Dans la dernière édition de la politique de l’ « Axe du Mal », le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait valoir à l’ONU le 29 septembre dernier, que le « Hamas, c’est l’Etat Islamique (EI), l’Etat Islamique c’est le Hamas », et qu’ils suivent le chemin tracé par l’Iran il y a 35 ans. Dans ce contexte, le Premier ministre a exposé la relation mutuelle qui existe entre le sionisme et sa béquille, l’islamophobie.

Qu’ont en commun une organisation de résistance nationale dans la bande de Gaza, une organisation djihadiste internationale dans le Levant nord, et l’Etat iranien ? Le Premier ministre voudrait vous faire croire qu’ils adhèrent tous à la même doctrine de l’Islam militant, constamment en guerre avec le rationnel, progressiste [liberal], et toujours philanthropique Occident. Pourtant, de même qu’une accusation aussi inexacte que celle de George W. Bush affirmant que l’Iran et l’Irak n’avaient rien en commun si ce n’est une frontière, Netanyahu ne pouvait qu’espérer que l’Occident ait seulement entendu « musulmans, musulmans, musulmans » et qu’il rejoigne la Croisade israélienne en cours.

Soyons clairs sur les effets de l’islamophobie : elle déshumanise. Elle garantit que la vie des musulman-e-s ne sera pas évaluée de la même manière que celle des non-musulman-e-s, en particulier ceux qui sont Blancs. Il permet au Président Obama de déclarer au New York Times qu’Israël a été « extirpé de la roche », plutôt que colonisé sur les ruines des villages palestiniens à la suite d’un nettoyage ethnique.

Nous pouvons remercier Bill Maher pour avoir montré au monde que ce n’est pas seulement un problème « conservateur ». Si un progressiste auto-proclamé, un phare idéologique de la tolérance comme Maher, peut proclamer que l’ « [islamophobie] n’est pas une chose réelle quand nous la pratiquons » et que « l’Islam est la seule religion qui agit comme la mafia », nous sommes officiellement en face d’une épidémie culturelle aux Etats-Unis.

L’islamophobie a pénétré au-delà des personnalités de la télévision, crachant son exceptionnalisme progressiste quand il ne s’agit en fait que de racisme. Selon les propos éloquents de Laura Durkay, l’émission à succès « Homeland » est actuellement en train de promouvoir sa quatrième saison avec un « Chaperon Rouge blond et blanc perdu dans une forêt de loups musulmans sans visage. »

Dédouaner un spot raciste en le qualifiant d’insignifiant, sous prétexte que c’est « juste une émission de télévision », protège la partie qui n’est pas soumise à la discrimination contre les accusations de racisme et de sectarisme. Il favorise un niveau subconscient de consentement selon lequel « c’est bien le monde dans lequel nous vivons », et fait un clin d’œil d’approbation lorsque le même fanatisme trouve son chemin dans le métro de Boston :

mapL’islamophobie homogénéise le monde musulman en un corps-pensant-et-agissant singulier, avec un noyau d’Islam militant irrationnel. Toute valeur aberrante comme le pacifisme, ou le « progressisme » demeure à la périphérie culturelle, plutôt qu’en son cœur. En conséquence, nous sommes excusé-e-s de ne pas distinguer le Hamas, l’EI, ou l’Iran l’un de l’autre, parce que nous avons déjà prédéterminé leur place dans un corps homogène d’Islam-politique. Oubliez le contexte ; ne vous embêtez pas avec l’histoire.

Israël s’appuie sur des prétextes islamophobes occidentaux pour poursuivre son programme de politique étrangère visant à délégitimer les revendications palestinien-ne-s, laissant ainsi la colonisation de l’État occupé incontestée. Il rejette la responsabilité des crimes historiques commis contre les Palestinien-ne-s, tels que le nettoyage ethnique, les punitions collectives, et l’apartheid, parce que les victimes de ces crimes font partie d’un groupe homogène de radicalisme ou de sous-humanité. Si les Palestinien-ne-s avaient été un peuple euro-chrétien, nous pouvons être assuré-e-s que l’Occident ne serait pas resté les bras croisés quand Israël a largué des armes chimiques sur Gaza en 2008, et rasé plus de 28 000 maisons palestiniennes depuis 1967.

Le sionisme a besoin de la sympathie des pays occidentaux pour rester islamophobe. Malgré le rétropédalage de M. Netanyahu, selon lequel « ce n’est pas l’islam. C’est l’Islam militant », son pays continue de bénéficier de la prolifération de la doctrine islamophobe. Tant qu’Israël flottera soi-disant dans sa « mer de terreur rouge musulmane-arabe » (voir ci-dessus), il restera dans la victimisation perpétuelle tout en étant en même temps une puissance coloniale occupante en Palestine.

Notes

Source : Mondoweiss.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.