De la démission de Laurence Rossignol à l’abrogation des lois islamophobes

« Y a des femmes qui choisissent [de porter le foulard], y avait des nègres afri… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. […] Je crois que ces femmes sont des militantes de l’islam politique, et je les aborde comme des militantes, je les affronte sur le terrain des idées, et je dénonce le projet de société qu’elles portent. »
Laurence Rossignol

La ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes (sic) a tenu des propos particulièrement choquants sur les antennes de RMC-BFM TV, propos dont le point d’orgue raciste, si l’on peut dire, a été la réaction de la ministre aux paroles de JJ Bourdin, pour qui certaines femmes musulmanes choisissent de porter le voile.

L’utilisation du terme « nègres » et le parallèle fait par la ministre entre le port du foulard et l’esclavage, couplés à la connivence de l’intervieweur, sont proprement scandaleux.

Le journaliste aussi bien que la ministre ont fait preuve d’un paternalisme sidérant, d’une ignorance crasse, aussi bien sur les conditions de vie et les aspirations des populations musulmanes, spécialement des femmes, que sur la réalité de la traite des Noir-e-s.

En mettant en scène des musulmans dangereux face à des musulmanes en péril, le tout sur fond de normes islamiques rétrogrades et barbares, le discours de Laurence Rossignol s’en prend à la fois aux femmes musulmanes, à qui elle dénie toute autonomie, mais aussi à l’ensemble de la communauté, réduite à des « banlieues salafisées ».

Loin de constituer un « dérapage », ces outrances sont en droite ligne de la politique raciste menée par le gouvernement socialiste, marquée par les opérations militaires entreprises à l’étranger et le soutien au régime israélien, et en France par la chasse aux Rroms, aux réfugié-e-s et aux musulman-e-s, les intimidations et la criminalisation de toute contestation.

En matière de racisme, l’exemple vient d’en haut.

Ainsi que nous le rappelions dans le texte d’appel de la Campagne ALI, « l’islamophobie se déploie avant tout à travers des mesures d’exception édictées par les élites, qui portent une responsabilité dans les agressions physiques qui se multiplient contre des musulmanes. »

En mettant une nouvelle fois à l’index la communauté musulmane, et les musulmanes qui portent le foulard, Laurence Rossignol n’a fait que reprendre à son compte une vieille rhétorique islamophobe, qui a notamment servi à justifier les lois d’exclusion contre les musulmanes, au premier rang desquelles la loi du 15 mars 2004, véritable phare de la législation islamophobe.

Si la ministre socialiste a pu aussi aisément stigmatiser les musulmanes qui portent le foulard, c’est bien parce que ces dernières sont déjà stigmatisées par la loi, notamment celle qui interdit le port du hijab à l’école.

Voilà pourquoi nous ne pouvons dissocier notre indignation ressentie face aux propos de Laurence Rossignol, de celle ressentie face à la loi de 2004, loi qui n’a eu de cesse d’être étendue depuis 12 ans (des élèves aux mères accompagnatrices, de l’école aux services publics, et des services publics à l’espace public).

Depuis son lancement en septembre 2013 à Paris et Marseille, la Campagne ALI (Abrogation des Lois Islamophobes) œuvre à son niveau et avec les moyens qui sont les siens, au renforcement de la communauté musulmane pour enrayer le fléau que constitue l’islamophobie.


C’est la raison pour laquelle nous apportons notre soutien aux plaintes qui sont actuellement déposées contre la ministre socialiste pour ses propos négrophobes, sexistes et islamophobes, tout en étant convaincu-e-s de la nécessité d’y ajouter des actions collectives sur le terrain, impulsées par les actrices et les acteurs des communautés qui ont été stigmatisées et insultées.

L’exigence de la démission de Laurence Rossignol, et les plaintes contre celle-ci, ne doivent pas nous faire perdre de vue qu’il existe en France un régime juridique d’exception qui stigmatise toute une population.

Utiliser le droit pour lutter contre le racisme ne peut se faire sans lutter contre le racisme présent dans le droit.

Pour la démission de Laurence Rossignol !

Pour l’abrogation des lois et mesures islamophobes !

Campagne ALI

Marseille – Paris, le 31 mars 2016