Ce que j’ai appris au fil des ans à partir de mes propres expériences personnelles, c’est que les titres fantaisistes (comme Producteur exécutif) donnés aux Noir-e-s (par des Blanc-he-s), ont souvent peu ou rien à voir avec celles et ceux qui ont le véritable pouvoir dans cette situation.
Donner des « titres » est une autre façon de mettre en valeur des Noir-e-s, pour faire croire que les Noir-e-s ont un pouvoir réel et faire accroire aux masses noires que « les choses ont changé pour le mieux » pour elles, même lorsque ces masses sont victimisées.

Je soupçonne que cela soit particulièrement vrai dans l’industrie du divertissement, parce que cette industrie aime donner à des dizaines de personnes des titres souvent vides de sens, tels que :

Producteur exécutif, Coproducteur exécutif, Coproducteur, Réalisateur, Coréalisateur, Vice-président, Premier vice-président, Vice-président exécutif, Coprésident, etc.

Après être apparu-e comme invité-s sur un programme ce vendredi soir (16 août 2013), par l’animateur de Black Talk Radio, Scotty Reid, j’ai commencé à me demander si « Le Majordome » [« The Butler »] était vraiment un « film noir », ce qui signifie : est-ce que des Noir-e-s ont écrit le scénario, dirigé le film, produit le film, et ont eu le dernier mot sur ​​le produit final apparu sur l’écran de cinéma ?

Ou bien, « Le Majordome » (je vais utiliser ce titre, même si le nom correct du film est « Le Majordome, de Lee Daniels »), est-il un film qui a seulement quelques Noir-e-s qui jouent dedans et qui lui sont associé-e-s ?

Tout d’abord : qu’est-ce qu’un film noir ?


À mon avis, un film noir est un film qui est écrit, joué et produit par des Noir-e-s. Il peut y avoir par-ci par-là des personnes blanches et/ou non-noires impliquées dans le jeu d’acteurs, la production et le financement du film, mais les entrailles du film sortent de l’esprit de personnes noires. Incontestablement, les décideurs sont des personnes noires.

Les mots qui sortent des bouches des acteurs proviennent d’une expérience noire authentique, et d’une perspective noire, ce qui ne peut venir que d’une personne noire.

C’est ma définition d’un film noir.

Alors, j’ai un peu creusé pour voir ce que je pouvais trouver, et j’ai pensé que je pourrais le partager avec vous, et vous laisser tirer vos propres conclusions.

Quelques questions et réponses de base à propos du film « Le Majordome »

1. Qui a écrit le scénario du film, « Le Majordome » ?

Strong a été engagé pour écrire « Le Majordome » en 2009, un an avant que Daniels lui-même ait signé en tant que réalisateur.

« Je suis extrêmement fier du film », a déclaré Strong au HuffPost Entertainment, à propos du « Majordome », son premier scénario de long métrage. « Le film a été un tel travail d’amour pour beaucoup d’entre nous. Je pense que Lee a fait un travail merveilleux. Ce n’est certainement pas juste un autre travail d’écriture ».

2. À qui appartient les droits (de distribution) du film « Le Majordome » ?

David Glasser - Harvey Weinstein

David Glasser, directeur d’exploitation de TWC. Harvey Weinstein, coprésident de TWC.

The Weinstein Company acquiert « Le Majordome de Lee Daniels » :

New York, 24 septembre 2012. The Weinstein Company (TWC) a annoncé aujourd’hui avoir acquis les droits états-uniens de Butler Films, pour distribuer Le Majordome, dirigé par le nominé aux Oscars, pour le film Precious, Lee Daniels.

3. Qui sont les producteurs, les producteurs exécutifs et coproducteurs du « Majordome » ?
Le Majordome - producteurs exécutifs

Laura Ziskin (décédée), Hilary Shor, Adam Merims – Producteurs exécutifs

Le Majordome – Producteurs

Copain Patrick, Sheila Johnson, Lee Daniels, Cassian Elwes – Producteurs

Le film « Le Majordome » avait un total de 41 producteurs, qui ont levé au final 30 millions de dollars pour faire ce « film noir ».

4. Qui fait le plus d’argent, en termes de pourcentage, dans un film à succès qui rapporte des millions de dollars ?

De ce que j’ai compris, voici quelques informations sur les recettes, qui peuvent ne pas s’appliquer à tous les films :
  • En règle générale, les réalisateurs sont moins bien payés que les acteurs, et reçoivent un salaire, pas un pourcentage sur les recettes au box-office. Aux termes de leurs contrats, même les réalisateurs de renom ne se feront qu’autant que les acteurs de second plan. Si vous comparez un réalisateur à une actrice ou à un acteur comme Oprah Winfrey ou Forest Whitaker, ces derniers se feront plus que le réalisateur sur ce projet.
  • Un film à grand succès signifie qu’il est probable que les producteurs vont faire plus d’argent que les réalisateurs.
  • La part du Box Office payée en plus pour les distributeurs (comme la Weinstein Company), varie selon les territoires. Le pourcentage typique aux Etats-Unis est de 45% à 55%, et dans le reste du monde, de 55% à 65%. Les accords de royalities, en vertu desquels le distributeur conserve généralement plus de revenus, ont tendance à être plus fréquents. En d’autres termes, les distributeurs (studios de cinéma), se font la part du lion des recettes au box-office. Gardez cela à l’esprit la prochaine fois que vous voudrez « soutenir » un « film noir ».
5. Qui étaient les principaux décideurs au cours de la production et du tournage du film « Le Majordome » ?

Évidemment, je ne peux pas répondre à cette question, mais j’essaie de suivre la logique. Comme la majorité des personnes impliquées dans ce projet, en particulier les personnes qui ont fourni le financement et la distribution, étaient blanches, je pense que nous pouvons dire que les Blanc-he-s étaient les décideurs principaux de ce « film noir ».

Et je soupçonne que Lee Daniels a eu le moins de contrôle sur le film, même lorsqu’il s’est agi après de nommer le film lui-même.
Lee Daniels ne se « sent pas si bien » avec le nouveau titre de son prochain film sur un majordome de longue date de la Maison Blanche, dit-il au Hollywood Reporter. Mais les stars du film semblent se sentir bien avec le titre, et l’attention générée par The Wenstein Company a grandement médiatisé la dispute avec Warner Bros sur le nom du film, qui a fini par être appelé Lee Daniels’ The Butler [« Le Majordome, de Lee Daniels »].
En juillet, Le Bureau d’inscription des titres de la MPAA [MPAA’s Title Registration Bureau, TRB] a statué sur le fait que The Weinstein Co. ne pouvait pas utiliser le titre The Butler, qui est aussi le nom d’un court métrage Warner Bros de 1916. Weinstein a fait appel de la décision et a essayé d’obtenir le désistement de Warner Bros, mais le bureau d’appel du TRB a confirmé la précédente décision, le titre a alors été modifié en Lee Daniels’ The Butler.
Pendant le conflit avec Warner Bros, Daniels était préoccupé par le titre et frustré.
« Lee se demandait ‘Comment allons-nous appeler le film?’ », se souvient la co-star, Oprah Winfrey.
L’acteur principal, Forest Whitaker, qui joue Cecil Gaines, majordome de longue date de la Maison Blanche, dit : « Je parlais à Lee de ce sujet, et il a été frustré par le processus et essayait seulement de finir le film et tout le reste, et j’ai juste essayé d’offrir mon soutien ».
L’acteur Cuba Gooding Jr. explique que Daniels n’était pas sûr quant au fait d’avoir son nom dans le titre.
« Lee était très incertain sur le fait que son nom soit mentionné », a-t-il dit au HR. « Mais j’ai dit : ‘Non, Lee, maintenant ils sauront que c’est vous, ce qui englobe tout ce que vous faites, et quel grand cinéaste vous êtes’. »
Daniels admet qu’il n’est toujours pas à l’aise avec son nom dans le titre du film.
« J’essaie de toucher les enfants pauvres et j’essaie de leur apprendre qu’ils… peuvent devenir cinéastes. Je ne veux pas dire ‘Regardez-moi’. Je ne suis pas prêt pour que les gens me regardent », a-t-il dit au HR. « Je ne sais pas s’ils vont savoir ce que vous savez, c’est-à-dire que la MPAA m’a imposée cette décision. »
Mais il a encore une semaine pour se faire à cette idée.
« Espérons que la semaine prochaine je vais me sentir mieux avec le titre. En ce moment, je ne me sens pas bien avec », a-t- il dit..
Après avoir fait quelques recherches sur ce film, les choses sont en fait pire que ce que je pensais, sachant que mes soupçons initiaux étaient que ce film n’est rien de plus que de la propagande suprémaciste blanche, déguisée en tranche amusante et instructive d’ « histoire noire des droits civiques ».

Cela étant dit, il appartient à chaque individu de répondre à la question pour lui-même : « Le Majordome » est-il un film « noir » ?

Après je regarderai le film, et cela n’arrivera pas avant qu’un exemplaire gratuit ne soit disponible à ma médiathèque locale. Je pourrais alors écrire un autre billet sur ce que je pense de l’ensemble du film.

Cependant, à l’heure actuelle, je suis à peu près convaincu-e que ce film ne correspond pas à la définition d’un film noir, mais est en fait un film avec quelques Noir-e-s qui y sont lié-e-s, utilisant certains visages noirs très connus pour promouvoir la soumission et la servitude continues des Noir-e-s à la suprématie blanche, au pouvoir blanc, et aux Blanc-he-s.

Comme Oprah Winfrey l’a dit à son fils noir dans le film, « Tout ce que tu as, tu le dois à ce majordome ».

La question sous-jacente pour moi, c’est : à qui « Le Majordome » doit-il tout ?
(Réponse déduite : à l’homme blanc).

Notes

Source : Racism is White Supremacy (RacismWS.com).
Traduit de l’anglais (Etats-Unis), par RC pour Etat d’Exception.