Comment rendre compte de la fureur raciste qui s’est emparée du pays après les attentats du 13 novembre 2015 ?

Comment expliquer – spécialement à celles et ceux qui continuent à nier l’existence même de l’islamophobie – que la fureur actuelle n’est que la spectaculaire intensification de politiques et pratiques antimusulmanes et sécuritaires préexistantes ?

Le relevé des agressions, mesures, propositions, et déclarations qui visent les musulman-e-s est vertigineux. Nous nous y essayons à travers ce petit lexique, qui nous montre que la France a bel et bien un incroyable talent.

L’islamophobie.

Et son déni.

Aubervilliers

Un instituteur de maternelle, qui avait affirmé avoir été victime d’une violente agression à l’arme blanche par un homme se revendiquant de l’Etat islamique (EI) au sein de l’école maternelle Jean Perrin d’Aubervilliers (93) avait en fait tout inventé. (Aubervilliers : l’instituteur reconnaît avoir inventé son agression)

Barbe

Depuis, les attentats, la chasse à la barbe a gagné tout le pays. Un exemple parmi beaucoup d’autres à l’aéroport d’Orly-Ouest, où huit agents de sécurité (tous musulmans) de l’entreprise Securitas à qui on avait demandé de raccourcir leur barbe (et qui avaient refusé de s’exécuter) ont été convoqués par la direction de l’entreprise et licenciés. (Attentats: virés de Securitas à Orly-Ouest en raison de barbes trop longues)

Camps

Une lectrice du site lundimatin a fait parvenir à la rédaction un document du Premier ministre adressé au Conseil d’État afin de recueillir l’avis de ce dernier sur la légalité de certains projets, notamment celui de créer des camps afin d’y retenir préventivement les « Fichés S ». (Des camps pour les Fichés S : Manuel Valls demande l’avis du Conseil d’État)

Déchéance

En dépit de ce qu’avaient laissé entendre certaines rumeurs et déclarations de ministres, l’extension de la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français reconnus coupables de faits de terrorisme figure bien dans le « projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation », présenté mercredi 23 décembre au conseil des ministres. Cette disposition avait été annoncée par François Hollande dans son discours de « guerre » prononcé devant le Congrès réuni à Versailles, le 16 novembre. (Réforme constitutionnelle : Hollande maintient l’extension de la déchéance de nationalité)

Etat d’urgence

Moins d’une semaine après les attentats, l’Etat d’urgence est prorogé de trois mois à l’Assemblée à la quasi unanimité des députés. Comme en janvier, c’est l’union sacrée totalitaire qui est de mise. (Attentats : l’état d’urgence prorogé par l’Assemblée à la quasi-unanimité)

Feleaks

Le projet policier de « réforme de l’Islam », façon Félix Marquardt.
Tweet Félix Marquardt

« Gangrène islamique »

Honte (Absence de)

Après 3000 perquisitions, des mosquées saccagées, des centaines d’assignations à résidence, des condamnations à de la prison ferme pour « apologie de terrorisme », Manuel Valls se permet cette sortie. (Manuel Valls : il y a nécessité de « protéger » les musulmans)

Islamophobie (ordinaire)

Une jeune musulmane qui porte un hijab a été violemment agressée au cutter à la sortie d’une bouche de métro dans le centre de Marseille, par un homme lui reprochant d’être une « terroriste ». (Islamophobie : une jeune femme voilée agressée à Marseille)

Justice (expéditive)

Un habitant de Savigny-le-Temple, franco-algérien de 28 ans, est arrêté pour conduite sans permis le 18 novembre 2015. Lors de son placement en garde à vue, les policiers affirment qu’il aurait tenu des propos explicites sur la Syrie, version que l’intéressé, sa famille et ses proches contestent absolument. Jugé le lendemain en comparution immédiate sur la base des seules déclarations des policiers, il est condamné pour « apologie du terrorisme » par le tribunal correctionnel de Melun à un an de prison ferme avec mandat de dépôt. (Savigny-le-Temple : un an de prison ferme pour apologie du terrorisme)

Krach

Quand le réalisateur de La Haine « met en garde » la communauté, quelques minutes seulement après les attentats.

Kassovitz (2) Lutteur

Depuis le 26 novembre 2015, Saïd Ahmed Itaev, franco-tchétchène de 33 ans et père de cinq enfants, est comme beaucoup d’autres musulmans dans son cas assigné à résidence pour une durée indéterminée et doit pointer trois fois par jour au commissariat (9 heures, 14 heures et 19 heures). Cette mesure empêche ce lutteur professionnel de disputer la finale des championnats de France par équipes avec son club de Sarreguemines, en Moselle. (Lutteur de l’équipe de France et assigné à résidence)

Médecins

Le Conseil national de l’ordre des médecins a publié début décembre une note qui autorise les praticiens à à s’affranchir du secret médical pour signaler aux autorités certains patients radicalisés. (Radicalisation: les médecins pourront briser le secret médical « au cas par cas »)

Noël

Le jeudi 17 décembre 2015, des mères musulmanes portant le hijab qui accompagnaient leurs enfants en sortie, se sont vues refuser par le proviseur l’accès du lycée Jacques Brel à Vénissieux où se déroulait un spectacle de marionnettes pour enfants. (Interdites de rentrer, les mamans voilées restent 1h30 dans le froid devant le lycée)

OQTF (Obligation de quitter le territoire français)

Blessé par un tir du Raid lors de l’assaut mené mercredi 18 novembre 2015 à Saint-Denis (93), Ahmed, égyptien sans-papiers de 63 ans et locataire d’un appartement de 10 m2, a vécu un véritable cauchemar. Après un interrogatoire particulièrement musclé de la police, il est transféré à l’hôpital où les autorités lui notifient une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Une mesure d’une indécence incroyable qui a finalement été levée par les autorités. (Blessé par balle lors de l’assaut de Saint-Denis, Ahmed l’Egyptien peut rester en France)

Perquisitions

Ce que tout-e musulman-e (sauf Hassan Chalghoumi) ressent pendant l’état d’urgence.

Je suis perquisitionnableQibla

Des Corans annotés, des tapis et des horaires de prières retrouvés lors d’une perquisition administrative menée à l’aéroport de Roissy, sont jugés « suspects » par les autorités et une certaine presse. (Roissy: « éléments de prosélytisme » trouvés chez une filiale d’Air France)

Responsabilité (collective)

JuppéSaint-Denis

La ville de Saint-Denis (93) aura bénéficié d’une couverture médiatique où les pires clichés sur les « banlieues de l’Islam » seront véhiculés. L’hebdomadaire Marianne s’en est donné à cœur joie. (« Saint-Denis : ma ville à l’heure islamiste »)

Terrasse (#TousEnTerrasse)

Pour le philosophe Vincent Cespedes, « c’est une forme de résistance nouvelle que d’aller dans les cafés. Ce n’est pas résister comme lorsqu’on prend les armes ou le maquis, c’est une néo-résistance, adaptée à un nouveau terrorisme. Elle s’exprime par des actions concrètes, quotidiennes, c’est cela le premier front ». (Tous en terrasse ! Les Français inventent « une nouvelle résistance »)

Tous en terrasseUlcère

EstrosiVote

Ne pas voter = voter FN.
Ne pas voter FN = voter « Daech ».
Ne pas voter = voter « Daech ».

Camba MLPWagon

Une barbe, le teint un peu bronzé, le visionnage d’un film d’action sur son ordinateur dans un wagon du TGV Marseille Rennes… Voilà ce qui a valu à Mickaël d’être dénoncé par des passagers, puis interpellé à l’arrivée du train. Il a passé 4h au commissariat, avant d’être relâché. (TGV évacué à Massy : « Ils m’ont pris pour un terroriste »)

Xénophobie (journalistique ordinaire)

Xénophobie

Yé-yé

L’ex idole des jeunes, Johnny Hallyday, a déclaré qu’il aurait surement pris les armes pour aller combattre s’il n’avait été chanteur de variétés. Nul doute que les autorités auraient préféré qu’il témoigne d’autant d’entrain patriotique pour payer ses impôts. (Johnny Hallyday: « Si je n’étais pas chanteur, je prendrais une arme et j’irais combattre »)

Zonzon

« Vous avez crié trois fois ‘Allah akbar’. Ces faits sont constitutifs d’apologie du terrorisme », a déclaré la présidente du tribunal correctionnel au jeune habitant des quartiers nord de Marseille, jugé en comparution immédiate et condamné à un an de prison ferme pour avoir crié « Allah akbar » et mimé un égorgement devant le commissariat de Noailles, au centre-ville de Marseille. (Un an de prison ferme pour avoir crié « Allah akbar » devant un commissariat et mimé un égorgement)

Notes

Article mis-à-jour le 23 déc. 2015 à 19h en raison de la volte-face de l’exécutif sur la déchéance de la nationalité.