Il est intéressant d’écouter tous les éditorialistes et les représentants du gouvernement condamner les soi-disant émeutes à Baltimore. Le maire a qualifié de « voyous » des citoyens en colère contre une police qui les tue et les brutalise. Le gouverneur en appelle à la Garde nationale, et l’état d’urgence a été décrété. Tout le monde est en état d’alerte, car les gens pompeux ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et parlent de la façon dont les gens sont « hors de contrôle » à Baltimore, et d’à quel point les « émeutes ça ne résout jamais quoi que ce soit ».

Ce qui est intéressant de noter, c’est qu’au moment où beaucoup sont prompts à condamner les troubles à Baltimore, bon nombre d’entre eux se sont levéEs et ont applaudi bruyamment à la vue des « émeutes » en Tunisie et en Egypte, au cours du Printemps arabe. Nous avons vu de nombreux AméricainEs déclarer que les émeutes étaient nécessaires pour que les gens se libèrent de l’oppression.

L’année dernière, lorsque les étudiantEs à Hong Kong se sont révoltéEs contre la police, nous avons vu tous ces experts applaudir et apporter un franc soutien et un appui moral aux étudiantEs. Nous, comme pays, avons condamné la brutalité de la police chinoise. Il n’y avait aucune conférence de presse pour parler des vilainEs manifestantEs à Hong Kong entourant ce car de police, comme dans la photo que je viens de poster.
Hong KongBien sûr, il y a l’agitation en Ukraine. Les Etats-Unis ont non seulement applaudi, mais nous avons effectivement envoyé une aide pour soutenir celles et ceux qui ont osé résister à des forces de police oppressives. Nous avons qualifié les gens qui luttaient de combattants de la liberté (Freedom Fighters).

C’est drôle à quel point les Etats-Unis aiment acclamer celles et ceux qui luttent pour la liberté, sauf lorsqu’il s’agit de personnes noires. En juin 1976, ont eu lieu les émeutes de Soweto. Plus de 3 000 personnes ont été tuées et le monde a condamné l’Afrique du Sud. Eh bien, pas le monde entier. Les États-Unis et Israël ont maintenu leur soutien au pays et à son régime brutal d’apartheid.

De nombreux experts états-uniens ont essayé de dire que les étudiantEs de Soweto devaient trouver des moyens pacifiques. On leur a dit que les émeutes ça ne résout jamais rien. Chaque fois qu’un vote a été proposé pour établir un embargo contre l’Afrique du Sud, les États-Unis étaient là pour opposer leur veto. Durant la période des émeutes de Soweto, Gerald Ford et le Secrétaire d’Etat Henry Kissinger, essayaient au travers de molles négociations, non pas d’en finir avec l’apartheid, mais de le rendre plus présentable. Les États-Unis ont vu dans l’Afrique du Sud un partenaire important au niveau géopolitique. Par conséquent, il ne s’agissait pas de faire en sorte que les gens se libèrent, mais bien de maintenir les choses en ordre. Heureusement, les NoirEs d’Afrique du Sud ont refusé d’aller dans cette voie, et les pourparlers ont échoué.
Soweto 1976Les gens ne devraient jamais oublier que lorsqu’un président comme Ronald Reagan a pris ses fonctions, il a mis en place une politique d’engagement constructif. Ouais, les États-Unis n’ont jamais approuvé les émeutes en Afrique du Sud. Mais comme je l’ai dit, nous avons applaudi des gens en révolte pour la liberté partout ailleurs…

Source : Davey D. Cook.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par RC, pour Etat d’Exception.