Je viens de voir le film « Fruitvale Station », à propos d’​​Oscar Grant. Il se concentre sur les 24 dernières heures de sa vie. Je dois dire que c’était un film très puissant. J’ai été ému aux larmes. Merci au réalisateur Ryan Coogler. Merci à Forest Whitaker. Merci à Octavia Spencer, et à tous-tes les autres actrices et acteurs, etc. qui ont ramené cette histoire importante à la vie. 

C’est un film obsédant et émouvant, qui devait être fait. Il fait ressortir l’humanité d’Oscar Grant et, ce faisant, il nous rappelle l’humanité de celles et ceux qui sont mort-e-s inutilement entre les mains de la police. Je me suis surpris à penser à Sean Bell, Ramarley Graham, Rekia Boyd, Amadou Diallo, et à d’innombrables autres…

oscargrant-baby-225Durant 18 longs mois, les gens dans la Bay Area [baie de San Francisco] se sont organisés, ont protesté, et ont donné beaucoup d’eux-mêmes pour amener une certaine justice autour du meurtre d’Oscar Grant. Au milieu de toute cette intense mobilisation, Oscar est devenu un symbole. Il est devenu l’image emblématique de lui, souriant et portant sa calotte. 

« Fruitvale Station » nous rappelle qu’Oscar était un père, un fils, un fiancé et un ami. Le film montre qu’Oscar n’était pas parfait et qu’à 22 ans, comme beaucoup, il continuait à grandir et à être en lien avec les autres. Ceci est important si l’on considère à quel point nous avons été déshumanisés à la fois par les infos et à la télévision. Je peux facilement imaginer que le fait de voir Oscar ne pas être dépeint de manière stéréotypée ou à travers une caricature simpliste unidimensionnelle, sera difficile à accepter pour certains. Notre inhumanité est si enracinée, que nous voir en dehors de cette boite sera une bouffée d’air frais pour beaucoup d’entre nous, et problématique pour les autres. Je suis content qu’ils aient cassé ce carcan.

FRUITVALE-STATION-bandeauLe film cristallise aussi jusqu’où la police a été inhumaine et vicieuse cette nuit-là dans le BART [NdT : nom du métro qui dessert San Francisco et certaines villes alentours], et comment elle s’est comportée et a menti devant des centaines de témoins. Les policiers ne devaient pas seulement être renvoyés, ils devaient également être inculpés et envoyés en prison. Cela reste étonnant que pendant 7 jours après qu’Oscar ait été tué, ces officiers se promenaient librement sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux, jusqu’à ce que la communauté ait éclaté. L’officier principal Tony Pirone était particulièrement insidieux dans son comportement. Il était celui qui a mis une droite à la face de Grant et l’a appelé « bitch ass nigger » juste avant qu’il ait été abattu. L’officier Marysol Domenici, premier sur la scène, et qui a menti et exagéré à propos des circonstances, a été renvoyé mais réintégré par la suite. 

« Fruitvale Station » sera également important à regarder alors que le procès du meurtrier de Trayvon Martin se déroule [NdT : le film est sorti en salles en juillet 2013 aux Etats-Unis]. L’humanité de Trayvon a été étouffée par le patrouilleur privé George Zimmerman et souillée par les médias. Et je pense que lorsque nous voyons l’humanité d’Oscar montrée sur grand écran, beaucoup seront en mesure d’établir des parallèles avec d’autres situations. Encore une fois, c’est un film puissant et nécessaire. Ce qui ressort pour moi, c’est la relation étroite qu’Oscar avait avec sa mère et sa jeune fille Tatiana. Son amour pour elle est inestimable.Pour finir, beaucoup ont demandé si le film a porté sur la mobilisation intense et le mécontentement qui sont apparus dans la foulée du meurtre de Grant. Le film n’aborde pas cela. Il montre les 24 dernières heures de la vie de Grant. Pour être honnête, je suis content que « Fruitvale Station » ait laissé de côté cette partie. Il n’y a aucun moyen que l’histoire puisse être racontée et se faire justice. Ma crainte si les cinéastes avaient tenté de s’attaquer à cela, c’est qu’il y aurait eu des aspects importants mis de côté.

oscar-grant-riotLe Mouvement Oscar Grant sera à jamais spécial pour la région de la baie [de San Francisco]. Il y a avait de nombreuses et diverses personnes impliquées, de tous les horizons de la vie et de diverses allégeances politiques, avec plein de choses émouvantes. Beaucoup ont donné pas mal de leur temps, fourni pas mal d’efforts, de la sueur, du sang et des larmes, et ont réussi à trouver des façons de se réunir, d’avoir un impact et de maintenir la pression longtemps après que les médias nationaux aient cessé de couvrir tout cela. Le Mouvement Oscar Grant est une histoire en lui-même. Idéalement, il devrait être raconté par la communauté dans une variété de façons, documentaires, pièces, livres et un film où tous ceux qui ont joué des rôles clés sont sérieusement consultés et leurs histoires non falsifiées. 

Le film se termine d’une manière telle que les histoires importantes autour du Mouvement Oscar Grant puissent être trouvées là où « Fruitvale Station » s’arrête. Une fois ce film sorti, j’espère que celles et ceux qui le verront dans d’autres parties du pays tendront la main non seulement aux membres de la famille Grant, mais aussi aux ami-e-s d’Oscar qui se trouvaient sur le quai avec lui cette nuit-là, et aux membres de la communauté qui ont participé à la mobilisation, permettant ainsi de combler les lacunes et de donner un contexte supplémentaire à ce film. Hommage aux cinéastes, c’est du bon boulot.
Davey D.

Source : Davey D’s Hip-Hop Corner.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par SB pour Etat d’Exception.