« The Greatest » était un homme noir qui soutenait les Palestinien-ne-s

Muhammad Ali a soutenu la lutte palestinienne contre le colonialisme israélien, y compris l’annexion de Jérusalem.

Je regardé et écouté, souvent en larmes, l’éloge rendu à Mohamed Ali. J’ai pleuré quand la cérémonie a débuté avec une lecture du Coran, parce que c’était la première fois dans l’histoire des États-Unis que l’on voyait sur les grands réseaux nationaux de télévision une récitation du Coran lue et écoutée avec respect. Je me suis dit que même dans la mort, c’est un révolutionnaire.

Bien que certain-e-s aient parlé de sa vie comme celle d’un révolutionnaire radical, cela semblait presque en décalage avec le message global selon lequel Ali était un champion de boxe aimé de tou-te-s, le plus grand qui y ait été. Evidemment, il l’était. Pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de me remémorer les paroles de Cornel West, qui a parlé de la « Béatification » du Dr Martin Luther King. A l’exception de deux ou trois orateurs, c’était comme si l’héritage de Mohamed Ali faisait l’objet d’une atténuation et que l’ont arrondissait les angles de sa vie, la Béatification de Mohamed Ali.

Une part si grande de Mohamed Ali est restée non abordée lors de son service funèbre. Une partie essentielle de lui, la plupart du temps ignorée, est qu’il était un intellectuel organique et public. Il disait la vérité au pouvoir. Ses mots, idées, actions et positions ont changé le monde.

Il est l’un des rares intellectuels dont la production en termes de connaissance était accessible aux masses d’une manière telle qu’elle provoquait une réflexion immédiate. Il a contribué à stimuler l’évolution morale et l’avancement moral chez des générations entières, dans le monde entier.

Pensée critique et introspection

Son refus d’être enrôlé, en disant « Aucun Viet Cong ne m’a jamais traité de nègre » est devenu un hymne de la pensée critique et de l’introspection, surtout chez les hommes noirs qui affrontaient l’enrôlement.

Des milliers de kilomètres plus loin, les Vietnamiens l’ont entendu aussi, et par conséquent, ont souvent refusé de combattre ou tuer des soldats noirs américains pendant la guerre du Vietnam. Ali était un inspirateur de fraternité, et l’establishment politique, ainsi que les médias dominants, ont essayé de le détruire pour cela.

Il semblait donc incongru vis-à-vis de son héritage d’assister à des scènes du service funèbre qui semblaient faire ouvertement campagne pour Hillary Clinton.

Ali a été l’un des rares et premiers Américains notoirement connus à exprimer un soutien sans réserve pour les Palestinien-ne-s dans notre lutte contre le projet colonial sioniste en Palestine.

Beaucoup de celles et ceux qui se sont levé-e-s pour faire son éloge seraient parmi les premier-e-s à persécuter aujourd’hui un athlète qui aurait osé se lancer sur le même cheminent moral que celui suivi par Ali il y a des décennies, quand il est allé dans un camp de réfugié-e-s palestinien-ne-s et dit ouvertement « Je déclare mon soutien à la lutte de libération de la Palestine ».

C’est ce que fait exactement l’establishment politique actuel en faisant passer en ce moment une législation anti-BDS (la campagne palestinienne de boycott, désinvestissement et sanctions).

Si un athlète aujourd’hui venait à critiquer Israël comme l’a fait Ali, elle ou il pourrait bien trouver son nom sur une nouvelle liste noire anti-BDS.

Personne à son enterrement n’a mentionné cela, à l’exception peut-être de la déclaration générale du rabbin Lerner à propos de l’injustice faite aux Palestinien-ne-s.

En fait, l’éloge de Billy Crystal a probablement fait croire aux gens qu’Ali était un partisan d’Israël, car ils auraient apparemment levé des fons pour un programme à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Une image honnête d’Ali

S’il avait voulu donner une image honnête d’Ali, c’eut été précisément là que Billy Crystal aurait du relever que Mohamed Ali était un partisan déclaré de la lutte palestinienne contre le colonialisme israélien, y compris l’annexion de Jérusalem. Mais il ne l’a pas fait, et je crois qu’il s’agissait d’une omission intentionnelle.

L’insistance d’Ali sur la moralité (même impopulaire), sa défense de la justice (même obscure), son défi au pouvoir (quel qu’en soit le coût personnel), et sa capacité à communiquer clairement et de manière convaincante ses positions dans une langue fondée sur l’intégrité, l’honneur et les principes, sont autant de caractéristiques d’un intellectuel public vecteur de changement. Il était tout cela.

Il nous a touché-e-s de différentes manières, mais nous a touché-e-s quand même.

Son influence sur ma vie a été profonde. Je ne l’ai jamais rencontré et n’ai jamais discuté avec lui, mais sa présence dans mes pensées paraissait personnelle, presque intime.

De manière incroyable, il y a des millions de personnes qui ressentent cela aussi. Il a accompli ce miracle de prendre place dans le cœur de personnes qu’il n’avait jamais rencontrées, des millions d’entre nous.

Et même s’il était effectivement « Le champion du peuple » qui a donné de lui-même à tous les peuples, en particulier aux opprimés, Mohamed Ali était un homme noir, produit par la noirceur [blackness], dans tout ce qu’impliquent 400 ans de lutte âpre et humaine.

En tant qu’intellectuel public, athlète et révolutionnaire, il appartient à l’héritage du peuple d’où il venait. Le Plus Beau et Plus Grand était en fait en Amérique, un homme de principe, noir, fier, et provoquant.

Notes

Source : Al Jazeera.
Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception.

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