« Pas tous les Blancs » est le cri guerrier de ralliement qu’on peut entendre dans toute conversation publique qui mêle racisme et Blancs.

Ce qui arrive ensuite est un phénomène courant qui renforce le statu quo structurellement inégalitaire. Même si elles ne sont pas directement impliquées par la question soulevée, des personnes peuvent se sentir indignées ou attaquées. Il se peut qu’elles ressentent le fait qu’une description du racisme soit, en soi, du racisme anti-blanc. S’ensuit de la colère. La personne racisée [person of colour] en cause est presque toujours la cible de cette colère. Comme l’a parfaitement décrit l’universitaire féministe Sara Ahmed dans son ouvrage Feminist Killjoys, ceux qui nomment le problème deviennent le problème.

« Pas tous les Blancs » relève d’un certain nombre de choses, la plus importante étant que la personne qui profère cette phrase espère s’absoudre de toute complicité avec la structure oppressive. De plus, cela montre une réticence obstinée à désigner qui a le pouvoir dans cette situation, car cela ne pourrait que déterrer quelque vérité désagréable, et mettre à jour une complicité étendue avec ce système.

« Pas tous les Blancs » existe dans un intitulé, un état narcissique, qui croit que toutes les conversations de personnes racisées à propos de race et de racisme, n’existent que pour faire culpabiliser les Bons Blancs. Pire, « Pas tous les Blancs » est des plus fréquents dans les milieux qui se considèrent comme progressistes.

A gauche, les mauvais racistes sont Ailleurs. Les Mauvais Racistes voient leurs actes et leurs mots décrits comme des aberrations morales, plutôt que comme symptomatiques d’un état de fait structurellement injuste. Le dernier exemple en date est Jeremy Clarkson, de la BBC, qui a été contraint de s’excuser après que le journal The Mirror ait révélé le fait qu’il aurait utilisé hors antenne le terme Nigger pendant un clip de Top Gear. C’est le genre d’aberrations que les progressistes aiment condamner, alors qu’ils travaillent dans des bureaux très majoritairement blancs, qui sont la plupart du temps nettoyés par des personnes racisées.

La vérité est que personne ne se situe en dehors d’une structure oppressive, et ceux qui se pensent immunisés contre elle se mentent à eux-mêmes. En évoluant dans une société structurellement raciste, nous sommes tou-te-s impliqué-e-s. Dans sa Conférence TED [NdT : conférences organisées par la fondation Sapling] « Nous devons parler du racisme », l’universitaire sud-africaine Gillian Schutte a déclaré :

« Beaucoup d’entre nous préfèrent le voir chez les autres […]. Mais ce que j’ai été amenée à comprendre dans ce processus, c’est que nous appartenons – en tant que Blancs – à un système global qui favorise la blancheur au détriment de la noirceur/non-blanchité [blackness] à tout point de vue. C’est aussi un système qui accorde des privilèges indus aux Blancs, simplement à cause de la couleur de notre peau. »

Les politiques raciales en Afrique du Sud peuvent sembler être un exemple extrême, mais c’est à partir des marges que nous pouvons appréhender et mettre à jour les biais préexistants en Grande-Bretagne. Gillian a bien entendu raison, le problème est mondial. La dévaluation des corps noirs et de l’humanité noire est ce qui permet au racisme de prospérer.

Cette déshumanisation mondiale est complexe, dégradante et pénètre nos consciences à tou-te-s. C’est la raison pour laquelle, en tant qu’enfant, j’ai demandé à ma mère quand est-ce que je deviendrai Blanche. Tous les personnages positifs à la télé étaient blancs, et tous les personnages négatifs noirs et basanés. C’est la raison pour laquelle les femmes noires sont en particulier sujettes à des standards de beauté et de féminité inatteignables, déterminés tous deux par les idéaux suprémacistes blancs sur ce que doit être une femme. C’est pour cette raison que l’industrie de blanchissement de la peau pèse des millions de pounds. Avant de reconnaître cela, nous l’avons intériorisé. Le désapprendre est le processus de toute une vie.

Peut-être que la définition la plus connue du racisme est souvent répétée, mais rarement explorée en profondeur. Le rapport Macpherson de 1999 affirmait que la police de Londres est une institution raciste. Écrit après la mort de l’adolescent Stephen Lawrence lors d’une attaque raciste non provoquée, ce rapport dénonce une série de dysfonctionnements des services de police enquêtant sur cette affaire. La police a essayé de se défaire de cette étiquette gênante depuis lors. Selon le rapport, le racisme institutionnel « peut être vu ou détecté dans des processus, attitudes ou comportements, qui s’ajoutent à la discrimination à travers des préjudices invisibilisés, l’ignorance, le manque de considération et les stéréotypes racistes, qui désavantagent les gens issus de minorités ethniques. »

Une forme de comportement collectif, ensuite, illustrée par des biais d’ignorance et de stéréotypes racistes, adossés au pouvoir structurel, et souvent excusée par les autorités. Si le racisme n’est jamais aussi manifeste que celui d’autrefois, de nos jours les personnes racisées sont plus susceptibles de voir leur demande d’emploi rejetée par un potentiel employeur à cause d’un nom à consonance étrangère et des stéréotypes racistes qui alimentent ce préjudice.

Le racisme institutionnel de la police n’existe pas de manière abstraite. Le racisme, de nos jours, se manifeste moins dans des attaques racistes […] qu’au travers d’un langage et de comportements collectifs codés, effaçant petit à petit toute dissidence, et se cachant derrière le mythe de la méritocratie alors que les cercles de pouvoirs restent blancs, mâles et âgés. Personne ne veut parler de racisme structurel, mais l’ignorer ne l’effacera pas. Comme me l’a un jour signalé un ami, les structures sont faites de personnes. Nous sommes tou-te-s impliqué-e-s.

C’est en cela que la faible stratégie d’évitement que constitue la phrase « Pas tous les blancs » n’épargne personne, encore moins les Blancs, des réalités d’un statu quo injuste. La réalité est que « Pas tous les Blancs » dirige à tort la colère vers celles et ceux qui soulèvent le problème, manifestant un mécontentement devant le fait que ce problème soit mis à la lumière du jour.

Il y a une alternative pour celles et ceux qui se sentent poignardé-e-s à chaque fois que le sujet du racisme est mis sur la table. Saisissez-vous de cette passion, et parlez à vos amis Blancs à propos des effets insidieux du racisme structurel, jusqu’à ce que « Pas tous les blancs » devienne « aucun blanc ». « Pas tous les blancs » s’en prend à celles et ceux qui mettent en lumière le racisme. Non au racisme en lui-même.

Notes

Titre original : We need to talk about structural racism.
Traduit de l’anglais par AEG, pour Etat d’Exception.