Le 25 avril 2014, TMZ a publié un enregistrement audio de Donald Sterling, propriétaire de l’équipe de basket NBA des Los Angeles Clippers, reprochant à sa petite amie de poster des photos d’elle avec Magic Johnson sur « Instagram ». Invoquant le fait qu’elle pouvait passer toute sa vie avec des Noir-e-s du moment que c’est en privé et qu’elle ne les amène pas à ses matches, sa tirade sonne comme un truc venant d’une autre période, plus ancienne et moins éclairée, de l’histoire des États-Unis.

Internet s’est illuminé d’appels demandant la tête de Sterling : les joueurs des Clippers doivent se mettre en grève et nous devrions boycotter la NBA. Musiciens et artistes de renom se sont exprimés contre lui, et la branche de Los Angeles de la NCAA [ligue de basket universitaire] a renoncé à lui décerner le prix pour l’ensemble de son œuvre qu’il devait recevoir. Même le Président Obama, qui a brillé par son silence sur les questions de race, a commenté l’affaire.

Presque tous les commentaires ont traité Donald Sterling comme une anomalie, comme une aberration, un retour au racisme Jim Crow. Le Président Obama, qui a dit dans sa réponse que « Les États-Unis continuent de se débattre avec l’héritage de la race, de l’esclavage et de la ségrégation, qui est toujours là, les vestiges de la discrimination », tombe dans ce piège. Supposer que les commentaires de Sterling représentent le silence normal et les vestiges d’une époque révolue qui « s’infiltre de temps à autre », est soit une méconnaissance des relations raciales contemporaines, soit une tentative fallacieuse de les dénaturer.

En réalité, nous vivons dans une société qui est fondamentalement structurée par la race et caractérisée par une inégalité raciale persistante. Beaucoup de chercheurs en sciences sociales ont fait valoir que le racisme contemporain est plus subtile, institutionnellement intégré, et caché, que le dans-ta-face racisme de l’ère Jim Crow.

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Clive Bundy

Par conséquent, lorsque le racisme « à l’ancienne » montre sa face hideuse, aussi bien les universitaires que les experts semblent choqué-e-s, ou à tout le moins dégoûté-e-s. Des incidents comme la publication des commentaires ouvertement racistes de Sterling à sa petite amie, l’aveu de Paula Deen qu’elle utilise le terme nigger et le procès en discrimination à son égard, et les propos racistes de l’éleveur du Nevada Clive Bundy qui suggère que les Afro-Américain-e-s étaient de meilleurs esclaves qu’ils ne le sont aujourd’hui, tout cela fait l’objet de gros titres, médias et chercheurs se précipitent pour commenter et dénoncer les expressions racistes subsistantes d’une époque révolue.

Nous tenons tout d’abord à dire que des attitudes comme celles de Sterling ne sont pas rares. Elles ont plutôt offert un aperçu de coulisses dont beaucoup de Blancs sont témoins mais dont ils parlent rarement. Ce sont les coulisses où les filles blanches sont interdites d’avoir des rencards avec de jeunes noirs, où les blagues sur les Noir-e-s sont toujours aussi drôles, et où les conversations à table comprennent l’utilisation occasionnelle d’épithètes raciaux.

Deuxièmement, et peut-être plus important encore, le spectacle médiatique autour d’incidents comme ceux-là, crée une sorte de créature raciste que les personnes blanches moyennes peuvent pointer du doigt. Une tactique qui sert à définir tacitement le « racisme », et fournit aux Blancs un Autre raciste, déviant, dont ils peuvent se dissocier, et qui obscurcit en même temps les multiples façons qu’ont les Blancs de participer au racisme color-blind et institutionnalisé.

L’indignation moralisatrice que les médias ont montré et qui remplit beaucoup des échanges Facebook et Twitter des deux derniers jours sur Donald Sterling dit, « regardez, il est le vrai raciste ». Sterling offre aux Blancs progressistes [liberals] bien intentionnés, l’occasion de se sentir bien envers eux-mêmes pour avoir activement dénoncé un raciste, et leur donne un exemple de « vrai racisme » qu’ils peuvent pointer et dont ils peuvent se distancier. En conséquence, l’incident Sterling détourne l’attention des aspects les plus pernicieux du racisme structurel ; le racisme qui est incorporé dans les institutions dans lesquelles nous interagissons tou-te-s, et qui façonne les chances et le vécu quotidien des personnes racisées.

Alors, quand Donald Sterling fera face aux conséquences de ses propos, comme nous devons tous le faire, nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion sans souligner que, d’une part, il n’est pas une aberration isolée. Il ne représente pas un « vestige » ou des restes de l’« héritage » de l’esclavage et de la ségrégation. Au contraire, Donald Sterling est beaucoup plus représentatif que nous pourrions le croire. Mais plus que cela, Donald Sterling ne laisse pas le reste d’entre nous de côté. Le racisme n’est pas simplement un ensemble d’attitudes auquel on peut souscrire ou non. Le racisme fonctionne plutôt dans et à travers toutes les institutions sociales.

Alors, quand nous pointons du doigt Sterling, nous devons porter aussi la même interrogation critique envers toutes les forces sociales, politiques et économiques qui perpétuent l’inégalité raciale. Faisons de cela aussi une occasion de tenir pour responsables les moyens moins évidents par lesquels même les Blancs bien intentionnés se livrent par inaction au racisme color-blind, et bénéficient du statu quo défavorable aux personnes racisées.

Notes

Source : RacismReview.
Traduit de l’anglais par RC, pour Etat d’Exception.