concoctent la campagne de Zac Goldsmith pour les municipales de Londres, basée sur des procédés diffamatoires et des stéréotypes raciaux, les conservateurs ont mené une campagne raciste à Smethwick lors de l’élection de 1964. Ils ont sillonné les quartiers dans des fourgonnettes sur lesquelles étaient placardés les mots « Go Home » et dit à l’électorat britannique que l’immigration devait être réduite, sachant pertinemment qu’elle ne pourrait pas l’être, qu’elle ne le serait pas, et n’avait pas besoin de l’être. Jusqu’à ce que Jeremy Corbyn en soit élu chef, le Parti travailliste était complice ; célébrant un jour la contribution des migrant-e-s à la société, appelant l’autre au contrôle de l’immigration et au renforcement des frontières. Si vous légitimez les préjugés anti-immigration, vous ne pouvez pas être surpris qu’ils s’implantent.

Ce référendum a élargi une fissure déjà existante dans le paysage politique entre les pro- et les anti-immigration. Les politicien-ne-s des deux côtés du « débat » ont apporté de l’eau au moulin à cette ligne de faille et ont simplement observé comment avec le temps le liquide a gelé, rendant le fossé entre la réalité et la rhétorique encore plus grand. Les gens qui sont sacrifiés dans cet abîme béant sont les migrant-e-s. Déshumanisé-e-s, diabolisé-e-s et sans voix, elles et ils sont tenu-e-s responsables des problèmes du Royaume-Uni. Le pays peut bien avoir voté pour quitter l’UE, mais il ne peut pas prétendre être « tolérant » et continuer comme ça ; quand la poussière sera retombée, nous ne pouvons pas permettre à Nigel Farage et Boris Johnson de mener à bien leur petite entreprise, comme d’habitude.

Après le désespoir, nous aurons besoin des nous organiser collectivement et de changer la donne de la politique du Royaume-Uni.

Notes

Source : Media Diversified.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.