La tuerie d’Orlando se résume à deux choses : le contrôle des armes et l’homophobie

Presque immédiatement après que l’identité d’Omar Mir Seddique Mateen ait été révélée, les médias se sont focalisés sur sa religion, l’islam, et le pays de naissance de ses parents, l’Afghanistan.

Sa citoyenneté états-unienne (Mateen est né à New York et a vécu en Floride) a été presque totalement ignorée. Il est l’un des rares tireurs de masse à avoir été qualifié de « terroriste domestique ».

Oui, certaines informations font état que Mateen avait prêté « allégeance » à Daesh dans un appel téléphonique à la police durant la fusillade elle-même, et son père lui-même a fait par le passé des diatribes politiques gênantes à la télévision afghane-américaine et sur YouTube, qui comprenaient une rhétorique pro-Talibans, mais ce n’est ni Daesh ni les Talibans qui ont mis un fusil d’assaut AR-15 dans sa main. C’est l’Etat de Floride.


Les médias peuvent bien vouloir orientaliser cette histoire en se concentrant sur un pays dans lequel Mateen ne s’était jamais rendu et sur une religiosité discutable, la vérité est que la tuerie d’Orlando se résume à deux choses : le contrôle des armes à feu et l’homophobie.

Plutôt que de se concentrer sur le pays dont ses parents sont originaires et la religion à laquelle ils croient, les médias devraient se demander comment Mateen a réussi à entrer dans une boîte de nuit avec la même arme de destruction massive qui avait été utilisée dans la fusillade du cinéma Aurora en 2012. Les deux armes avaient été obtenues légalement.

Selon le Relevé des tueries de masse [Mass Shooting Tracker], il y a eu 371 fusillades de masse aux États-Unis pour la seule année 2015. Ces fusillades ont fait plus de 400 morts et près de 2 000 blessé-e-s. Cette année, y compris en incluant la tuerie d’Orlando, il y a eu 176 fusillades de masse, soit jusque-là plus de fusillades de masse que de jours dans le calendrier.

Pourtant, personne ne nous demande d’écrire sur la connexion de Mateen à la culture US des armes à feu et son intériorisation de cette culture. Non, le problème doit venir de la terre « arriérée » et ravagée par la guerre de ses parents.

En 2013 et 2014, Mateen était sous le coup d’une enquête du FBI après avoir tenu des propos devant ses collègues sur ses présumés liens avec des groupes « terroristes », mais le FBI a ensuite abandonné l’enquête au motif qu’il n’y avait aucune preuve le liant à un de tels groupes. En réalité, de nombreux Afghans-Américains ont fait des commentaires similaires par le passé.

La plupart sont des plaisanteries et certains sont sérieux, mais peu, si ce n’est aucune de ces personnes n’a de liens véritables avec un groupe quelconque.

Un membre californien de la Chambre des représentants, Adam Shiff, qui travaille sur l’enquête, a déclaré qu’autant qu’il ait pu le vérifier, aucune preuve n’établit que Mateen – un père de famille de 29 ans vivant en Floride – ait eu des contacts directs avec Daesh.

Plus que l’état d’esprit de Daesh – auquel, semble-t-il, il s’identifiait – et des Talibans – que son père apparemment soutenait – Mateen a été influencé par la culture de la nation dans laquelle il est né et a grandi.

Une patrie où plus de 300 millions d’armes à feu circulent et qui a une longue histoire d’attaques homophobes.

Adam Goldenberg, un avocat canadien, l’a exprimé très simplement : « Cela n’a pas eu lieu parce que le tireur était musulman. C’est arrivé parce que les victimes étaient gays. Et parce que le tireur avait un fusil d’assaut ».

« Quand vous pensez à qui, en Amérique, encourage le plus la haine des homosexuel-le-s et la détention d’armes à feu, les musulman-e-s ne sont pas exactement les personnes qui vous viennent à l’esprit ».

Selon le père d’Omar, Seddique, le jeune Mateen était furieux après avoir vu deux hommes s’embrasser à proximité de sa famille à Miami.

Avec plus de 28% de crimes de haine signalés au FBI en 2013 liés à l’orientation sexuelle – dont 66% visaient des gays parmi lesquels beaucoup de racisés – la propre homophobie de Mateen aurait très bien pu naitre et être nourrie aux Etats-Unis.


Des Etats-Unis qui ont une longue histoire de la violence homophobe, et où après avoir perdu la bataille sur la Loi de la défense du mariage et la législation discriminatoire « Don’t Ask, Don’t Tell », les politiciens et les experts débattent en ce moment même des accès privilégiés aux toilettes pour les personnes transgenres.

En 1973, un pyromane a mis le feu à un bar gay à la Nouvelle Orléans, tuant 32 personnes. Personne n’a été poursuivi pour le crime.

Même l’auteur d’attentats à la bombe, Eric Robert Rudolph, avait déjà bombardé un salon de thé lesbien à Atlanta en 1997. A propos de cette attaque, Rudolph avait déclaré que l’homosexualité était une « agression contre l’intégrité » de la société états-unienne.

Cela a été suivi par un drame en 2000, quand Ronald Gay a ouvert le feu dans un club gay en Virginie. Il a tué un homme et en a blessé six autres. Furieux que son nom puisse être utilisé comme synonyme d’homosexualité, Gay a déversé ses frustrations sur sept étrangers sans défense. Gay, qui se décrit comme un « soldat chrétien », a déclaré qu’il aurait voulu pouvoir tuer plus de « tapettes ».

La liste ne s’arrête pas là.

Avons-nous oublié Matthew Shepard, ou Gwen Araujo – qui ont été tués dans la ville où j’ai grandi par des gens qui ont fréquenté le même lycée que moi – ou Deja Jones qui a été abattue d’un tir en pleine tête à Miami ? Son tireur est toujours en fuite.

Il n’y a aucune indication que les assaillants connus dans ces cas étaient musulmans, mais ils étaient bien états-uniens.

Et bien sûr, il y a eu des gens qui ont manifesté en ligne leur soutien au massacre.

« C’est l’œuvre de la main de Dieu, et il va les arracher un à un », a déclaré une utilisatrice Facebook, identifiée seulement par son prénom, Karen.

Un autre utilisateur Facebook, Ray, avait ceci à dire : « Pour moi, ils devraient réunir tous les gays et les faire disparaitre au loin ».

Puis il y a eu Donald Trump, qui a décidé d’utiliser une attaque homophobe pour consolider son islamophobie.

« J’apprécie les félicitations pour avoir eu raison à propos du terrorisme islamiste radical, mais je ne veux pas de félicitations, je veux de la dureté et de la vigilance. Nous devons être intelligents ! », a tweeté le candidat républicain pressenti à la présidence des États-Unis.

Mais il n’y a pas que Trump, puisque Marco Rubio, qui a un palmarès terrible sur la question de l’égalité du mariage, la loi sur les droits des LGBT et l’adoption par des couples de même sexe, est apparu sur CNN pour condamner l’attaque et la qualifier de « nouveau visage de la guerre contre le terrorisme ».

L’acte le plus flagrant d’homophobie est qu’au moins une banque de sang à Orlando a refusé des donneurs de sang LGBT qui essayaient d’aider leur communauté après une tragédie sans précédent.

Bien que les donateurs LGBT aient été refoulés, des centaines de musulman-e-s sont venu-e-s durant le mois de Ramadan pour donner leur sang.

Le question cruciale est que nous pouvons toujours essayer de chercher des indices dans une nation à des milliers de kilomètres et dont les Mateen sont partis il y a trois décennies ou dans les fanfaronnades non fondées sur les liens avec des groupes « terroristes », ou nous pouvons faire face à la réalité qui veut qu’avec sa culture des armes à feu et son homophobie, les États-Unis ont été un terreau bien plus propice aux actions de Mateen que ne l’aurait été, à en croire les médias, l’Afghanistan.

Tant que les armes et les munitions – comme le lieutenant-gouverneur de Californie, Gavin Newsom, le propose – ne sont pas plus difficiles à obtenir, et tant que l’homophobie de la nation – celle de l’Eglise Baptiste de Westboro mettant en scène des manifestations anti-gay lors des funérailles militaires, aussi bien que l’utilisation du terme « gay » pour signifier mauvais ou pas cool – existe, ces attaques continueront malheureusement d’avoir lieu.

Les États-Unis doivent porter un regard dur sur leurs propres préjugés, à la fois sur l’islamophobie qui veut se concentrer sur le pays de naissance de ses parents et sur l’homophobie rampante qui n’a fait que renforcer la propre haine de Mateen.

Ils doivent admettre que les hommes politiques aux ordres, le lobby des armes à feu et l’offre de la National Rifle Association – qu’elle soit directe ou indirecte – permettent aux violences causées par des armes de perdurer. Selon le Chicago Tribune, 69 personnes ont été tuées à Chicago le week-end du Memorial Day.


Les racines de cette attaque ne sont pas situées un océan plus loin sur le continent asiatique, mais fermement ancrées dans le firmament des États-Unis, le pays où Omar Mateen est né, a grandi et est devenu un violent homophobe armé.

Comme un utilisateur de Twitter, Ali Shafiq, l’a écrit : « Au final, le gars est né aux États-Unis, s’y est radicalisé, y a obtenu des armes. L’Occident devrait également faire son introspection ».

Notes

Source : Media Diversified.
Traduit de l’anglais par S.B, pour Etat d’Exception.