Avant l’aube du vendredi matin, Ali Dawabsha, un enfant palestinien de 18 mois a été brûlé à mort dans un incendie criminel contre deux maisons dans le village de Douma, au nord de la Cisjordanie occupée.

Le meurtre d’Ali Dawabsha n’est pas la première fois que des colons israéliens brûlent vivants des Palestiniens.

Compte tenu de l’impunité qu’Israël accorde à ses colons, quelle chance y a-t-il vraiment que les meurtriers d’Ali soient traduits en justice ?

« Nous avons vu quatre colons fuir en se tenant à distance les uns des autres » a déclaré à l’agence Ma’an News Musallam Dawabsha, 23 ans, un des villageois qui a tenté de porter assistance. « Nous avons essayé de les prendre en chasse, mais ils se sont enfuis vers la colonie proche de Maaleh Efraim ».

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Le mot hébreu « Vengeance » peint sur le mur de l’une des deux maisons endommagées par l’incendie criminel dans le village de Douma dans la Cisjordanie occupée, 31 juillet 2015. Un autre slogan peint sur la maison « Vive le roi Messie ». Images Ahmad Talat/APA.

Les assaillants ont aussi laissé derrière eux des graffitis exprimant clairement leurs motivations racistes : ils ont peint une étoile de David et les mots « Vengeance » et « Vive le roi Messie » sur les murs.

La mère d’Ali est maintenant dans un état critique avec de graves brûlures sur 90 % de son corps. Son père est brûlé à 80 % et le frère de 4 ans d’Ali sur 60 %.

Larmes de crocodile

Suite à cette horreur les responsables israéliens – du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux responsables de moindre importance – ont offert un spectacle ostentatoire de condamnation et de douleur et ont juré de traduire les assassins en justice.

Dans le même temps, l’occupation a commencé son entreprise de punition collective des Palestiniens, déplaçant des renforts en Cisjordanie pour réprimer les potentielles protestations et empêchant dans la Jérusalem occupée l’accès à la mosquée al-Aqsa aux Palestiniens.

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Douma, Cisjordanie occupée, 31 juillet 2015 : des photos de famille se trouvent dans les débris de la maison dans laquelle l’enfant de 18 mois Ali Dawabsha a été brûlé à mort dans une attaque dont sont soupçonnés des colons juifs. Images Ahmad Talat/APA.

Il est difficile d’imaginer une mise en scène plus hypocrite que les larmes de crocodile de ces mêmes dirigeants qui ont perpétré le massacre de 2 200 Palestiniens à Gaza l’année dernière, dont plus de 500 enfants, feignant maintenant l’indignation face à l’assassinat d’un de plus.

Bien sûr, les déclarations israéliennes ont un objectif précis : essayer de dépeindre le meurtre d’Ali Dawabsha comme un acte exceptionnel et occulter la réalité que la violence individuelle des colons fait partie intégrante de la structure de l’occupation coloniale et de l’apartheid israéliens.

Pour Israël il s’agit d’une simple crise de relations publiques et les expressions d’indignation et de « tristesse » ne sont rien de plus que la hasbara – propagande – prescrite par les conseillers en communication pour le cycle actuel d’informations.

Tout aussi hypocrites auraient été les condamnations de l’administration du président états-unien Barack Obama, qui se vante régulièrement de ses efforts pour armer et financer Israël et le protéger contre toute poursuite.

Comme le compte Twitter @Ask_Netanyahu l’a si bien dit :

« Une question de temps »

« Un enfant brûlé était seulement une question de temps » a déclaré le groupe israélien des droits humains B’Tselem après l’attaque de ce matin.

« Cela est dû à la politique des autorités d’éviter toute poursuite contre les Israéliens qui s’en prennent aux Palestiniens et à leurs biens », a ajouté le groupe. « Cette politique crée l’impunité pour les crimes de haine, et encourage les assaillants à continuer, ce qui a conduit au résultat horrible de ce matin. »

« Au cours des dernières années, les civils israéliens ont mis le feu à des dizaines de maisons palestiniennes, à des mosquées, des entreprises, des terres agricoles et des véhicules en Cisjordanie » a déclaré B’Tselem. « La grande majorité de ces cas n’a jamais été résolue, et dans beaucoup d’entre eux la police israélienne n’a même pas pris la peine de procéder à des mesures d’enquête élémentaires. »

L’impunité et le laxisme sont la norme, même dans les cas les plus brutaux et flagrants.

Il y a tout juste un an, un groupe de jeunes israéliens a enlevé et brûlé à mort l’adolescent de Jérusalem-est occupée Muhammad Abu Khudair.

Dans ce cas, la police israélienne a pris largement son temps pour trouver les suspects, malgré le fait qu’ils disposaient de séquences vidéo de leurs visages et de leur voiture en fuite (images publiées d’abord en exclusivité par The Electronic Intifada).

C’était sans doute seulement à raison de l’indignation internationale massive qu’ils ont pris la peine de tous les trouver.

Leur affaire se fraie difficilement un chemin à travers les tribunaux israéliens, mais il y a peu de raisons de faire confiance à un système qui traite les Israéliens qui attaquent ou tuent des Palestiniens avec une indulgence exceptionnelle.

Ce mois-ci, deux Israéliens qui ont brûlé une école judéo-arabe à Jérusalem ont écopé d’une peine légère, malgré le fait qu’ils se soient montrés totalement impénitents. En sortant du tribunal, ils ont déclaré que le crime « en valait la peine » afin de dissuader l’ « assimilation » juive et arabe.

Brûlés dans un taxi

Puis il y a eu le cas de cette famille que les colons ont brûlée vive le 16 août 2012.

Jamila Hassan, son mari Ayman et leurs enfants Iman, 4 ans, et Muhammad, 6 ans, se trouvaient dans un taxi au sud de Bethléem en Cisjordanie occupée avec un autre passager et le conducteur.

La voiture a été touchée par un cocktail Molotov. Ayman et les deux enfants ont été gravement blessés. Muhammad a subi de graves brûlures sur tout le corps.

« Nous sommes perdus, notre vie a tourné à l’envers. Le père, le fils et la fille sont chacun dans des mondes différents, notre vie est difficile et misérable », a déclaré Jamila à l’agence Ma’an News deux semaines après l’attaque.

Muhammad venait juste de sortir de l’agonie causée par une autre intervention chirurgicale. « Il hurle beaucoup de douleur », dit sa mère.

A cette époque aussi il y avait des promesses israéliennes de « justice ». Mais que s’est-il passé ?

La police a arrêté trois mineurs originaires d’une colonie juive voisine et a dit au juge avoir trouvé des empreintes digitales sur les lieux reliant les suspects au crime.

Selon Haaretz, le juge Yaron Mintkevich a décidé de maintenir les garçons en garde à vue « avec le cœur lourd, en raison de leur âge », ils avaient selon la presse entre 12 et 13 ans.

Mais en janvier 2013, les procureurs israéliens ont abandonné les poursuites, alléguant un « manque de preuves ».

S’ils avaient été des enfants palestiniens accusés d’avoir lancé des pierres sur les soldats de l’occupation, ils auraient été maintenus en détention pendant des mois, soumis à des sévices horribles équivalents à la torture et forcés d’avouer.

Évidemment, ce n’est pas la façon dont Israël traite ses propres colons qui sont soumis à la loi civile israélienne, tandis que les Palestiniens, y compris des enfants, sont soumis aux tribunaux militaires fantoches d’Israël.

Démanteler l’apartheid israélien

Cette inégalité coloniale intégrée est un rappel que les colons ne sont pas la cause, mais simplement une manifestation hideuse de la violence coloniale israélienne, enracinée dans le sionisme, qui est alimentée par le haut.

Qui peut croire qu’un ministère de la « justice » dirigé par Ayelet Shaked – qui dans son célèbre appel au génocide de l’année dernière a invité à l’assassinat de mères palestiniennes qui donnent naissance à des « petits serpents » – peut rendre la justice aux Palestiniens ?

Peut-être que les colons qui ont brûlé à mort le petit Ali avaient-ils pris à cœur les paroles de Shaked ou d’un autre politicien israélien qui incitent systématiquement à des actions contre les Palestiniens dans les termes les plus extrêmes et violents.

Le vrai problème est le suivant : l’assassinat de centaines d’enfants à Gaza l’été dernier, la combustion de Muhammad Abu Khudair, l’attaque qui a tué Ali Dawabsha, font tous partie du prix que les Palestiniens doivent payer pour qu’Israël puisse continuer à exister et à se développer sur leurs terres comme un raciste et autoproclamé « Etat juif ».

La seule façon qu’Ali Dawabsha ou tout autre palestinien puisse jamais obtenir justice du système d’apartheid israélien, c’est de le démanteler complètement.

Notes

Source : The Electronic Intifada.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.
Photo de couverture : un proche près du corps d’Ali Dawabsha. Images Ahmad Talat/APA.
[Article mis à jour le 02 aout 2015]