Après une première partie où je me suis présenté, puis suis revenu sur le parcours de Malcolm X et sur les éléments principaux de sa pensée politique, je tenterai dans cette deuxième partie d’analyser l’appropriation politique de Malcolm X sous le prisme de Sadri Khiari, et plus largement sous celui du Parti des Indigènes de la République, afin de définir un pouvoir politique « indigène », autonome, et interclasse, en France (plus précisément, en France « hexagonale », métropolitaine, ou continentale européenne incluant également la Corse).

Le présent article se découpe comme suit :

  • A titre préalable, une brève présentation de l’auteur, et plus exactement du parti auquel il appartient (PIR), étant précisé qu’en tant qu’ « indigène » en France, je me sens évidemment concerné par l’idéologie politique du PIR, qui a vocation à me « représenter » politiquement,
  • Mes aspirations, en tant qu’ « indigène », autour du débat sur Malcolm X en France,
  • Les raisons de s’approprier Malcolm X en France du fait des similarités entre les luttes politiques afro-américaines et les luttes « indigènes » françaises.
  • L’analyse proprement dite et mes critiques du livre de Sadri Khiari.

Le PIR : parti politique des « indigènes » en France

Comme évoqué dans la première partie, cette présentation ne se veut ni experte, ni même exhaustive, dés lors que je n’appartiens pas à ce parti et que je n’en ai qu’une connaissance « populaire », externe, essentiellement basée sur la lecture des livres rédigés par ses membres fondateurs[1], la visite de leur site internet, le visionnage de certaines de leurs apparitions médiatiques, et une unique participation à titre individuel à une de leurs manifestations (en 2011, à Paris, pour une marche de commémoration du massacre du 17 octobre 1961).

Présentation certes essentiellement livresque donc, mais qui peut avoir une certaine pertinence dés lors que, selon les termes d’un article publié sur le site du PIR :

« S’intéresser à une organisation politique suppose préalablement de saisir la pensée qu’elle forge et qu’elle met en œuvre, et cela à partir de ses catégories et de ses énoncés. Ce pré-requis s’impose davantage concernant le MIR/PIR, car l’élaboration et la systématisation d’une pensée politique constituent l’enjeu majeur, voire prioritaire, de cette organisation. L’importance numérique des textes témoigne du fait que son activité principale consiste justement à produire une pensée politique qui se déploie dans l’ensemble de ses écrits. […] L’écriture de ces textes est pensée par l’organisation comme un enjeu à lui tout seul. Les textes théoriques constituent en effet le lieu d’élaboration des réflexions et des stratégies politiques » (Samia Moucharik, « Note de lecture des livres : Pour une politique de la racaille : immigré-e-s, indigènes et jeunes de banlieues ; La contre-révolution coloniale en France : de de Gaulle à Sarkozy ; Nous sommes les indigènes de la République »).

Né d’un « appel » lancé en janvier 2005, le PIR était initialement un mouvement pour finalement devenir un parti politique en 2010, à la suite du « Congrès Malcolm X ». Pour l’essentiel, et de mon point de vue, trois éléments importants sont ainsi à retenir de l’action du PIR, éléments qui m’amèneront à préciser mes attentes et aspirations politiques, autour du débat lancé par S. Khiari sur Malcolm X.

Un pouvoir politique autonome « indigène » pour la mise en place d’un gouvernement décolonial. La simple consultation de leur programme[ii] révèle que le PIR vise à la construction, en France continentale européenne, d’un pouvoir politique autonome « indigène », toutes classes sociales confondues, pour permettre à plus long terme l’émergence d’une majorité politique dite décoloniale au sein des institutions politiques françaises. Un tel gouvernement a vocation à :

  • Mettre fin au racisme contre l’ensemble des « indigènes » et aux inégalités structurelles socio-économiques à l’encontre des populations issues des « banlieues » en France continentale,
  • Œuvrer, dans une stratégie d’alliance avec les partis situés aux DOM-TOM, pour la fin des rapports néocoloniaux, ou du moins inégalitaires, entre la France et ces derniers. La question des DOM-TOM est ainsi pensée, à juste titre, en termes d’alliances, le PIR n’ayant pas vocation à créer des antennes sur ces territoires,
  • Œuvrer, plus largement, toujours dans une stratégie d’alliance, contre l’impérialisme occidental et en faveur de la libération politique et économique des Etats du Tiers Monde.

Dans l’esprit, la filiation du PIR avec la pensée politique de Malcom X parait ainsi évidente. Les deux ont en commun, du seul point de vue idéologique, le refus de l’intégration, la sensibilité au contexte politique international, et l’opposition au champ politique blanc, bien que le livre de S. Khiari sur Malcolm X, ainsi que des prises de position récentes de Houria Bouteldja (« Clément Méric : mon dilemme ») semblent révéler, dans une certaine mesure, un changement d’orientation du PIR sur la question politique blanche.

La construction d’une idéologie politique. Dans son ouvrage-programme, Pour une politique de la racaille, Sadri Khiari insiste en effet sur le fait que les Indigènes de la République soit un mouvement intellectuel, inscrit dans une réflexion politique à long terme, dépassant les actions politiques plus immédiates à court terme, menées jusque-là, selon lui, par les organisations associatives de l’immigration et des banlieues.

L’idéologie du PIR consiste ainsi dans un non-alignement sur les idéologies et programmes politiques de l’ensemble des partis politiques blancs en France (de l’extrême droite à l’extrême gauche), en dénonçant le racisme qui les traverse tous.

Toutefois, des liens politiques et idéologiques forts entre le PIR et l’extrême-gauche française ont toujours existé. L’immense majorité des signataires de l’Appel des Indigènes est ainsi directement issue des rangs de l’extrême gauche, Sadri Khiari lui-même ayant signé l’Appel en qualité de « membre du comité de rédaction de la revue Contretemps » (revue théorique du NPA, créée en 2001 par Daniel Bensaïd).

De fait, l’idéologie du PIR, au sens socio-économique du terme, serait d’inspiration marxiste : elle semble tendre plus précisément à un socialisme décolonial et non eurocentré.

Par suite, et concrètement, ce travail de construction idéologique du MIR/PIR semble s’être fait pour l’essentiel via :

  • Des participations de la porte-parole du PIR, Houria Bouteldja, à des débats télévisuels,
  • Les productions livresques théoriques de Sadri Khiari,
  • La création de slogans (« Va t’faire intégrer », « Non à l’intégration par le jambon », « Ni pote, ni soumis », etc.), ou d’expressions (comme celle de « souchien »),
  • La participation de membres du PIR à des colloques et conférences universitaires en Europe : participations au réseau universitaire décolonial européen, et aux congrès internationaux du féminisme islamique à l’université de Grenade, en Espagne,
  • La mise en place d’une véritable bibliothèque « indigène » via le site internet du PIR,
  • Des manifestations politiques du PIR, de type « mémoriel», dont notamment les marches du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961, et celles célébrant la victoire militaire anticoloniale de l’ex-Indochine sur la France à Dien Bien Phu, en 1954.

A mon sens, il convient objectivement de saluer le travail accompli par le PIR dans ce domaine, travail indispensable à toute action politique à long terme, dés lors qu’il est censé permettre a minima de faire connaître massivement une idéologie, et par suite d’aboutir à un rassemblement « indigène » autour de réflexions communes.

Ce travail de construction idéologique et médiatique a d’ailleurs été mené par Malcolm X lui-même, dés l’époque de la Nation of Islam (NOI), via le documentaire paru sur la NOI en 1959 « The Hate That Hate Produces » à la demande de Malcolm, et les nombreuses émissions télévisées et conférences universitaires à Harvard, Oxford, etc. auxquelles Malcolm a participé au temps de l’Organisation de l’unité afro-américaine (OUAA), (voir, au bas de cet article, la vidéo des discours de Malcolm X, en version originale non sous-titrée).

Mais bien que nécessaire, ce travail de construction idéologique et médiatique ne saurait évidemment se suffire à lui seul, comme le reconnait le PIR lui-même[3], et appelle la mise en place concrète d’un programme et d’alliances politiques « indigènes », a fortiori au regard des attentes politiques énormes des « indigènes » en France.

La convergence des organisations et populations « indigènes » pour une action politique concrète. Il s’agit là, à mon sens, de la question centrale au cœur du débat politique « indigène » actuel, question qui plus est particulièrement complexe.

S’il est d’ailleurs un enseignement fondamental de la mort de Malcolm X, c’est évidemment le fait que cette question soit restée irrésolue. Dans Malcolm X: A Life of Reinvention, Manning Marable met en évidence la scission entre les membres de la Muslim Mosquee Inc. et ceux de l’OUAA, du fait notamment d’une divergence de stratégies : les membres de la MMI, ex-membres de la Nation of Islam, étaient plutôt préoccupés par les problèmes immédiats des ghettos noirs, et ceux de l’OUAA d’avantage axés sur des actions médiatiques et idéologiques de principe. L’assassinat de Malcolm X a en outre entrainé la fin de son projet politique, ce projet ayant abouti pour l’essentiel à la conclusion de la nécessité de principe d’un pouvoir noir interclasse, sans pour autant en définir précisément l’organisation, le programme et les actions concrètes.

C’est pourquoi, les critiques émises jusque là à l’encontre du PIR semblent avoir porté précisément sur la prédominance de ses prises de position idéologiques et médiatiques, au détriment de réflexions menées sur le terrain de la convergence politique entre tous les « indigènes ».

Pour des critiques positives et pertinentes, je recommande celle de l’article d’Abdellali Hajjat, « Révoltes des quartiers populaires, crise du militantisme et postcolonialisme », paru dans l’ouvrage qu’il a coordonné avec Ahmed Boubeker, Histoire politique des immigrations (post)coloniales en France, 1920-2008, et celle du livre d’Alessi Dell’Umbria, La rage et la révolte.

A l’inverse, pour une critique particulièrement négative, et révélatrice selon moi de présupposés idéologiques racistes, il convient de se référer à celle contenue dans l’article paru dans le n°120 de la revue Hérodote, « Sur la question postcoloniale ». L’auteur y insiste sur l’absence d’ancrage du PIR dans les « banlieues » françaises, et qualifie sociologiquement et péjorativement les membres du PIR de « déclassés » coupés des « banlieues », c’est-à-dire pourvus de diplômes universitaires, mais astreints à des emplois sans rapport avec leur qualification. La formule de « déclassés » me choque personnellement : elle semble en effet induire implicitement que les « indigènes » des « banlieues » n’auraient pas eux-mêmes par principe de bagage universitaire, et surtout que ceux, non dotés d’un tel bagage, seraient de toute façon correctement « classés » et mériteraient une situation de précarité économique.

De mon point de vue profane, sur le terrain de la convergence politique « indigène » en vue d’une action politique concrète, les actions du PIR semblent avoir surtout consisté dans ses participations, avec d’autres organisations, aux « Rencontres des luttes de l’immigration », et au « Forum Social des Quartiers Populaires », participations dont les fruits politiques n’ont à ce jour (sauf erreur de ma part) pas encore été portés à la connaissance du public « indigène », en dehors des cercles militants.

Mes aspirations politiques autour du débat sur Malcolm X

L’ensemble de ces éléments m’amène aujourd’hui à préciser mes attentes au regard du débat politique lancé par Sadri Khiari sur la réappropriation de Malcolm X en France.

L’intérêt d’un tel débat doit être, à mon sens et au-delà de l’idéologie, de le centrer sur les modalités d’alliance entre toutes les forces politiques et organisations politiques de l’immigration et des banlieues, autour d’un programme et d’actions politiques concrets : c’est-à-dire sur la création d’un pouvoir politique positif « intra-indigène » réel, non limité à un discours idéologique et défensif de lutte contre les partis politiques blancs.

Il ne s’agit là ni de se montrer injuste vis-à-vis de l’action politique du PIR, ni d’être naïf ou prétentieux au point de croire qu’une question aussi importante puisse être résolue rapidement et facilement. Simplement, sa complexité dépasse le cadre unique d’une organisation et nécessite un débat large de toutes les organisations et personnes « indigènes » en France. Le PIR reconnaît d’ailleurs lui-même la complexité et l’importance primordiale de ce problème, qu’il n’a pas la prétention de parvenir à résoudre seul :

« On s’est dit que dans la mesure où cela n’était pas possible de faire un large regroupement en tant que parti politique sur une base minimale, il valait mieux créer un instrument qui travaille à la construction future d’une force politique qui soit bien plus large ; un instrument qui non seulement expose et teste dans la pratique ce que signifie construire un parti politique, mais également qui déblaye le terrain programmatique et stratégique, entame un début d’élaboration qui n’existait pas auparavant au sein de l’immigration et qui puisse servir de base pour plus tard, pour nous-mêmes aux côtés d’autres, ou peut-être pour une génération future » (Entretien n°5, Nous sommes les indigènes de la République, Amsterdam, 2012).

A titre purement personnel et individuel, je suis donc intimement convaincu que les débats politiques « indigènes » ne peuvent se limiter uniquement à une position idéologique de principe. Les questions primordiales de méthode d’organisation et de traduction concrète des idéologies « indigènes », plus complexes et très attendues de tous, doivent être discutées, et ce pour éviter notamment le grand travers messianique des luttes politiques afro-américaines et anticoloniales du Tiers Monde du siècle dernier (c’est-à-dire, l’effondrement total d’un mouvement politique suite à la disparition de son ou de ses leaders), et surtout pour permettre une réelle lucidité et une honnêteté morale du débat politique actuel, de façon à prévenir ainsi les désillusions. Si l’idéologie est primordiale et indispensable, il est clair que ses seules invocations de principe ne suffiront pas à permettre directement, de façon messianique et prophétique, une fin effective du racisme et une libération des « banlieues » en France.

Pourquoi Malcolm X en France ? Au-delà de Malcolm, les similarités entre les luttes politiques afro-américaines et celles de l’immigration en France

Dès l’introduction de son ouvrage sur Malcolm X, Sadri Khiari insiste sur le fait que :

« L’expérience du mouvement noir américain et, plus particulièrement, les leçons et les questionnements qu’en a tirés Malcolm, peuvent être d’un grand intérêt pour nos propres combats en France. Bien plus que l’expérience des luttes anticoloniales dans les anciennes colonies. Avec les Noirs américains, nous avons en partage une histoire et un présent, une histoire qui est toujours notre présent. Celle d’un transfert forcé dans les métropoles impériales déterminé par la colonisation de nos pays d’origine et celle d’un enracinement, sous le statut de races inférieures, dans ces mêmes métropoles ».

En effet, même du point de vue non-militant qui est le mien, des analogies évidentes sautent aux yeux entre les luttes politiques afro-américaines et celles des mouvements de l’immigration en France :

La marche de Washington « For Jobs and Freedom » du 28 août 1963 fait incontestablement penser à la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » de 1983. Outre le fait que les critiques politiques émises à leur encontre aient été analogues[4], dans les deux cas les résultats politiques ont été identiques : maintien du statu quo et des inégalités envers les masses afro-américaines et « indigènes » ; bénéfice de type intégrationniste et carriériste au profit d’ « élites » minoritaires afro-américaines et « indigènes », et/ou de partis politiques de gauche ; domination du symbole et d’un discours moral et totalement apolitique sur le racisme (du célèbre discours « I have a Dream » de Martin Luther King au badge plus modeste « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme, la logique du discours reste en effet la même). Martin Luther King lui-même a d’ailleurs émis des critiques sur cette marche de Washington, dans le dernier ouvrage de ses discours, paru l’année de sa mort en 1968[5].

Les espoirs déçus suscités par ces marches semblent avoir engendré, dans les deux cas et dans l’immédiat, des resserrements des luttes politiques sur les préoccupations des masses les plus défavorisées. Du célèbre Black Panther Party for Self-Defense[6], centré sur une action révolutionnaire anticoloniale partant des populations des ghettos afro-américains, et sur les préoccupations immédiates de celles-ci (telles que la lutte contre les violences policières via la mise en place de milices d’auto- défense armées, l’organisation de petits-déjeuners journaliers pour les enfants, etc.), sans exclure de potentielles alliances avec des « révolutionnaires » blancs, au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), fondé en France en 1995, dénonçant la gestion coloniale des banlieues, et œuvrant politiquement pour la défense des populations « non blanches » et blanches des « banlieues » (via, entre autres, des actions de groupes de défense judiciaire contre les crimes policiers), une logique similaire semble pouvoir être établie[7].

La conclusion politique à plus long terme de l’histoire de ces deux luttes semble être la même : la création d’un « Black Power » autonome, toutes classes sociales confondues aux USA[8], et celle d’un pouvoir politique « indigène » autonome, toutes classes sociales confondues, en France[9].

Deux autres éléments similaires, tenant aux contextes et aux limites des luttes afro-américaines aux Etats-Unis, et de l’immigration et des banlieues en France, sont également à signaler :

Les Etats-Unis, comme la France, continuent de posséder actuellement, en dehors de leur territoire continental, des néo-colonies[x] aux statuts politiques à vocation égalitaire et calqués sur celui des Etats fédérés continentaux américains, et des collectivités territoriales continentales françaises. Aux Etats-Unis, il s’agit notamment de Porto-Rico (située dans les Caraïbes, cette ile a un statut d’ « Etat libre associé » aux USA) et de Hawaï (archipel au statut d’Etat fédéré états-unien). Pour la France, il s’agit évidemment des DOM-TOM[11] : Antilles – Guyane, Réunion, Polynésie française, pour partie les Comores, et Nouvelle-Calédonie (dans ce dernier cas, sous réserve des résultats du référendum d’auto-détermination pour l’indépendance, qui doit avoir lieu entre 2014 et 2018). En l’état, il ne semble jamais avoir existé de jonction directe et permanente entre les luttes politiques afro-américaines et celles propres aux Etats fédérés ou associés, ni entre les luttes de l’immigration et des banlieues en France et celles propres aux DOM-TOM[12].

Les luttes politiques des « colonisés de l’intérieur » semblent avoir été majoritairement médiatisées et portées sur les Afro-Américains aux USA et sur les populations magrébines arabo-berbères, voire plus largement musulmanes en France. Bien que les questions et luttes politiques des « Native-American » ou Amérindiens aux USA depuis les années 1970[13], et des Noir-e-s en France, a minima depuis la marche pour la mémoire de l’esclavage de 1998, ont été également tout aussi fortes et pertinentes, le fait est qu’en l’état, aux USA comme en France, aucune convergence ou coalition politique d’ensemble n’a encore jamais pu exister réellement entre la totalité des populations « non-blanches » présentes sur leurs territoires continentaux (entre notamment les « Latino-American », « Native-American », Sino et Nippo-Américains, Afro-Américains… aux USA ; et identiquement entre Magrébins, populations issues des « DOM-TOM », Asiatiques du sud-est et de l’ancienne Indochine française, Roms, Noirs d’Afrique et de ses diasporas… en France).

Relevée par Sadri Khiari dans son livre sur Malcolm, la seule véritable spécificité de la lutte afro-américaine, comparativement au contexte « indigène » français, réside dans le projet porté par la Nation of Islam : la mise en place d’un véritable Etat noir séparé et indépendant sur le territoire même des Etats-Unis. Ce projet appelle pour l’essentiel trois observations :

  1. Cette idéologie ne présente une certaine pertinence qu’au regard de l’immensité territoriale et du régime politique des USA (cet Etat étant subdivisé en différents Etats fédérés, avec chacun leur propre système judiciaire et pouvoir politique, et donc une autonomie de compétences allant bien au-delà de celle des collectivités territoriales en France, pays centralisé à outrance et dont les dimensions géographiques sont modestes, eu égard à sa seule partie continentale européenne).
  2. Le véritable père fondateur de cette idéologie séparatiste semble en avoir été historiquement le Parti communiste russe du début du XXe siècle[14].
  3. Nombre d’Afro-Américains, à l’exception des membres de la NOI, semblent avoir nourri un grand scepticisme sur un tel projet[15], et ce avec une certaine raison. Celui-ci est toujours resté à l’état d’invocation mystique et prophétique de la part de la NOI, et n’a conduit concrètement et politiquement qu’à la catastrophe de pseudos négociations avec le Parti nazi américain, groupuscule abritant les anciens esclavagistes sudistes purs et durs, coiffant le Ku Klux Klan auteur du meurtre du père de Malcolm, et au demeurant dénué de tout pouvoir au sein des institutions américaines, et encore moins de celui d’engager politiquement les USA sur une telle question. Et même à admettre la réalisation d’un tel projet, la majorité des intellectuels afro-américains ne semble y avoir vu là qu’une sorte de ghetto ou d’apartheid magnifié, ou plus simplement qu’un avenir de « réserve indienne » néocoloniale, encerclée par des Etats fédérés hostiles, sans accès à la mer, et par suite dénuée de toute possibilité d’entretenir des relations diplomatiques ou économiques viables avec le reste du monde.

Malcolm X sous le prisme de Sadri Khiari et du PIR

L’appropriation de Malcolm X pour penser une stratégie politique « indigène » française. Sadri Khiari ne prétend pas à une biographie experte de la vie et de la pensée politique de Malcolm X. Son propos est ici, à juste titre, d’entamer une réflexion politique stratégique « indigène », à partir de l’œuvre de Malcolm. Le livre fait ainsi directement suite à un de ses précédents articles, « Nous avons besoin d’une stratégie décoloniale », paru dans l’ouvrage collectif Race et capitalisme.

L’ouvrage de Sadri Khiari est court et épuré (8 chapitres pour 123 pages). Il aborde de façon synthétique les points essentiels de la pensée de Malcolm : le refus de l’intégration, l’opposition au pouvoir politique blanc, l’internationalisme, l’islam et l’objectif d’un pouvoir politique noir autonome et interclasse.

Il s’agit, objectivement, d’une bonne introduction politique « indigène » à la pensée de Malcolm en France. Pour autant, la lecture de ce livre a suscité chez moi une certaine frustration, dés lors que j’aurais aimé que les conclusions de l’auteur quant à la réappropriation de Malcolm X en France, soient plus développées. De ce point de vue, cependant, l’auteur s’en tient à une conclusion sommaire de deux pages en fin d’ouvrage, se limitant ainsi à ouvrir le débat, ce qui est soit n’est pas critiquable.

Ce qui me semble l’être, en revanche, ce sont les conclusions de Sadri Khiari sur deux points précis. En premier lieu, l’internationalisme de Malcolm l’aurait conduit à trop négliger le champ d’action politique local. De même, Malcolm aurait eu une conception trop monolithique et caricaturale du champ politique blanc états-unien, et aurait négligé les divisions en son sein et la nécessité de conclure des alliances avec certaines de ses composantes.

Je répondrai point par point à ces conclusions, en reprenant toutefois l’ordre de priorité stratégique tel que fixé par Malcolm lui-même.

Les alliances politiques « indigènes », ou la nécessité de coordonner des actions politiques locales à court terme avec une réflexion politique « indigène » à long terme. Cette conclusion de Sadri Khiari marque assurément une évolution pertinente et attendue dans la stratégie politique du PIR.

Je serai simplement plus nuancé sur la « négligence » entretenue par Malcolm X sur ces problématiques en rappelant que :

  • La volonté de mener une action politique concrète en faveur des Afro-Américains a précisément motivé le départ de Malcolm X de la Nation of Islam,
  • Une des priorités de Malcolm X était de mettre en place concrètement une alliance entre l’OUAA et l’ensemble des organisations politiques afro-américaines. En ce sens, et pour rappel, Malcolm avait notamment envisagé la mise en place de milices d’auto-défense en faveur du mouvement des droits civiques dans les Etats du sud des USA. Surtout, et comme évoqué ci-dessus, cette priorité semble en réalité avoir préoccupé Malcolm dés la fin de sa période politique au sein de la NOI en 1963. Selon Manning Marable (citant un des trois chapitres supprimés de l’autobiographie de Malcolm par Alex Haley), Malcolm semblait envisager que « la NOI puisse participer aux luttes antiracistes et développer différents types de campagnes : économique, sur le logement, sur la santé publique, etc., avec la NAACP, avec l’Urban League, avec le Congress of Racial Equality (CORE), le Student Non-Violent Coordinating Committee (SNCC). Ainsi, il compte pousser cette organisation semi-islamique, de nature religieuse, vers la société civile noire, et ce de façon agressive. Il veut ouvrir la NOI[16] ».
  • Les menaces de mort à l’encontre de sa personne par la NOI ont motivé en partie la recherche par Malcolm de nouveaux champs d’action au niveau international, et son action diplomatique panafricaine entre 1963 et 1965.

Par suite, et s’agissant du contexte français, il est à espérer à court terme que le PIR, ou toute autre organisation de défense des « indigènes », prenne l’initiative de faire connaître au grand public « indigène » les fruits politiques des « Rencontres des luttes de l’immigration » et des « Forums Sociaux des Quartiers Populaires ».

Trop d’internationalisme ne tue pas forcément l’internationalisme : le panafricanisme concret de Malcolm et la nécessité de construire des alliances politiques « non-blanches » à l’échelle européenne. L’unique conclusion que tire Sadri Khiari de son analyse de l’action politique internationale de Malcolm, est que celle-ci, bien qu’ouvrant un champ d’action inédit, l’aurait conduit à trop négliger le champ d’action politique local. Pareille analyse politique m’apparaît insuffisante pour plusieurs motifs.

Sans revenir sur les raisons objectives qui ont conduit Malcolm à quitter le territoire des USA après son départ de la NOI (raisons de sécurité personnelle du fait des menaces de mort et des tentatives d’agression sur lui et sa famille commises par des membres de la NOI), il convient à mon sens de souligner que la sensibilité politique internationale de Malcolm l’avait conduit concrètement à un panafricanisme diplomatique avec les Etats africains décolonisés de son époque, en vue de négocier leur vote à l’ONU en faveur d’une plainte qui serait déposée par l’OUAA pour dénonciation du génocide des USA contre le peuple afro-américain (génocide tant à raison de la traite transatlantique que de la ségrégation officielle existante à l’époque de Malcolm). Cela, afin d’obtenir des sanctions économiques internationales contre le gouvernement des USA et de le forcer à faire droit aux programmes politiques définis par les partis afro-américains. Ce type de panafricanisme, visant pour partie la condamnation des Etats occidentaux à une réparation financière envers la diaspora noire mondiale à raison de la traite transatlantique, continue d’ailleurs de faire débat aujourd’hui aux Etats-Unis comme en France[17].

En outre, il est manifeste que l’ordre de priorité stratégique de l’action politique de Malcolm était le suivant : 1) union politique de l’ensemble des partis afro-américains sur le territoire des USA ; 2) alliances politiques internationales une fois ce pouvoir constitué (ces deux niveaux d’action devant permettre la constitution d’un réel nationalisme ou pouvoir noir) ; 3) alliance avec l’extrême gauche blanche dans un contexte politique de rapport de forces favorable au pouvoir noir.

Surtout, Sadri Khiari fait totalement l’impasse sur cette question dans le cadre actuel des luttes politiques françaises « indigènes ».

Certes, dans le contexte mondial actuel, la majorité des gouvernements des Etats du Tiers Monde sont des gouvernements néocoloniaux, et l’alliance politique directe avec les peuples du Tiers Monde est ainsi rendue objectivement plus complexe qu’à l’époque de Malcolm, marquée par l’émergence et l’indépendance du Tiers Monde afro-asiatique et des gouvernements émergents, suscitant alors de grandes espérances au sein de leurs populations.

Pour autant, au-delà la question du Tiers Monde actuel, qu’il convient évidemment de questionner rigoureusement, il est aujourd’hui manifeste qu’un autre niveau d’alliances au niveau international, ne semble pas encore avoir été véritablement pensé ni réfléchi par les forces politiques « indigènes » françaises : celui de l’alliance avec les autres forces politiques issues de l’immigration dans les Etats membres de l’Union européenne (les colloques universitaires européens auxquels le PIR a participé ne semblent jamais avoir porté précisément et directement sur une telle problématique).

Or, la question de telles alliances se pose en effet pour des raisons évidentes que je citerai ici brièvement :

  • La France fait partie de l’Union européenne,
  • Les législations et institutions européennes régissent de nombreux domaines politiques en France (les législations sur le séjour des étrangers en France et la circulation des populations roms, sont par exemple directement régies par les directives européennes),
  • De nombreux Etats européens ont un passé colonial et ont sur leur territoire des populations « indigénisées » comme en France (populations maghrébines, notamment en Espagne et en Italie, Indo-pakistanaises et Caribéennes en Angleterre, Congolaises en Belgique, Surinamiennes et Indonésiennes aux Pays-Bas, etc.),
  • D’autres Etats membres de l’Union européenne n’ont en revanche pas de passif colonial et ont eu historiquement des liens culturels puissants et forts avec le monde arabe (notamment Malte, dont la langue est un arabe dialectal assez proche du tunisien, avec un alphabet latin).

Des alliances politiques « indigènes » dans un tel cadre sont envisageables et nécessitent donc assurément d’être pensées a minima dans un cadre théorique, et ce prioritairement par rapport à la question politique blanche, si l’on entend s’inspirer de la stratégie mise en place par Malcolm X.

Sur la question de l’alliance avec des personnes blanches (individuellement) ou, à long terme, avec des partis politiques d’extrême gauche. Bien que procédant à une analyse politique assez juste de Malcolm sur ce point, Sadri Khiari en conclut à la nécessité en France pour un « pouvoir indigène », de créer des divisions politiques au sein des partis politiques blancs, pour s’allier avec certains d’entre eux.

Houria Bouteldja a en outre fait récemment état de son « dilemme » moral quant à la nécessité de participer à une manifestation politique de recueil autour de la mémoire de Clément Méric, nonobstant le risque de récupération politique de sa participation par des partis politiques blancs. Il ne me semble pourtant pas y avoir de risque de reniement ou de récupération politique pour aucun « indigène » en France qui participerait individuellement, à titre moral et éthique, à une manifestation de commémoration en faveur de Clément Méric, sans pour autant prétendre engager ainsi par sa seule personne une organisation politique « indigène ».

Pour être honnête, je ne sais pas trop comment interpréter de telles conclusions, eu égard notamment à la pertinence des nombreuses critiques politiques émises patiemment et rigoureusement par le PIR depuis 8 ans à l’encontre des idéologies politiques euro-centristes et racistes inhérentes à l’ensemble de la classe politique blanche.

Il convient simplement d’observer que le champ politique « indigène » en France est encore divisé et en chantier.

Dans de telles conditions, penser directement entretenir à court/moyen terme des alliances floues et indéfinies avec des partis blancs solidement ancrés, et se penser suffisamment solide politiquement pour diviser le champ politique blanc, me semble un peu illusoire. Il me semble au contraire qu’il y a là un risque évident de récupération et de perte d’autonomie politique pour toute organisation « indigène » qui se risquerait à une telle stratégie.

En revanche, la coopération avec toute personne individuelle blanche sincèrement désireuse d’œuvrer pour la cause politique des « indigènes » (jouant dans ce cadre un rôle tout à fait respectable et essentiel de « porteur de valises »), et une alliance éventuelle avec les populations blanches des banlieues présentent à mon sens bien plus de pertinence.

En tout état de cause, la construction d’un réel pouvoir politique « indigène » national, au sens positif du terme, avec des alliances avec des organisations « indigènes » en France, des forces politiques des « DOM-TOM » et d’autres organisations « indigènes » des Etats membres de l’Union européenne, devrait primer par rapport aux alliances avec l’extrême gauche hexagonale.

Conclusion de la deuxième partie

Dans la troisième et dernière partie de l’article, je tenterai de contribuer positivement au débat politique judicieux initié par Sadri Khiari, en faisant à mon tour des propositions qui me tiennent à cœur pour penser concrètement, sur la base de l’héritage politique laissé par Malcolm X, des modalités d’organisation et un programme politique « indigène » en France.

indigène x.

Dans cette vidéo, malheureusement en version originale non sous-titrée, on retrouve la plupart des discours et des interviews de Malcolm X

Notes

[1] Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille : immigré(es), indigènes et jeunes de banlieues, Broché, 2006 ; Sadri Khiari, La Contre-révolution coloniale en France : de De Gaule à Sarkozy, La Fabrique, 2010 ; Houria Bouteldja et Sadri Khiari, Nous sommes les Indigènes de la République, Amsterdam, 2012 ; et aussi l’article de Sadri Khiari, « Il nous faut une stratégie décoloniale », paru dans l’ouvrage Race et capitalisme, coordonné par Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani Belkacem (Syllepse, 2012). Subsidiairement, on consultera l’ouvrage de Sadri Khiari, Sainte Caroline contre frère Tariq, paru en 2011 aux éditions La Revanche.
[2] Consulter ici les encarts « Que voulons-nous ?» et « Initiatives et déclarations » sur le site du PIR, ainsi que l’article sur « Les Principes politiques généraux », dans le livre Nous sommes les indigènes de la République.
[3] Entretiens n°5 « Le petit rien contre l’empire », n°6 « Transformer notre organisation » et n°8 « Construire une majorité décoloniale », de H. Bouteldja et S. Khiari dans Nous sommes les indigènes de la République.
[4] Voir, par exemple, celles de Malcolm X, qui dénonçait la dérive intégrationniste et la récupération politique par les démocrates blancs libéraux de la marche. Malcolm ne comprenait en effet pas pourquoi les Afro-Américains prenaient part à une manifestation « menée par les Blancs devant une statue d’un président mort depuis cent ans et qui ne nous aimait pas lorsqu’il était en vie » (Alex Haley, The Autobiography of Malcolm X). Voir aussi les critiques de militant(es) issues des « banlieues » dénonçant le « bluff » et la récupération des marches par le Parti socialiste et le mouvement de SOS Racisme ( « De convergence 84 à Im’media fragments d’histoire occultée », « L’antichambre des prétendants » et « La gifle » de Farida Belghoul, « Convergence 84, nous nus sommes tant aimés » de T.K., parus dans l’ouvrage collectif Race Rebelle, coordonnée par Rafik Chekkat et Emmanuel Delgado Hoch (Syllepse, 2011).
[5] Voir l’ouvrage The Trumpet of Conscience, où Martin Luther King revient sur le caractère purement intégrationniste, de lutte « en surface » contre le système politique raciste américain, de la marche et de l’ensemble de son action politique.
[6] Parti politique afro-américain créé en Californie en 1966 par Bobby Seale et Huey P. Newton. Pour une première introduction au programme politique de ce mouvement, je conseille la lecture de Panthères noires : Histoire du Black Panther Party, de T. Van Eersel et N. Dorbane, paru en 2006 en France aux éditions Broché.
[7] Etant toutefois précisé que, s’agissant du MIB, mon analyse reste tout particulièrement limitée et superficielle, compte tenu de mon âge (j’avais 10 ans en 1995), et du fait que je n’ai jamais rencontré ni leurs dirigeants, ni leurs membres, et qu’outre le fait que leur action politique n’ait été que peu, voir pas du tout médiatisée par la presse et la télévision françaises, ce mouvement ne semble pas avoir publié d’ouvrage (sauf erreur possible de ma part) pour faire connaître précisément aux personnes, comme moi extérieures aux banlieues françaises, leur programme. La connaissance que j’ai du MIB est donc très partielle, via notamment la lecture de l’ouvrage précité, Histoire politique des immigrations (post)coloniales en France, 1920-2008.
[8] Outre l’analyse de ce concept par Malcolm X (voir la première partie), on citera de façon synthétique, les ouvrages disponibles en français suivants : S. Carmichael et C.V. Hamilton, Le Black Power : pour une politique de libération aux Etats-Unis (Payot, 2009) ; et Martin Luther King, Black Power (Payot, 2008).
[9] On citera ici l’article « Exister, c’est exister politiquement » du sociologue Abdelmalek Sayad, paru en 1985, et l’ouvrage précité de S. Khiari, Pour une politique de la racaille.
[10] Sans sous-entendus péjoratifs ni connotation politique de ma part. Il s’agit de faire là le simple constat juridique que les territoires, dont il est ici question, ne constituent pas des Etats indépendants selon les critères du droit international public (avec un drapeau, un territoire délimité par des frontières nationalisées, une monnaie, des institutions et un pouvoir politique propres) et ne sont pas répertoriés comme tels par l’ONU.
[11] Le cas de Saint-pierre et Miquelon étant un cas à part au niveau de sa population importée d’Europe dans sa quasi-totalité (l’île ne semblant pas avoir connu de présence de population non-européenne permanente, avant sa colonisation européenne au XVIe siècle, à l’exception d’une occupation par les Beothuk, population amérindienne du Canada, aujourd’hui quasiment disparue à la suite d’un génocide colonial européen, aux Xe-XI e siècles) et donc, dans une certaine mesure, quant à sa relation historique et son rapport politiques vis-à-vis de la France.
[12] Etant toutefois précisé que le PIR a intégré cette question dans ses réflexions : voir la partie « DOM-TOM » du site internet du PIR.
[13] Via, entre autres, la création de l’American Indian Movement (AIM), fondé à Minneapolis-Saint Paul en 1972 par D. Banks et C. Bellecourt, avec le soutien notamment de l’avocat du Black Panther Party, M. Eubanks.
[14] Comme en témoignent les débats menés entre Léon Trotsky, a priori ouvert sur cette question, et C.L.R. James, célèbre intellectuel issu de Trinidad-et-Tobago, dans les Caraïbes, auteur notamment d’un ouvrage majeur sur la révolution haïtienne (Les Jacobins noirs), et artisan de la « Harlem renaissance » aux USA dans les années 1920-1930 (consulter sur ce dernier point Caribbean Crusaders and the Harlem Renaissance, de Joyce Moore Turner, paru en 2006). CLR James était sceptique quant à la pertinence et la viabilité politiques du projet séparatiste. Ces débats sont retracés dans deux ouvrages traduits en français : Sur la question noire, de C.L.R. James (Syllepse, 2012) ; et Malcolm X : la libération des noirs et la voie vers le pouvoir ouvrier, de Jack Barnes (éditions Pathfinder). Staline lui-même semblant avoir mis en place une certaine propagande à ce sujet dans un contexte de guerre froide avec les USA (voir sur ce point l’ouvrage de Jack Barnes précité).
[15] Outre le fait que Malcolm ait immédiatement abandonné cette idéologie à la suite de sa rupture avec la NOI et se soit toujours opposé en interne au sein de la NOI à toute idée fumeuse de collaboration avec le Parti nazi américain, on citera ici notamment la critique faite par James Baldwin dans La prochaine fois, le feu.
[16] Manning Marable, « Qui était vraiment Malcolm X ? », Europe solidaire sans frontières.
[17] Voir par exemple, Randall Robinson, The Debt: What America Owes to Blacks.

Malcolm X : stratège de la dignité noire

Sadri Khiari
Editions Amsterdam
2013

8,50 euros