Pour un soutien anticolonial aux exilé-es à Paris 8
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  • Pour un soutien anticolonial aux exilé-es à Paris 8

  • 6 février 2018
  • Nous, immigré-es, descendant-es d’immigré-es, étudiant-es racisé-es, français-es comme étranger-es, antiracistes politiques, appelons les nôtres à rejoindre l’occupation du bâtiment A de l’Université Paris 8 à Saint-Denis aux côtés des exilé-es.

    Depuis le 30 janvier 2018, un groupe de personnes exilées sans-papier et des personnes solidaires occupent une partie du bâtiment A de l’université Paris 8 à Saint-Denis.

    Depuis le début de l’occupation, diverses phases de négociations ont été menées avec la présidence et le corps enseignant afin de faire entendre et de donner suite à leurs revendications : papiers, logement, poursuite ou accès à l’éducation, arrêt immédiat des déportations, fin des refus au Dispositif d’Evaluation des Mineurs Isolés Étrangers (DEMIE), liberté de circuler et de s’installer. En dépit des discours prétendument rassurants de la part de la présidence, l’intervention de la police possible à tout instant pour les expulser signifierait le retour à la rue des occupant-es exilé-es ou un placement en Centre de Rétention Administrative (CRA) (lire ici le communiqué des exilé-es de Paris 8).

    Cette occupation s’ancre dans un mouvement global de luttes contre les politiques migratoires répressives françaises et européennes et dans la continuité des occupations d’universités à Grenoble, Nantes et Lyon. Les trajectoires migratoires des exilé-es, ainsi que leur présence en France ne sont pas anodines et se comprennent dans l’histoire longue du colonialisme.

    Nous faisons le constat de notre présence minoritaire parmi les occupant-es en soutien aux exilé-es. Cette absence nous a été reprochée à différents moments par ces dernier-es. Nous tentons d’apporter des éléments d’explication politique dans une démarche autocritique.

    Victimes du racisme structurel, nous ne faisons pas face de la même manière que les exilé-es à la violence de l’Etat français. Prendre part à cette occupation avec les exilé-es de Paris 8 nous pousse à nous confronter à nos privilèges. En effet, bien que racisé-es, nous sommes en situation régulière, nous maîtrisons le français, etc. Nos luttes passées nous ont permis d’accéder à un certain confort matériel et légal, si précaire soit-il (déchéance de la nationalité, meurtres policiers, etc.).

    Paradoxalement, ce que nous avons réussi à arracher à l’Etat français nous a éloigné-es de celles et ceux qui sur la route, dans la rue, les prisons, ou les camps vivent aujourd’hui le racisme d’Etat avec la plus grande intensité : les exilé-es.

    Nous n’aspirons pas à devenir une aristocratie racisée sur le dos des damnés de la terre.

    La manière dont nous sommes traité-es en tant que racisé-es en France est directement liée aux politiques coloniales et néocoloniales de l’Etat français. Il est important d’élargir notre action politique au-delà des problématiques propres au contexte hexagonal pour dépasser l’eurocentrisme de nos mouvements. Nous sommes convaincu-es que nos combats n’aboutiront pas sans qu’un terme ne soit mis aux politiques coloniales de la France qui se manifestent concrètement dans le refus d’accorder le droit de séjour et l’égalité des droits aux exilé-es. La classification des différents types de migrations est une conséquence directe de la colonisation française.

    Les personnes perçues comme étant originaires des anciennes colonies seront davantage considérées, quel que soit leur statut légal, comme étrangères et comme des parasites venant profiter de l’aide sociale française.

    Notre antiracisme est une fidélité à l’histoire et aux luttes de nos parents qui ont traversé des parcours similaires et se sont confrontés à cette violence d’Etat. Ce sont nos mères qui ont habité dans les cités de transit, nos pères qui vécurent dans les bidonvilles, nos familles qui furent parquées dans les foyers SONACOTRA. Nous nous opposons aux déportations car nous héritons aussi de l’esclavage. Nous nous souvenons du BUMIDOM et de l’histoire des enfants de la Creuse.

    Si nous nous revendiquons de l’antiracisme politique, nous ne pouvons pas séparer notre analyse et nos combats de ceux des exilé-es. Le faire serait non seulement une faute stratégique mais aussi une contradiction politique.

    Notre absence dans ces luttes et mouvements d’occupation laisse le champ libre à des acteur-ices politiques qui, même si bien intentionné-es, tendent à reproduire des pratiques de type humanitaire. Se faisant, iels font preuve d’un paternalisme aux relents coloniaux.

    Loin de considérer les migrant-es comme des sujets passifs, nous affirmons, nous qui assistons à leurs débats, qu’ils et elles doivent être reconnu-es comme sujets politiques capables d’une organisation autonome.

    Devant l’hégémonie de cette logique humanitaire sur le terrain de la solidarité aux exilé-es, la solution pourrait être un repli justifié par le fait que ces espaces n’adhèrent pas à la grille de lecture antiraciste dont nous nous revendiquons. Cela dit, nous sommes convaincu-es et nous remarquons au quotidien que notre absence à Paris 8 comme ailleurs nourrit le paternalisme que nous condamnons.

    La radicalité politique que revendiquent nos groupes antiracistes ne peut s’expérimenter et  s’affirmer que par une présence sur le terrain, elle ne saurait justifier notre absence.

    Inconditionnellement, nous apportons notre soutien aux revendications des exilé-es et nous nous opposons à toute forme de paternalisme, qu’il provienne de nos rangs ou d’autres courants politiques.

    Convaincu-es de la nécessité politique et stratégique de notre présence ici aux côtés des exilé-es occupant-es, nous appelons les nôtres à investir ces mouvements, à mobiliser leurs réseaux, et  à nous rejoindre physiquement au bâtiment A de l’université Paris 8.

    Parce que la lutte contre les violences policières qui ciblent les habitant-es des quartiers populaires ne saurait être séparée de la lutte contre la violence systématique qu’exerce la police à l’encontre des exilé-es,

    Parce qu’à Calais, Vintimille, Porte de la Chapelle, Porte de la Villette, la police chasse, tue, blesse et mutile,

    Parce que lors des déportations, des démantèlements de camps à Paris et ailleurs, c’est cette même police coloniale aux ordres du pouvoir raciste qui use de techniques développées pendant l’Empire colonial et dans les quartiers populaires,

    Nous sommes ici à notre place.

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