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« Quand je dis que la France est gagnée par le sionisme, cela signifie qu’aujourd’hui la pensée française refuse de renoncer à certains privilèges, qui sont les privilèges coloniaux. […] Le sionisme est une idée qui est issue du terroir européen de pureté. Quand je viens et que je dis « vous n’êtes plus arabes, vous n’êtes plus musulmans, vous n’êtes plus juifs. Finies ces divisions. Oublions le passé et la colonisation. Egalité, réconciliation. » En réalité, c’est une position sioniste. »

Eyal Sivan est un réalisateur israélien, installé depuis 25 ans en France. Auteur de 15 longs métrages documentaires, son dernier film, Etat commun, conversation potentielle [1] est sorti le 9 octobre 2013, sur quelques rares écrans en France.


Depuis une dizaine d’années, Eyal Sivan est l’objet d’une campagne de dénigrement et d’intimidation. A l’origine de cette campagne, outre le contenu résolument antisioniste de ses films, un article paru en 2002 dans le journal Le Monde. Intitulé « La dangereuse confusion des juifs de France », Eyal Sivan y dénonce l’amalgame systématique entre antisémitisme et antisionisme, qu’opèrent les « amis d’Israël » pour délégitimer toute critique du régime d’apartheid israélien :
« En qualifiant d’antisémites les positions non-sionistes et critiques portées à l’égard de la politique israélienne et, délégitimant un point de vue politique en le confondant avec un propos raciste, les institutions juives communautaires françaises jouent aux apprentis sorciers et deviennent elles-mêmes vecteurs de violence. »
Pour les juifs pratiquants, le judaïsme n’est pas une question. Pour des juifs laïques, en revanche, tiraillés entre universalisme et crispation identitaire, le sionisme est devenu une religion de substitution. »
La parution de cette tribune a valu à Eyal Sivan la réception à son domicile d’une enveloppe contenant une balle de revolver, avec la mention « classique » : la prochaine n’arrivera pas par la poste.

Son film Route 181, coréalisé avec Michel Khleifi et tourné en 2002 en Palestine, a lui aussi fait l’objet d’une campagne ciblée de dénigrement lors de sa sortie en France, de la part des défenseurs zélés d’Israël, Claude Lanzmannn et Alain Finkielkraut en tête.

En cause cette fois-ci, la scène du coiffeur dans le film de Sivan et Khleifi, qui est un détournement d’une grande scène de Shoah de Lanzmann.Cette scène provoquait, par le biais de l’analogie, un montage que le spectateur se refuse habituellement de faire. Elle a soulevé de virulentes critiques, d’autant plus infondées que de telles analogies sont fréquentes dans le conflit qui se joue en Palestine : par exemple, les soldats israéliens qui ont combattu en 1948 utilisent eux-mêmes dans leurs témoignages cette comparaison entre réfugiés juifs et réfugiés palestiniens.

Une lettre adressée au ministère de la culture et signée notamment par des personnalités telles que Bernard-Henry Lévy et Philippe Sollers, exigeait que le film soit déprogrammé (ce qui fut fait au Centre Pompidou à Paris, notamment). Le film fut aussi interdit d’antenne sur Arte.

Accuse d’être un « antisémite juif ». Eyal Sivan réagit de la pire des manières en attaquant l’auteur de ces propos, A. Finkielkraut, en justice. Au cours des deux procès qui suivirent, Finkielkraut fit appel devant la cour à des soutiens tels que Bernard Henri Lévy, C. Lanzmann ou encore l’ancien d’ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi. E. Sivan a été débouté à deux reprises, même si la deuxième fois c’était pour un défaut de qualification des faits reprochés à son adversaire.

Après des années passées à l’étranger, où il enseigna le cinéma, Eyal Sivan a signé son retour en France en réalisant Jaffa, la mécanique de l’orange, et Etat commun, autour duquel tourne le présent entretien.

La rédaction.