Depuis que les agents de l’Etat islamique (EI) ont tué près de 130 personnes dans une série d’attaques à travers Paris ce vendredi, les dirigeants israéliens se sont empressés d’exploiter le carnage pour justifier la violence contre les Palestiniens.

A l’extrémité du spectre politique se trouve Dov Lior, colon israélien de premier plan et rabbin qui a célébré les attaques comme un châtiment approprié pour l’Holocauste.

« Les méchants dans l’Europe ensanglantée le méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans », a déclaré Lior.

Comme l’attaque était toujours en cours, le journaliste israélien Dan Margalit s’est moqué des victimes au sujet de la décision de l’Union européenne d’étiqueter les produits provenant des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

« Pour sauver des vies, nous devrions envoyer une aide médicale et alimentaire à partir des colonies pour les victimes de la terreur arabe à Paris. Et nous devons leur fournir des services d’hébergement et de réadaptation à Ariel », a tweeté Margalit, faisant référence à l’une des principales colonies.

Pendant ce temps, certains médias israéliens ont tenté de lier à tort les attentats de Paris au mouvement dirigé par les Palestiniens visant à boycotter, désinvestir et sanctionner Israël.

Les dirigeants plus mainstream d’Israël, aussi de droite qu’ils sont, n’ont pas applaudi devant les attaques comme Lior l’a fait, pas plus qu’ils ne se sont moqués des victimes ou ont blâmé BDS. Au lieu de cela, ils ont utilisé les attentats de Paris comme une occasion de calomnier les Palestiniens, comme ils l’ont presque toujours fait après des attaques majeures dans les pays occidentaux.

Masquer la terreur coloniale

Pendant des décennies, Israël a essayé de présenter sa conquête coloniale de la Palestine comme une guerre contre le terrorisme islamique. En effet, la doctrine de la « guerre contre le terrorisme » a longtemps été appuyée par Israël pour justifier les atrocités commises contre les Palestiniens. Mais ce n’est qu’après 2001, que cette combine a vraiment fonctionné.

Prenant la parole à l’Université de Bar Ilan en 2008, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se vantait qu’Israël « bénéficiait » des attaques d’al-Qaida du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center et le Pentagone, attaques qu’il remerciait d’avoir « rallié l’opinion publique américaine en notre faveur ».

Les dirigeants israéliens espèrent que les attentats de Paris pourront jouer un rôle similaire.

Dans leur sillage immédiat, Netanyahu, qui a supervisé le meurtre de 551 enfants à Gaza au cours de l’été 2014, a publié une déclaration condamnant le « terrorisme extrémiste islamique » pour « le ciblage délibéré et systématique de civils » de Paris à Jérusalem.

« Comme je l’ai dit depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique extrémiste attaque nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs », a-t-il dit.

Etablissant une connexion qui n’existe pas, Netanyahu a dit plus tard à son cabinet que le meurtre de deux colons en Cisjordanie occupée « quelques heures » avant les attentats de Paris, n’était pas différent des tueries en France.

Depuis le 1er octobre, les forces israéliennes ont tué 80 Palestiniens, dont au moins 15 enfants, des dizaines dans ce qu’Amnesty International qualifie de « modèle clair » d’exécutions sommaires.

Au moins 12 Israéliens ont été tués par des Palestiniens dans la même période, le résultat prévisible de la violence coloniale grandissante d’Israël.

Les dirigeants israéliens vont exploiter toute possibilité de s’écarter de cette réalité tout en promouvant le récit selon lequel les Israéliens sont d’innocentes victimes terrorisées par les Palestiniens.

« En Israël comme en France, le terrorisme est le terrorisme et ce qui se tient derrière lui c’est l’Islam radical et son désir de détruire ses victimes », a déclaré Netanyahu à son cabinet. « Le temps est venu pour les pays de condamner le terrorisme contre nous au même titre qu’ils condamnent le terrorisme partout dans le monde ».

Il est allé jusqu’à absoudre l’occupation militaire israélienne de toute responsabilité pour alimenter la violence palestinienne, en disant : « Nous ne devons pas oublier : nous ne sommes pas à blâmer pour le terrorisme dirigé contre nous, tout comme les Français ne sont pas à blâmer pour le terrorisme dirigé contre eux. Ce sont les terroristes qui sont à blâmer pour le terrorisme, pas les territoires, pas les colonies et pas autre chose. C’est le désir de nous détruire qui perpétue ce conflit et entraîne l’agression meurtrière contre nous ».

La brutalité d’Israël contre les Palestiniens, qui « ont la même intention meurtrière que ceux à Paris » est donc justifiée, selon Netanyahu. « Grace à notre politique agressive contre le terrorisme – pour contrôler le terrain, aller dans les villages, démolir les maisons des terroristes et prendre des mesures préventives contre les infrastructures du terrorisme – avec l’action déterminée de l’IDF [l’armée israélienne] et des services de sécurité dans la conduite de cette politique, nous avons réussi à plusieurs reprises à prévenir et éviter des désastres plus grands ».

Encourager une Troisième Guerre mondiale

Moshe Yaalon, le ministre israélien de la défense, s’est ouvertement plu à imaginer que les attentats de Paris induiraient une érosion des droits humains européens.

« Jusqu’aux événements du 11 septembre aux États-Unis, l’équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme a favorisé les droits de l’homme sur la question, par exemple, des écoutes pratiquées sur les terroristes potentiels », a déclaré Yaalon à la radio de l’armée israélienne dimanche.

« En France et dans d’autres pays d’Europe, cela ne s’est pas encore produit », a-t-il ajouté. « Les pays luttant contre le terrorisme n’ont pas d’autre alternative que de déplacer le curseur dans le sens de la sécurité. Je suppose que nous allons voir un grand nombre d’étapes [pour effectuer] des inspections : inspections des passeports, inspections à l’entrée des lieux publics ».

Yaalon a exprimé le désir que l’Europe imite Israël : « Nous en tant que démocratie sommes expérimentés dans la lutte contre le terrorisme, y sommes habitués. Les démocraties occidentales en Europe auront apparemment besoin d’inclure aussi ces mesures dans leurs pays pour se défendre ».

Les dirigeants israéliens étaient tout aussi optimistes de voir la crise des réfugiés en Europe générer un virage à droite, sur le modèle du traitement des Palestiniens par Israël.

Mais une telle réponse pourrait jouer directement en faveur de l’Etat islamique qui vise à éliminer la « zone grise » de coexistence entre musulmans et non-musulmans dans les pays occidentaux en stimulant une réponse belliciste et des mesures de sécurité antimusulmanes. L’idée, comme indiqué par l’État islamique dans son magazine officiel, Dabiq, est que la hausse de la répression en Occident, alimentée par les attaques de l’Etat islamique, va forcer les musulmans « à échapper aux persécutions des gouvernements et citoyens croisés. »

Lundi, Yaalon a redoublé d’efforts dans sa démagogie, faisant des attentats de Paris le cadre d’une nouvelle guerre mondiale dans laquelle l’Islam radical serait l’ennemi de l’Occident éclairé.

« Nous y sommes déjà [une Troisième Guerre mondiale] pour un certain temps maintenant », a dit Yaalon à la radio israélienne. « Il y a ceux qui enterrent leurs têtes dans le sable et essayent de définir cela comme un problème social, ou d’essayer de le définir comme quelque chose d’autre. Nous sommes face à l’Islam djihadiste qui appelle à détruire la culture occidentale ».

Etat islamique et Israël : intérêts communs

Si quelqu’un peut décrire ce que la population à Paris vit à l’heure actuelle, ce ne sont pas les Israéliens, mais plutôt les gens du sud de Beyrouth, les réfugiés palestiniens dans le camp de Yarmouk à Damas, les Syriens, Irakiens et beaucoup plus les musulmans et les Arabes qui constituent la majorité des victimes de l’EI.

L’EI a démontré qu’il est beaucoup plus intéressé à attaquer les adversaires d’Israël, comme le Hezbollah et le Hamas (les deux ont condamné les attentats de Paris), que d’attaquer Israël.

Un jour avant les attentats de Paris, l’EI a mené un double attentat suicide à Bourj al-Barajneh, un quartier à majorité chiite au sud de Beyrouth, tuant 43 personnes et en blessant plus de 200.

Alors que les médias occidentaux ont à juste titre sympathisé avec les victimes parisiennes de l’EI, le quartier résidentiel ciblé à Beyrouth a été réduit à un « bastion du Hezbollah », un vocabulaire qui légitime efficacement l’attaque comme visant une cible militaire et envoie le message selon lequel les hommes, les femmes et les enfants qui ont péri méritaient leur sort.

Quelques américains de droite ont même applaudi à l’attaque de Beyrouth parce qu’ils la considéraient comme une défaite pour le Hezbollah.

En fait, les seuls bénéficiaires des attaques de l’EI semblent l’EI et les faucons d’Occident, dont les idéologies presque identiques du « choc des civilisations » se nourrissent l’une l’autre dans ce qui ressemble à une relation symbiotique.

Les faucons, d’Israël aux Etats-Unis, ont besoin de l’EI pour justifier davantage d’interventionnisme destructeur qui a donné naissance au culte de la mort fanatique en premier lieu. Et l’EI a besoin d’une droite militariste occidentale pour justifier sa propagande sur les croisés antimusulmans.

Pendant ce temps, Israël est de connivence avec le droit de l’Europe à tirer bénéfice de la catastrophe.

Le gouvernement de la Hongrie, célèbre pour sa cruauté sectaire envers les réfugiés, cherche activement à adopter les solutions israéliennes pour assurer sa propre pureté démographique.

Lundi, Netanyahu a rencontré Peter Szijjarto, le ministre hongrois des Affaires étrangères, pour discuter des « besoins de sécurité de leurs pays respectifs », qui selon un communiqué du gouvernement israélien, incluent les « grands défis » posés par l’ « immigration massive en provenance du Moyen-Orient au cœur de l’Europe ».

Szijjarto a blâmé cette immigration pour les attentats de Paris.

Notes

Source : The Electronic Intifada.
Traduit de l’anglais par RC, pour Etat d’Exception.
Photo de couverture : Département US de la Défense/Wikimedia Commons.