L’émergence du groupe terroriste Boko Haram, après ses attaques meurtrières et ses enlèvements impitoyables de près de 300 filles nigérianes d’un pensionnat, l’a projeté sur le devant de l’actualité, en même temps qu’elle a soulevé des dizaines de questions sur le système politique corrompu au Nigeria.

Il se trouve que les États-Unis sont engagés dans une sorte de « guerre » économique avec la Chine et d’autres pays à l’intérieur de l’Afrique, et cherchent également à étendre leur présence militaire en Afrique. Est-ce là une opportunité pour l’Occident d’en tirer profit ?

L’origine de Boko Haram : un sous-produit post-colonial

Boko Haram a techniquement existé au Nigeria depuis plus d’une décennie, et précède Al-Qaïda. On peut en retracer l’émergence dans le mouvement de sectarisme musulman qui a suivi les indépendances des années 1960. A l’origine, l’idéologie de Boko Haram provient d’une peur de l’influence occidentale sur les musulmans nigérians, ce qui explique que la traduction du nom du groupe soit « L’éducation occidentale est interdite » [Boko Haram]. Le groupe n’a réellement émergé que dans la dernière décennie, revendiquant des dizaines d’attentats, d’assassinats et d’enlèvements.

Ironiquement, le même modèle de sectarisme et de guerre civile existe dans presque tous les pays post-coloniaux, par exemple en Inde, qui a vu des combats entre musulmans, hindous et sikhs (et même une violence entre personnes de mêmes foi et ethnie), qui a conduit à la formation du Pakistan. Le même modèle existe au Moyen-Orient, qui a vu la création du wahhabisme et du Royaume des Saoud par les Britanniques, ce qui a ensuite conduit à la création d’innombrables groupes terroristes « djihadistes » à travers le monde, tels que Boko Haram.

Un système politique corrompu

Comme beaucoup d’autres pays en développement, le Nigeria est en proie à la corruption et à la cupidité, une conséquence de la pauvreté et de l’instabilité imposées par des entités non-africaines telles que l’Amérique du Nord et l’Europe. Cela a amené un grand nombre de politiciens nigérians à forger des alliances secrètes avec d’autres puissances et sociétés étrangères, dont la Chine et la Corée du Sud, en échange de gains financiers ou autres, qui arrivent souvent sous la forme d’une « aide » étrangère. Il est également fort à craindre que parmi les hommes politiques et chefs militaires nigérians, certains sont directement ou indirectement impliqués dans le soutien / financement à Boko Haram.

Une « guerre » économique au sein de l’Afrique

Ce n’est pas un secret que la Chine investit des milliards en Afrique, pour mettre la main sur les minéraux. Ces minéraux sont largement utilisés pour la production de produits technologiques et d’autres marchandises, et la Chine est actuellement la plus grande manufacture du monde. Cela fait pencher la balance économique en faveur de la Chine, au détriment de celle des États-Unis. En outre, les liens économiques entre la Chine et le Nigeria ont augmenté régulièrement au cours des dernières années, tandis que ceux avec les Etats-Unis baissent à mesure qu’ils diminuent leurs importations de pétrole en provenance du Nigeria et regardent ailleurs, notamment vers des mécanismes d’extraction via le procédé de fracturation.

Une tendance similaire se produit dans le monde, matérialisée par la formation du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) en 2009.

Pour l’essentiel, les gouvernements occidentaux sont obligés de composer avec le fait que dans la prochaine décennie, ils ne seront plus en mesure de conserver le même niveau de contrôle et d’emprise sur les pays en développement, que celui qu’ils ont exercé au cours du siècle écoulé. Par conséquent, il est de l’intérêt des puissances occidentales de maintenir l’Afrique dans un état d’instabilité afin de légitimer les stratégies de leur propre survie économique.

Nouvelle ère, vieilles tactiques

Au cours de la dernière décennie, la politique mondiale est entrée dans une nouvelle ère, avec une opposition de plus en plus puissante pour contester les États-Unis, l’Europe et leurs alliés, ce qui a conduit à davantage d’opérations secrètes et de guerres déguisées. L’une des plus notables a été la destitution de Mouammar Kadhafi. Une opportunité qui a été exploitée par l’Occident, sous couvert de liberté, de démocratie et du « printemps arabe », mais qui en réalité visait à démolir son plan de créer une nouvelle monnaie en Afrique, le dinar d’or, qui aurait été basée sur la valeur de l’or. Il s’agissait d’une idée qui aurait modifié l’équilibre économique du monde en faveur de l’Afrique.

Depuis la soi-disant libération de la Libye de l’emprise de Kadhafi, le pays est désormais un refuge pour la formation de terroristes et pour le trafic d’armes, qui finissent par se retrouver un jour au Nigeria dans les mains de Boko Haram.

Et les troupes militaires arrivent…

Comme toute intervention ou présence militaire, l’Occident a besoin d’une justification qui puisse être vendue à son propre peuple, à travers le récit des médias dominants ; sous le motif de propager la démocratie et la liberté, comme le montrent les derniers exemples en date en Ukraine et en Syrie. De même, une escalade de la violence et de troubles en Afrique, donne à l’Occident l’occasion d’étendre plus profondément ses tentacules et fournit une raison pour une présence militaire accrue et de longue durée.

L’Amérique est déjà présente militairement en Afrique sous le nom d’Africom ou de Commandement africain des Etats-Unis [United States African Command]. La base militaire US à Djibouti, appelée Camp Lemonnier, abrite des forces conventionnelles, ainsi que des forces spéciales et des drones soupçonnés d’avoir opéré au Yémen et en Somalie. Cependant, les Etats-Unis veulent étendre leur projet d’Africom, tandis que de nombreux pays africains demeurent hésitants. Boko Haram fournit l’occasion idéale pour l’expansion de l’Africom, ainsi que l’introduction éventuelle d’autres entités occidentales sous la bannière de la liberté. Il est encore une fois assez commode que la lutte contre un groupe terroriste maléfique soit plus bénéfique pour l’Occident, que pour les véritables victimes du terrorisme.

Une conclusion sombre

Sur la base de tous ces facteurs – l’origine douteuse de Boko Haram, la corruption du gouvernement nigérian, l’approvisionnement en minéraux d’Afrique et la guerre économique entre les États-Unis et la Chine ainsi que le plan des États-Unis d’étendre leur projet militaire d’Africom – il va de soi que Boko Haram est encore un autre groupe terroriste de procuration qui aide indirectement l’Occident dans ses objectifs de survie économique et de maintien de sa puissance géopolitique. Sans compter les centaines d’exemples de l’histoire occidentale en matière d’hégémonie et d’opérations secrètes à travers le monde au cours des dernières décennies et des derniers siècles, qui comprend la formation et l’armement des Talibans.

Il est important de préciser que les Etats-Unis ne peuvent pas être tenus pour seuls responsables de Boko Haram et des récentes attaques au Nigeria. Le gouvernement nigérian est également responsable en raison de son incompétence, de sa négligence et de sa corruption. Ceci dit, la configuration présente fonctionne parfaitement en faveur des pays étrangers tels que les États-Unis, ainsi que des sociétés qui ont des intérêts directs au Nigeria. Ils ont besoin d’un Nigeria dans cette situation, pour être en mesure de poursuivre leurs propres intérêts.

Il est également primordial de préciser le fait que Boko Haram est fondamentalement un groupe de militants malfaisants et impitoyables, bien déterminés à provoquer la destruction et la mort de toute façon. Malheureusement, ils le font au nom de la religion et de Dieu, et sciemment ou pas, ils aident l’Occident dans sa lutte économique mondiale. Ironiquement, la même chose est également vraie pour les « rebelles » en Syrie.

Ce qui va se passe ensuite au Nigeria et en Afrique reste à voir. Il y a eu une escalade de la violence à travers l’Afrique et Boko Haram a promis d’augmenter ses attaques au Nigeria. Les États-Unis sont conscients du fléchissement de leur puissance militaire et devront probablement recourir à des frappes de drones si la pression augmente à l’égard de la prise de mesures contre Boko Haram. Si la violence augmente et continue, l’Occident aura un prétexte puissant d’augmenter son emprise sur l’Afrique. Une nouvelle fois.

Source : Digital Resistance.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.