Que vous soyez un-e militaire revenu-e à la vie civile et qui s’ennuie, journaliste, bloggeur-se, ou tout simplement un-e jeune ambitieux-se enthousiaste en quête de gloire, voici tout ce que vous avez à faire pour vous présenter comme expert-e en terrorisme.

Si vous êtes assez intelligent-e pour apprendre quelques mots d’arabe et vous entrainer à les prononcer correctement, vous pouvez devenir un ETA, un-e « expert-e du terrorisme arabe ». En fait, vos maigres mots en arabe sonneront mieux s’ils sont prononcés avec un accent occidental. Cela va impressionner l’audience, montrer beaucoup d’intelligence, et certainement démontrer l’étendue de vos connaissances ! Voilà pourquoi les « expert-e-s » utilisent des mots arabes face à un public qui sait à peine où la Syrie, l’Irak, le Liban et le Yémen se situent sur la carte.

La prochaine étape consiste à aller sur les médias sociaux et à suivre des comptes de franchises d’al-Qaïda et de « jihadistes du clavier » du groupe Etat islamique (EI), pour pouvoir reproduire et publier leurs infos. Quand vous voyez un commentaire, contentez vous de le copier, de le traduire dans votre propre langue maternelle, et de le publier sur Twitter ou Facebook.

Une fois posté, vous êtes assuré-e de recevoir des dizaines d’appels chaque semaine, de la part de journaux, radios et de télévisions du monde entier, à la recherche pour leurs programmes ou articles de la valeur ajoutée en commentaires d’un-e « expert-e en terrorisme ».

Vous pouvez en profiter en postant sur Twitter : « Je serai sur telle chaine à 14h pour discuter de l’EI ». Vous pouvez commencer à discuter avec les Moudjahidin qui vous suivent pour aiguiser des informations en temps opportun et les poster sur Tweeter, consolidant davantage votre expertise.

Vous pouvez même parler à des rebelles en Syrie, les rencontrer autour d’un interminable café dans des hôtels 5 étoiles au Moyen-Orient, puis écrire un livre à leur sujet, qui reflète leur version, vous qui ferez semblant d’être quelqu’un qui passe sa vie à arpenter les rues de Syrie.

Vous pourriez aussi envisager de visiter le Liban, passer quelques jours à parler aux chauffeurs de taxi, ou en faire davantage en vous rendant dans la banlieue de Beyrouth, assis-e à la table d’un restaurant, discutant avec les gens autour de vous. Puis, dès que vous le pouvez, revenir et écrire sur vos « sources crédibles » au sein du Hezbollah. Ce sera très sexy sur le papier : vous devenez alors un-e expert du Hezbollah, vous pouvez répéter « Lab’baiki Ya Zaynab » à chaque occasion et dire que « le Hezbollah est né dans le sud Liban » ! Vraiment pas difficile…

Une fois que vous êtes un-e analyste célèbre, vous gardez un œil sur tout phénomène qui commence à prendre de l’importance dans les médias sociaux. Vous avez juste besoin d’être assez rapide pour suivre et ainsi être parmi les premier-es. Habituellement, ça commence par un groupe d’analystes, tous assis au sein d’un think tank en faisant semblant de réfléchir. En fait, comme la plupart travaille pour le même groupe à travers le monde, ils se favorisent mutuellement. Ils regardent le monde avec des jumelles, dictent aux gouvernements occidentaux ce qu’ils devraient ou ne devraient pas faire et se mettent en colère quand ces gouvernements n’écoutent pas ce « conseil unique » – des conseils qui dans leur perception sont l’équivalent de « la seule bouteille de Coca -Cola dans le désert ». Une fois que l’idée est balancée sur les médias sociaux, tout le monde court pour la ramasser et la mâcher, chacun sous un angle différent.

Ne vous inquiétez pas si elle est fausse. Tout le monde dit la même chose et tout le monde va tourner la page si c’est faux et commencera à chercher une autre idée.

De toute façon, qui se soucie que ce soit vrai ou faux ?

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Notes

Source : Elijah J. Magnier.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.