Les tirs sur la police à Dallas sont le type de violence que combat Black Lives Matter

Black Lives Matter est un mouvement de libération. C’est une chose difficile à retenir pour beaucoup d’Etatsunien-ne-s juste après les tirs de sniper de jeudi soir à Dallas, qui ont tué cinq policiers et blessé sept autres. Les tirs ont été le point culminant terrifiant d’une semaine déjà moralement dégradante pour les Etats-Unis.

Ce mardi, la vidéo montrant un officier de la police de Baton Rouge, en Louisiane, touchant mortellement par balles Alton Sterling, un homme noir de 37 ans, a été rendue publique. Le lendemain, Philando Castile, 32 ans, a été abattu lors d’un contrôle routier dans le Minnesota. La petite amie de Castille, Diamond Reynolds, a eu la présence d’esprit de diffuser en direct sur Facebook ce qui s’est ensuite passé : son corps affalé à côté du sien, l’arme d’un officier encore pointé sur lui, la police la menottant à l’arrière d’une voiture de police et sa fille de 4 ans promettant à sa mère que tout irait bien.

Lorsque les infos ont annoncé qu’une douzaine d’officiers avaient été touchés par balles lors d’une manifestation à Dallas destinée à protester pacifiquement contre les tragédies de la semaine, la réaction immédiate contre Black Lives Matter a été féroce. Certains utilisateurs de Twitter ont attribué la brutalité à une « attaque de Black Lives Matter ». L’ancien membre du Congrès, Joe Walsh, a tweeté que les tirs étaient une déclaration de guerre.

« Attention Obama, surveille les voyous de Black Lives Matter », a écrit Walsh. « Vous allez être confronté à la vraie Amérique ».

Les mots de Walsh soulignent une mauvaise perception répandue au sujet du mouvement pour les vies noires, perception erronée qui a aidé à façonner le discours états-unien sur la brutalité policière au cours des dernières années : il s’agirait d’un mouvement né de la colère ou de la vengeance. Ce qu’il n’est pas. Ce qu’il est, en revanche, c’est un mouvement né de la conviction que les Noir-e-s devraient être en mesure de vivre pleinement sans être exécuté-e-s sommairement par les forces de police qui sont ostensiblement payées pour les protéger.

« Quand les Noir-e-s se libèrent, tout le monde se libère », a écrit Alicia Garza, co-fondatrice du hashtag et de l’organisation qui porte maintenant le nom Black Lives Matter.

Ce ne sont pas des paroles creuses. Elles reposent sur la conviction que la violence visant les Noir-e-s aux Etats-Unis est si endémique, si répandue, qu’elle est à la base de la violence qui mine toute autre communauté dans notre pays. Si nous refusons de nous confronter au mépris de la vie noire, nous rendons trop facile le mépris des autres vies – et oui, cela inclut la vie des agents de police.

Ce n’est pas la première fois que le mouvement Black Lives Matter a dû combattre l’idée qu’il déteste la police. C’est aussi arrivé en décembre 2014 après que deux officiers de police de New York aient ​​été abattus à Brooklyn par un homme souffrant de troubles mentaux en mission obscure pour commettre des violences au nom du mouvement. Ce dernier a de nouveau affronté cette perception erronée, y compris sur son propre site web :

« Les agents de police sont des personnes. Leurs vies ont une valeur intrinsèque. Ce mouvement n’est pas un mouvement contre des personnes ; par conséquent, ce n’est pas un mouvement anti-officiers de police. La plupart des policier-e-s sont seulement des gens ordinaires qui veulent faire leur travail, faire vivre leurs familles, et revenir à la maison en toute sécurité à la fin de leur service. Cela ne signifie pas, cependant, que la police ne soit pas impliquée dans un système qui criminalise les Noir-e-s, qui exige qu’elle considère les Noir-e-s comme des personnes à risque et dangereuses, qui forme à être plus agressif et moins accommodants avec les citoyen-ne-s noir-e-s, et qui ne met pas l’accent sur le fait que nous sommes des contribuables qui méritons d’être protégé-e-s et auprès de qui on doit être au service, comme tout le monde ».

Les vies noires comptent. Ce n’est pas un appel à la division. C’est un appel inclusif, centré sur la croyance radicale que les Noir-e-s méritent de vivre.

Notes

Source : Identities.Mic.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.