La danse des blancs sur internet
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  • 24 février 2017
  • Le terme « blanc », qui n’est pas une couleur de peau mais une condition (combien de fois faudra-t-il vous le dire ?), nous met mal à l’aise, nous, les blancs. Moi aussi, la première fois, j’ai ressenti un malaise : normal, puisque ça n’existe pas et qu’on est tous pareil, j’avais bien retenu ma leçon et en plus j’étais de gauche. Il vous met tellement mal à l’aise (et cette fois je m’extrais) que l’indigène qui vous en affuble, vous le taxez de « racisme anti-blanc », et là, miracle, le terme « blanc » ne vous dérange plus.

    Les blancs sont tellement dominants que même le racisme, ils l’ont colonisé !

    Quand l’indigène dit « blanc » à un blanc, le blanc a le choix : admettre la définition indigène du blanc et ouvrir ses oreilles, ou taxer l’indigène de racisme parce que le blanc parle mieux le français que l’indigène, et donc il sait bien mieux que lui ce que « blanc » veut dire… Choisis ta posture, camarade blanc !

    J’ai compris assez vite, parce que j’ai ouvert mes oreilles, que blanc est une condition sociale, une série d’appartenances communes (dont celle du pays d’origine n’étant pas une ancienne colonie, celle du patronyme à consonance chrétienne, celle du faciès…) définies tacitement par les blancs entre eux (et non par l’indigène qui lui ne décidait de rien, jusqu’à ce que des indigènes décident qu’il déciderait désormais au moins des mots qui lui sont propres, Frantz Fanon, Malcom X, Aimé Césaire, Angela Davis… ma culture est parcellaire).

    Cette condition sociale héritée est le plus souvent augmentée par une posture individuelle : plus tu es dominant, plus tu es blanc. Donc le blanc est toujours plus blanc que la blanche qui elle est toujours plus blanche que l’indigène, inexorablement.

    Avoir suivi les pérégrinations tumultueuses des indigènes sur Facebook, théâtre exacerbé de la domination décomplexée, m’a permis d’observer la danse des blancs . Qui a dit que les blancs ne savent pas danser ?

    Une valse à trois temps

    La danse des blancs autour de l’indigène est une valse à trois temps. Au premier temps de la valse, le blanc (de gauche, car il se définit lui-même ainsi) s’invite à commenter dans un texte de cinquante lignes, la seule phrase qui lui importe, celle qui distingue le blanc de l’indigène, dans un article dont le sujet central est tout autre, peu lui importe. Le commentaire est mielleux et fielleux, alternant entre une condescendance qui m’est insupportable (tant elle me couvre de honte car elle est un miroir) et une tentative de culpabilisation larmoyante qui dit en gros « Mais qu’est-ce que je t’ai fait, moi ? ».

    Inlassablement, l’indigène met en veilleuse son aptitude à l’échange et il se fait violence pour entrer en résonance avec celle qui lui est infligée. Il répond quelque chose qui marque son territoire, quelque chose qui dit « C’est moi qui décide des questions que tu me poses » et en même temps « Mon mur n’est pas un réceptacle pour vos états d’âmes ». Il la fait courte, cinglante parfois (mais pas toujours) il la fait savamment pesée, juste ce qu’il faut pour affoler le compteur Geiger de l’énergie du réseau. Et effectivement, ça s’affole !

    Au deuxième temps de la valse, le blanc pédale dans la semoule du couscous de Nadine Morano : il s’offusque, s’indigne, se révolte, argumente, il grimpe au mur, il s’époumone… A ce moment-là, je souffre pour lui, j’hésite à prendre le blanc par la main et à le consoler en lui expliquant gentiment et calmement que le combat politique n’est pas une quête individuelle et que sûrement, s’il rencontrait l’indigène dans un pince fesses, il le trouverait tout à fait civil et courtois mais que bon, tu l’as cherché mon pote, allez viens faire un câlinou là, viens… Mais non, je ne peux pas faire ça, je ne dois pas faire ça, parce que si je fais ça… ce con va en profiter pour se plaindre à moi du vilain nègre qui mange avec les doigts !

    Mais j’interviens quand même, avec loyauté à la lutte et respect pour la personne (c’est l’indigène qui m’a permis d’en admettre l’indispensable équilibre en politique, et ça n’était pas gagné pour une blanche perchée en haut de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »). J’entre en danse donc. Je ne dis pas que je suis blanche, je ne dis pas que je suis une femme, mon pseudo n’en donne pas de certitude et la plupart du temps le blanc me prend pour un blanc et la blanche pour une blanche. Je sais toujours avec certitude que le blanc ne me confond pas avec une indigène : jamais un blanc ne s’adresse à moi avec la même défiance qu’il ne le fait avec un indigène, jamais il n’use du même ton arrogant, jamais il ne me nie comme il nie l’indigène…

    Bref, je recommence à « définir » car c’est une récurrence à laquelle il ne faut pas sursoir : « Blanc et noir ne sont pas des couleurs de peau mais des conditions sociales en lien avec la colonisation des peuples et la hiérarchisation des appartenances. Blanc signifie globalement « dont les appartenances découlent de la domination coloniale ». Et le noir, c’est « celui dont les appartenances découlent aussi de la domination coloniale, mais de l’autre côté du fusil. ». Je soigne l’écriture, je me fais pédagogue, je mets un trait de légèreté, j’esthétise… Tout ça pour toi, ô blanc de gauche, pour te tendre la main à mon tour, prends-là !!! Et il s’en fout, ce malotru ! De ce que je lui dis pour lui faire comprendre, il ne me calcule même pas ! Car ce qui l’intéresse, c’est que l’indigène le comprenne, lui, qui veut soumettre l’indigène à lui faire crédit de son innocence blanche.

    Mais cet indigène-là ne se soumet qu’à sa propre cause.

    Deux issues

    Au troisième temps de la valse, de deux choses l’une : soit le blanc attrape la main qui lui est tendue par la blanche décoloniale que je suis devenue et qu’il sera bientôt Incha Allah (ha ha ha ! blancs de gauche, rien ne vous sera épargné du déplacement de vos apriori racistes, c’est un gage de considération). Et à la grâce de sa détermination, le blanc accepte de renoncer à ses privilèges de blanc face à l’indigène quel qu’il soit et en toute circonstance. C’est-à-dire de renoncer à être un rouage de la mécanique raciste (conscientisant donc enfin qu’il en est un). Il admet sa position, il accepte la relation qui lui est proposée. Il adoucit son propos, il dit « Ah oui, envisagé sous cet angle… » et il adopte la position basse qui convient à l’ouverture d’un échange qui n’est pas un débat. Il décide d’apprendre quelque chose, quelque chose qu’il ne sait pas encore. Il s’apprête à écouter sans user du temps de parole de l’autre pour préparer la prochaine salve de « Je sais mieux que toi ». Et c’est un moment que j’apprécie, une vraie joie. Je sais que c’est juste.

    De deux choses l’autre : le blanc reste irrémédiablement centré sur lui-même, s’accrochant à ses privilèges et à son innocence blanche de gauche comme une moule à son rocher, il continue d’essayer de se faire aimer en défendant sa caste. Puis, n’y parvenant définitivement pas, il remet ses bottes, attrape sa cravache restée à portée de main et il injurie, il offense, il insulte… Le plus souvent des insultes racistes dont il créé lui-même le contexte. Le trio gagnant de l’apriori raciste sur l’indigène c’est « sexisme, homophobie, antisémitisme ». Tout ce que l’indigène n’est pas, évidemment, il suffit de lire ce qu’il écrit et d’écouter ce qu’il dit pour le savoir, mais ce qu’il sera sommé de prouver (de préférence par des questions intrusives relevant de son intimité).

    Stigmatisation, péjoration, affirmations basées sur des articles qui citent des journaux, ouï-dire, lecture de pensées, procès d’intention… Tout cela participe de la mécanique raciste, de ce quelque chose que jamais vous, blancs dominants, n’oseriez lui faire s’il était moi. Sans connaître rien de l’indigène, aucun de ceux qui l’attaquent ne lit correctement ce qu’il écrit ni ne l’écoute, parce que d’abord, ils exigent qu’il fasse allégeance aux « belles personnes » et qu’il leur réponde en jouant le jeu dont la doxa fixe les règles, qu’il supporte la bêtise savante et le péremptoire… Qu’il montre patte blanche (pour l’indigène musulman cela signifie qu’il dise qu’il est athée, qu’il a des amis juifs, qu’il est monogame, contre la lapidation des femmes… Qu’il boit de la bière et mange du porc même, ce serait encore mieux, mais ça n’est toujours pas assez.). Dès lors qu’il ne le fait pas, le blantriarcat se déchaîne à diaboliser sa personne, à confirmer ses apriori pour justifier son racisme.

    Sortir de l’affect

    Comprenez ! Vous ne comprenez pas, aveuglé par ce désir brûlant qu’il vous renvoie une image positive de vous-même. Il ne vous aime pas : il s’intéresse seulement à ce que vous dites, à ce que vous faites et aux conséquences multiples des paroles et des actes que vous cautionnez, ou que vous prétendez lui faire admettre. Sortez de l’affect comme point d’achoppement et vous verrez comme c’est bon d’être un être identique à l’autre sans avoir besoin d’être approuvé par lui. Ce que vous reprochez à l’indigène n’est que le reflet de votre incapacité à le toucher. Parce qu’il n’est pas venu pour se faire aimer. Il se bat pour la justice et pour l’égalité, ni plus, ni moins. Pas de « gnagnagna… mais j’aime beaucoup ce que vous faites… » et « je ne suis pas d’accord avec vous mais gnagnagna… je me battrai pour que vous puissiez me réduire en esclavage… ». Il balance, il révèle le pire, il est votre monstre : le bon nègre pour qui vous vous « battez bec et ongles depuis toujours » (sic)… et qui vous pisse à la raie.

    Tant que vous êtes là...

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    Cet article a 10 commentaires

    1. Elle écrit avec son gros orteil et le cerveau sur off, alors je vais traduire (Dieu merci elle n’utilise pas l’écriture inclusive parce que là ça aurait été le pompon) :

      En gros elle pense que l’indigène définit les blancs comme des oppresseurs historiques et qu’il ne faut surtout pas y voir du racisme car ce serait de l’appropriation culturelle (être victime de racisme est un privilège de non blanc).

      Elle ajoute que les hommes blancs sont plus blancs que les femmes blanches qui sont plus blanches que les noirs. Enfin c’est maladroitement dit, mais elle signifie en gros que les hommes blancs sont pires que les femmes blanches en matière d’oppression (et puis par là elle signifie qu’elle est féministe et pour la convergence des luttes en tant qu’oppressée par « l’homme blanc », seul être qui mérite d’être « essentialisé », amalgamé).

      Ensuite elle fait l’apologie des bienfaits du « ferme ta gueule quand je parle, parce que tu es blanc et que tu ne peux pas te mettre à ma place (négationnisme de l’empathie, qui n’existerait pas entre les oppresseurs et les opprimés, ou bien quand elle du côté des oppresseurs, c’est juste une oppression de plus qui se traduit par de la condescendance).

      Ensuite elle dit qu’il existe deux types d’attitudes de blancs, aussi merdiques l’une que l’autre :
      – Le « c’est pas de ma faute, j’y étais pas, pardon c’était pas moi. » Et le
      – « ta gueule j’assume mon racisme retourne en Afrique. »

      Ces deux attitudes étant à bannir, la première étant trop condescendante et la seconde trop méchante. Elle affirme qu’un blanc ne doit jamais reprocher aux non blancs d’êtres méchants eux-mêmes, car ce n’est pas à eux de leur faire la remarque, étant donné les casseroles qu’ils ont au cul. Donc, pas de procès en antisémitisme, ni en homophobie ni etc etc. Faire des reproches à un non blanc c’est aussi raciste.

      Bref, elle affirme que toute remarque péjorative sur les minorités participent de ce qu’elle appelle la mécanique raciste. Participe également de cette mécanique l’injonction à s’assimiler à la culture d’accueil.

      Pour conclure, le plus intéressant est qu’elle nous dit que le non blanc (elle parle d’indigène mais elle a rien compris à ce qu’est un indigène), n’est pas venu pour se faire aimer et n’en a rien à foutre de notre gueule. C’est assez réciproque, mais de la part du (véritable) indigène, c’est du racisme.

      Bref, le blanc est raciste par essence. Voilà ce qu’elle semble vouloir dire.

      1. Haha. Tu as tout compris Coco. T’avais pas besoin de te ré-expliquer en public ! Mais tu as sans doute peur que tes amis comprennent trop bien. D’où ton explication de texte pathétique. Tu ferais PRESQUE pitié. Mais non. On a très bien compris que tu es un(e) raciste qui n’assume pas. Elle t’a magistralement décrit(e).

    2. Mais du coup ce texte imbitable de cette Lydie Marc il dit quoi ?
      Il faut être un raciste qui assume ?
      Il faut être le meme raciste, mais qui s’assume pas (comme le laisse supposer ce texte).
      Ni oui ni non ni blanc ni noir ?
      On a le droit de s’en foutre de la race des gens aussi ?
      Ça a l’air de bien vous flipper ces histoire de race.
      Vous êtes des gens cools en vrai ?
      Vous avez l’air un peu tendu(e)s dans vos têtes.

    3. Au plaisir de chaleureusement vous lire !

    4. Hotep,
      « Coco » (quel pseudo empreint d’humanisme ! lecteur de Tintin j’imagine…) vos singeries et pitreries de leucoderme rageux font peine à voir. Je vous conseille de vous instruire sur Africamaat pour découvrir tout ce vous devez aux « indigènes. »

    5. @Rotf_lmao:
      il ne s’agit pas de distribuer des droits ou des interdictions de « s’en foutre de la race des gens ». Mais de pointer du doigt qu’il est très, très difficile de s’en foutre réellement (parce qu’on est éduqué-es, de par nos histoires et nos cultures à accorder à la race une place énorme).
      Aux yeux de vous, Rotf_lmao, ça pourrait faire de « nous » des gens pas très « cools. » C’est pas de bol, ça nous prive du privilège d’être apprécié-es de vous, chèr-e Rotf_lmao, mais bon, puis-je suggérer que c’est complètement hors-sujet? Puis-je, aussi gentiment que possible (dans l’hypothèse ou vous seriez vraiment en train de vous ouvrir à « nous » et à votre désir sincère de nouer avec « nous » une relation d’appréciation mutuelle), vous informer qu’on ne se connaît pas et que du coup que vous « nous » trouviez cools ou pas nous est, en tout cas m’est à moi, totalement égal? Mais totalement, sérieux.
      PS: c’est qui ces « gens » auxquels vous vous adressez? Je l’ai pris pour moi à tout hasard, je sais pas si c’était légitime.

      @Lydie Marc: merci pour ce texte. J’ai trouvé que c’était très bien écrit pour ma part, j’espère que vous n’êtes pas trop sensibles aux agressions des trolls… d’après votre témoignage vous semblez être déjà plutôt endurcie!

    6. Je vous ai compris, vous semblez être une qui veut être X, certaines sont blanchies, vous, vous vous noircissez.

      Je vous ai compris, vous et moi, nous ne sommes pas innocent. nous vivons en France, nous vivons en occident. Nous sommes . Rien ne peut nous absoudre.

      Je vous ai compris, nous sommes des criminels. Mais d’une sophistication extrême. Nous n’avons pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne nous traînera devant les tribunaux. Notre crime nous le sous-traitons. Entre notre crime et nous, il y a la bombe. Nous sommes détenteurs du feu nucléaire. Notre bombe menace le monde des métèques et protège nos intérêts.

      Je vous ai compris, nous sommes des profiteurs . Le peuple , propriétaire de la France : prolétaire, fonctionnaires, classes moyennes. Petit actionnaire de la vaste entreprise de spoliation du monde.

      Vous avez compris, nous n’avons pas choisi d’être . Nous ne sommes pas vraiment coupable. Juste responsable.

      Bullshit, je rejette cette mauvaise conscience artificielle, je ne suis en conflit d’intérêt avec personne. Je n’ai pas vocation à être sauvé par un X (par XP par contre c’est une toute autre histoire mais je m’égare), je ne suis pas Jean Genet et me refuse à le devenir.
      Je ne vous hais pas et je ne vous aime pas non plus, foutez moi juste la paix (remarquez que moi aussi je suis capable de proposer un amour révolutionnaire)

      Conclusion, il va effectivement falloir sortir des catégories dans lesquelles on enferme l’autre pour changer les choses et ce n’est pas avec une condescendance généralisatrice et pseudo psychologique Lydie Marc, que les choses vont avancer.

      Et oui j’ai laissé les Blancs dans le texte et des X comme Malcolm l’a porté.

    7. « Blanc et noir ne sont pas des couleurs de peau mais des conditions sociales en lien avec la colonisation des peuples et la hiérarchisation des appartenances. Blanc signifie globalement « dont les appartenances découlent de la domination coloniale »

      Donc étant blanc de peau mais ayant des ancêtres « indigènes » vendéens qui se sont fait massacrer par les colonnes infernales de la 1ère République en 1793, ainsi que des ancêtres « indigènes » bretons dont la langue et les coutumes ont été éradiquées par l’école de la IIIe République (ces deux cas ressemblant fort à de la domination coloniale), ai-je le droit d’être considéré comme un « indigène non-blanc »?

      1. Non.

        Martin, quel stigmate portez-vous sur votre visage de cet héritage indigène? Des yeux bleus délavés par les embruns? Ce n’est pas suffisant pour que les autre vous voient comme indigène. Aucune de vos interaction sociale n’est marquée par cet héritage. Vous êtes toujours perçu comme vous trouvant du bon coté du fusil colonial.

        C’est ça, le privilège blanc.

    8. Ehhhhhh bien ça déchaîne les trolls ou les personnes qui ne lisent et interprètent que ce qu’elles veulent.
      Pour ma part je dis merci et bravo pour cette patience et pédagogie dont je suis bien moins prodigue…. et bon courage !

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