Racisme et « permis de tuer » en France et en Palestine occupée

Trois scènes.

Un homme au sol, immobilisé et ligoté, est abattu d’une balle dans la tête tirée à bout portant par un soldat israélien aussi jeune que lui. L’exécution a été filmée. Les images ont fait le tour du monde.

Il s’appelle Abd al-Fattah al-Sharif (rA). Il avait 21 ans.

Un homme pris en chasse par la police est tué d’une balle dans le dos alors qu’il tentait de s’enfuir.

Il s’appelle Amine Bentounsi (rA). Il avait 28 ans.

Une clé d’étranglement et un écrasement thoracique sont appliqués plusieurs minutes durant sur un homme à plat ventre, menotté aux chevilles et aux poignets.

Il s’appelle Abdelhakim Ajimi (rA). Il avait 22 ans.

Trois noms.

Trois morts.

Trois mises à mort.

Trois vies volées par des bourreaux en uniforme, toujours en liberté. Et qui portent toujours l’uniforme, soutenus par leurs collègues, leur hiérarchie, la population.

Tel Aviv – 19 avril 2016 : des centaines de personnes sont venues Place Y. Rabin soutenir le soldat israélien Elos Azarya inculpé de meurtre (requalifiée en simple homicide suite aux protestations)

Bobigny – 25 avril 2012 : des policiers manifestent jusqu’aux Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue Damien Saboudjian pour « homicide volontaire » (requalifiée en « « violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique »)

Grasse – 29 février 2012 : 150 policiers se rassemblent devant le commissariat pour protester contre les peines de sursis infligées à leurs collègues de la BAC, Jean-Michel Moinier et Walter Lebeaupin

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Al-Khalil, Noisy-le-Sec, Grasse.

France, Palestine occupée.

Jénine, Clichy-sous-Bois, Villiers-le-Bel, Gaza.

On n’y meurt pas à la même fréquence, mais la douleur est dans chaque cas identique.

Identique pour les mères qui pleurent leurs enfants.

Identique pour les opprimés qui vivent du mauvais côté du Mur de la honte.

Ou du Périphérique.

France, Palestine occupée. Deux espaces. Deux histoires.

Mais un même racisme.

Une même islamophobie.

Une même déshumanisation.

Et une même justice de classe/race, qui salit la mémoire des morts. Et transforme les victimes en coupables grâce au même régime de justification. L’Internationale des bourreaux a sa novlangue :

« Il faisait son devoir ».

« Il n’a fait que suivre les consignes ».

« Il a agi en état de légitime défense ».

« Il fait un travail difficile, au milieu d’une population hostile ».

Les médias se font les porte-voix de l’armée et des syndicats de police. On épuise les familles par de pénibles et couteuses procédures.

Il y a le temps de la mobilisation. Il y a le temps du deuil.

 

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Abdelhakim, Amine.

Abdelhakim Ajimi, Amine Bentounsi. Des noms que l’on doit dire pour se souvenir.

Se souvenir de Yassin Aibeche, Lahoucine Aït Omghar, Mohamed Ben Maamar, Zyed Benna, Mohamed Boukourou, Houcine Bouras, Abdoulaye Camara, Lamine Dieng, Wissam El-Yamni, Jamal Ghermaoui, El Mahjoub Gmili, Amadou Koumé, Nabil Mabtoul, Youcef Mahdi, Mahamadou Marega, Sofiane Mostefaoui, Bertrand Nzohabonayo , Lakhamy Samoura, Tina Sebaa, Moushin Sehhouli, Raouf Taïtaï, Abou Bakari Tandia, Morad Touat, Bounna Traoré, Ali Ziri…

Et de tant d’autres !

La liste est longue, et vous l’savez.

Tous sont morts.

Leurs jours étaient de toute façon comptés.

Le néolibéralisme en avait fait des êtres superflus. Le racisme d’Etat les avait mis en sursis.

Les confiscateurs de la parole publique avaient déversé sur eux des torrents de boue raciste :

« Tous les mêmes ».

« Ces gens-là, on les connait ».

« Y a pas de fumée sans feu ».

« Des délinquants ou des terroristes ».

Des bourreaux en uniforme sont venus les achever. Sous le regard hébété d’une population qui a perdu tout sens de la solidarité, mais qu’on maintient soudée par la magie de la suprématie.

Blanche.

Des bourreaux qui portent généralement un masque.

Celui de la justice.

Qui viendra encore acquitter ceux à qui on avait délivré

Un permis de tuer.

En France, et en Palestine occupée.