Les cinq cents (500) dernières années de l’histoire des Africains sont profondément marquées par les déportations négrières et la mise en servitude de dizaines de millions de Nègres au profit de Blancs et des royaumes esclavagistes européens.

Cette mise en servitude massive, industrielle, étant communément renommée « esclavage », tandis que ses victimes sont dites « esclaves », il convient impérieusement pour tout Africain qui souhaite comprendre cette histoire, son histoire, d’essayer d’entendre au mieux ce que signifient ces termes – esclave, esclavage -, tels qu’ils sont mobilisés dans l’historiographie des déportations négrières.

En effet, l’esclavage y est fallacieusement supposé avoir existé partout, dans toutes les sociétés du monde, depuis « la nuit des temps »[1]. Ce postulat permet d’ensevelir sous un terme générique vague de nombreuses formes de servitude humaine ayant existé dans diverses sociétés, à diverses époques. Ce qui dissuade d’étudier chacune de ces formes pour ce qu’elle est, dans son propre contexte de performance[2].

Par ailleurs, cette situation criminelle, qui a duré tant de siècles, a évidemment suscité des actions protéiformes de résistances en Afrique ; même si celles-ci tiennent une place historiographique encore trop marginale.

La publication du « Refus de l’esclavitude[3] », par Alain Anselin, a été une heureuse occasion de considérer encore plus attentivement cette question des résistances. En effet, il n’existe aucun exemple dans l’histoire de l’humanité où un peuple consent librement, de surcroît avec enthousiasme, à sa mise en servitude criminelle, à sa déshumanisation féroce, voire génocidaire.

Ainsi, sauf à insinuer que les peuples africains ne sont pas réellement composés d’êtres humains ; sauf donc à nier – a fortiori « scientifiquement », comme Joseph Arthur de Gobineau[4] – l’humanité des premiers parmi les humains, il est impensable que les Africains n’aient pas résisté au saccage séculaire de leurs civilisations matérielle et spirituelle millénaires par les assauts répétés et implacables des Européens.

L’absence, ou la rareté, de cette histoire de résistances dans le discours académique occidental, a fortiori françafricain, est l’une des marques insignes de l’urgence à ne pas abandonner aux chasseurs et à leurs affidés le monopole de la narration de la chasse ; laquelle traduit une histoire duelle plutôt qu’une histoire commune aux dominants et aux dominés. Un autre enjeu crucial de leur opposition dialectique.

Trois interrogations essentielles sous-tendent ce propos :

  1. Qu’est-ce qu’un esclave, que signifie esclavage ?
  2. En quoi consistent les résistances africaines au Yovodah ?
  3. Comment mobiliser la capacité séculaire de résistance africaine, en vue d’une renaissance civilisationnelle panafricaniste ?

La première est traitée essentiellement à partir d’un ouvrage de Claude Meillassoux[5]. On propose aussi une critique interne des sources arabes sollicitées ad nauseam par l’historiographie eurocentriste des « traites négrières », à des fins insidieusement idéologiques.

La seconde préoccupation prend appui, entre autres, sur le livre d’Alain Anselin[6] ; tandis que la troisième fait particulièrement l’objet du dernier chapitre, dont une section est consacrée à l’esquisse d’une stratégie panafricaniste de renaissance politique des nations nègres confrontées au Yovodah.

KLAH Popo


Présentation de l’éditeur

Ce livre rappelle quelques vérités essentielles sur le Yovodah, qui sont trop souvent obviées par les idéologues eurocentristes et leurs épigones françafricanistes.

D’une part, il n’existe aucune preuve historiographique concluante quant à l’existence de l’esclavage en Afrique avant son agression millénaire par des peuples étrangers notoirement esclavagistes que furent les Perses, Grecs, Romains, Arabes et surtout les Européens.

D’autre part, la capacité extraordinaire des Africains à résister au Yovodah est l’un des marqueurs socio-historiques les plus prégnants des sociétés panafricaines contemporaines. En effet, l’ampleur de la résistance des Nègres au Yovodah est à la mesure de l’ampleur incommensurable de ce crime contre l’humanité africaine perpétré par les Etats esclavagistes européens.

Enfin, la consolidation d’une conscience historique collective de cette formidable capacité de résistance des Africains et Afrodescendants est une condition particulièrement favorable à l’élaboration d’une stratégie panafricaniste de renaissance civilisationnelle des nations nègres d’Afrique et de la Diaspora.

Ainsi, la Résistance au Yovodah est le moteur de notre histoire commune d’Africains razziés, déportés, colonisés. Aussi, seul le panafricanisme peut-il mobiliser efficacement cette énergie de résistance protéiforme, en vue de construire un avenir prospère de renaissance artistique, économique, a fortiori politique, au profit de tous les Africains et Afrodescendants.

Notes

[1] Claude Meillassoux, op. cit., p.20 : « L’esclavage est une période de l’histoire universelle qui a affecté tous les continents, simultanément parfois, ou en succession. Sa « genèse » est la somme de tout ce qui est advenu pendant un temps indéterminé dans divers lieux. »
[2] Joseph Inikori, Slavery in Africa and the Trasatlantic Slave Trade, in The African Diaspora, University of Texas, 1996, p.65 : « Following the worthy accomplishments of the research of the last two decades, what is needed now is terminological precision. We need to find ways of separating slaves from other dependent social categories in precolonial Africa and reinterpret the evidence. »
[3] Alain Anselin, Le refus de l’esclavitude – Résistances africaines à la traite négrière, éd. Duboiris, 2009.
[4] Joseph Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, (1853-55) éd. Pierre Belfond, 1967.
[5] Claude Meillassoux, Anthropologie de l’esclavage, PUF, 1986.
[6] Alain Anselin, op. cit., 2009.

Yovodah et Panafricanisme - Résister pour survivre, S'unir pour renaître

Editions ANIBWE
Parution : 06/2012
ISBN : 978-2-916121-59-8
Format (cm) : 15 x 21
Pages : 196

17 €