De Bruxelles, je rejette la solidarité d’Israël

Je vis à Bruxelles depuis 21 ans, mais je n’ai jamais considéré cette ville comme mon foyer – jusqu’à ce que Donald Trump l’insulte.

En décrivant Bruxelles comme un « enfer » en raison de son importante population musulmane, Trump a attaqué mes ami-e-s et voisin-e-s. Trump a attaqué des personnes comme la syrienne enjouée que je vois presque tous les jours ; sa fille est dans la même classe que la mienne.

En effet, cette connaissance syrienne était la dernière personne que j’ai vue en quittant l’école ce mardi matin. Un peu plus tard, j’ai reçu un sms de ma femme me parlant des explosions. Elle l’avait rédigé en toute sécurité au travail, Dieu merci. Sur le chemin, elle avait voyagé à travers la station de métro Maelbeek, quelques minutes avant qu’une bombe y explose.

Nous ne connaissons pas encore l’identité de toutes les personnes tuées. Nous savons, en revanche, qu’elles proviennent d’un mélange d’ethnies et de nationalités. Elles parlaient différentes langues. Certaines étaient probablement religieuses, d’autres non.

En bref, elles représentaient la chose qui me plaît le plus dans mon pays d’adoption : son multiculturalisme.

La première réaction de Donald Trump aux attaques a été de légitimer ses commentaires sur l’ « enfer ». Encore une fois, il montrait sa bigoterie. Le prétendu président utilisera toute opportunité pour attiser la peur.

Enfer ?

Il ne devrait pas être nécessaire de le préciser, mais je vais quand même le faire. Les musulman-e-s à Bruxelles contribuent massivement à l’esprit multiculturel de la ville. Elles et ils aident à faire de Bruxelles une ville dynamique et conviviale, l’antithèse même d’un enfer. Les hommes qui ont perpétré les attaques de cette semaine ne bénéficient d’aucun mandat de leur communauté. Insister, comme le font les bigots, sur le fait que les musulman-e-s doivent prouver leur aversion pour ces crimes témoigne d’une profonde ignorance.

Malheureusement, la communauté musulmane souffre à cause de cette ignorance. Quand il est apparu que les attaques de Paris en novembre dernier avaient été planifiées depuis Bruxelles, un grand nombre de policiers et de soldats ont été déployés dans les rues de cette ville. J’ai été témoin d’incidents où des jeunes hommes ont été harcelés par la police au cours des derniers mois. Rien ne montrait que les jeunes hommes aient fait quelque chose d’illégal. Pour autant que j’ai pu le voir, ils ont été harcelés uniquement parce qu’ils sont musulmans.

La réponse habituelle à ce genre d’atrocités consiste à ce que des think tank publient des brochures sur la façon de traiter la « radicalisation ». Les analystes des think tank débattent rarement ou cherchent à comprendre les causes du terrorisme (et comme l’a écrit Frank Barat dans un nouvel essai, comprendre ne signifie jamais faire l’apologie). Accepter que l’impérialisme puisse être à blâmer est quelque chose de tabou pour les analystes, dont beaucoup ont leurs « recherches » financées par des entreprises et gouvernements occidentaux.

Droit d’être en colère

Les Bruxellois-es ont tout à fait le droit d’être en colère après ce qui est arrivé cette semaine. Nous devrions certainement exiger que les autorités fassent tout leur possible pour appréhender les suspects. Mais nous ne devrions pas accepter que les musulman-e-s puissent être victimes d’intimidations et de stigmatisation.

Dirigeons notre colère vers le petit nombre de personnes qui ont mis le feu au Moyen-Orient. Le terrorisme de l’Etat islamique est une conséquence directe de la guerre déclarée contre l’Irak en 2003. S’il n’y avait pas eu cette invasion illégale, il n’y aurait pas eu d’attaque sur Bruxelles le mardi, ou sur Istanbul le samedi, ou sur Bagdad le mois dernier.

Deux hommes sont en dernière instance responsables de l’invasion et de la destruction de l’Irak : George W. Bush, alors président étatsunien, et Tony Blair, ancien Premier ministre britannique. Pourquoi sont-ils encore en liberté ?

La plupart des messages envoyés à la population de Bruxelles cette semaine étaient sincères et appréciables. Quelques-uns, cependant, étaient cyniques. L’un était méprisable ; il est venu d’Israël.

Le gouvernement israélien dans son ensemble a affirmé qu’il « se tient aux côtés de Bruxelles ». En tant que résident de Bruxelles, je refuse cette solidarité.

Ofir Akunis, ministre israélien des sciences, a essayé de faire un coup politique. Il a suggéré que les attaques ont eu lieu parce qu’au lieu de lutter contre le terrorisme, l’Europe était trop occupée à étiqueter les marchandises en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Ses commentaires sont trop ineptes pour mériter une réfutation détaillée. Et d’ailleurs, l’étiquetage dont il a parlé est une initiative prise par l’élite politique. Beaucoup d’Européens ordinaires sont allés au-delà de l’exigence d’étiquettes : ils sont trop occupés à boycotter tous les produits israéliens et faire campagne contre les entreprises qui cherchent à tirer profit de l’occupation.

Nous resterons occupés à cette tâche. Le meilleur hommage aux victimes de la violence est de lutter contre ses causes profondes. Cela signifie lutter contre l’impérialisme, le fanatisme, et l’inégalité. Cela signifie défendre le multiculturalisme, une belle idée qu’Israël a rejeté.

Source : The Electronic Intifada.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.