Le titre de cet article peut paraitre provocateur, et même injuste. Il soulève pourtant une question cruciale, rarement posée (surtout en France) : l’hégémonie de la gauche au sein du mouvement BDS européen n’est-elle pas de nature à mettre au second plan une perspective de lutte proprement palestinienne/arabe/musulmane ? Le texte, qui relève plus de l’intuition que de l’analyse, est bien trop court pour que l’auteur puisse répondre de manière satisfaisante à cette question. Mais il nous a semblé utile de le traduire pour le proposer à un lectorat francophone. Et le porter au débat.
Etat d’Exception

Le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) – qui appelle à un boycott commercial, culturel et politique d’Israël – est défendu par la plupart des militant-e-s pro-palestinien-ne-s comme un atout majeur dans la lutte contre l’entité sioniste.Israël lui-même devient de plus en plus bruyant dans sa condamnation de ce mouvement, ce qui a conduit certain-e-s à conclure que Tel Aviv le considère comme une menace majeure.

Mais Kashif Iqbal, un étudiant en Master à l’université de SOAS, affirme que le BDS a été détourné par la « gauche occidentale », et est devenu très préjudiciable aux intérêts à long terme des Palestinien-ne-s.
– 5Pillars

Le BDS accepte non seulement les termes des sionistes, il semble aussi passer la plupart de son temps à essayer de « paraitre innocent » selon les normes occidentales et sionistes. Par conséquent, les personnes derrière le mouvement passent plus de temps à condamner l’ « antisémitisme » et l’ « homophobie » des Palestinien-ne-s, qu’à condamner la politique sioniste. Je me souviens de l’un des derniers articles du mouvement, affirmant que la lutte doit être dirigée contre l’homophobie au sein du mouvement, tout autant que contre l’occupation israélienne !

Tout d’abord, les gens du BDS sont des normalisateurs du sionisme dans ses frontières de 1967 – leur approche globale est d’une part, de délégitimer Israël uniquement à l’extérieur de son occupation pré-1967, ce qui suggère que si le sionisme quitte Gaza et la Cisjordanie, ils accepteraient l’entité sioniste.

En d’autres termes, le BDS n’est pas une organisation anti-sioniste selon l’acception palestinienne / arabe, c’est une organisation « gauchiste », qui n’a pas de problème avec Israël tant qu’il n’occupe que 80% de la Palestine.

Deuxièmement, l’approche globale des gauchistes occidentaux semble renforcer le système sioniste, en suggérant que le seul chemin vers la résistance n’est pas seulement d’avoir des « gauchistes blancs » de son côté, mais de se plier à leurs standards en matière de lutte contre l’antisémitisme, l’homophobie, en prônant la non-violence, etc. En d’autres termes, ils condamnent la résistance palestinienne réelle en échange d’une prière envers l’homme blanc pour qu’il soit gentil avec les Palestinien-ne-s !

Cela n’aggrave pas seulement le problème, mais autorise uniquement une solution qui soit acceptable pour les gauchistes et le grand public blancs. C’est ce que j’appelle l’« internationalisation du conflit », ou mieux, la délocalisation, dé-indigénisation et occidentalisation du conflit, posant les valeurs « occidentales gauchistes » comme supérieures, et condamnant de fait la plupart des points de vue propres aux Palestinien-ne-s comme « extrémistes ».

En d’autres termes, le mouvement BDS vise à une solution politique purement symbolique en Palestine, mais n’affrontera jamais le problème réel de redistribution des ressources, banques, sociétés, terres, recettes fiscales, etc. aux Palestinien-ne-s.

Ceci est similaire à ce qui s’est passé en Afrique du Sud, où une délocalisation et une « hippification occidentale » [“western hippification”] du conflit, a conduit à une solution purement politique, lorsque la véritable solution doit être économique, à savoir qui contrôle les ressources, les terres, les entreprises, l’économie ?

Il n’est pas bon pour les Palestinien-ne-s d’avoir un Etat où les Juifs possèderaient tout, comme cela s’est produit en Afrique du Sud, où les Blancs contrôlent encore l’économie. Cela n’aide pas beaucoup à atténuer le problème réel d’étrangers qui possèdent votre pays ! Mais cette question est délibérément évitée et déviée vers une solution politique purement symbolique, qui satisfait les gauchistes occidentaux.

Par conséquent, le mouvement BDS est préjudiciable à la cause palestinienne à long terme, et constitue juste un autre outil pour soumettre les intérêts palestiniens au bon vouloir des occidentaux, et apaiser les normes et valeurs occidentales, au détriment de celles palestiniennes, arabes et musulmanes.

Notes

Source : 5Pillarz.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.